‹ Pensées de PascalChapitre 59 sur 111 · CHAPITRE XXIII. 34i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. 34i

miracles, et non les catholiques, on eut été induit en errêur. Car, comme un homme qui nous annonce les secrets de Dieu n'est pas digne d'être cru sur son autorité privée ; et que c'est pour cela que les impies en doutent : aussi un homme qui, pour marque de la communication qu'il a avec Dieu, ressuscite les morts, prédit l'avenir, transporte les mers, guérit les maladies, il n'y a point d'impie qui ne s'y rende, et l'incrédulité de Pharao et des Pharisiens est l'effet d'un endurcissement surnaturel. Quand donc on voit les miracles et la doctrine non suspecte tout ensemble d'un côté, il n'y a pas de difficulté. Mais quand on voit les miracles et [la] doctrine suspecte d'un même côté, alors il faut voir quel est le plus clair. Jésus-Christ était suspect.

^ Il y a bien de la différence entre tenter et induire en erreur. Dieu tente, mais il n'induit pas en erreur. Tenter est procurer les occasions, qui n'imposant point de nécessité, si on n'aime pas Dieu, on fera une certaine chose. Induire en erreur est mettre l'homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté.

f II est impossible, par le devoir de Dieu, qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne, et se disant conforme a Dieu et à l'Église, fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut. Et encore moins que Dieu, qui connaît les cœurs, fasse des miracles en faveur d'un tel.

11 y a bien de la différence entre n'être pas pour

Jésus-Christ, et le dire ; ou n'être pas pour Jésus- Christ, et feindre d'en être. Les uns peuvent faire des miracles, non les autres ; car il est clair des uns qu'ils sont contre la vérité, non des autres ; et ainsi Jes miracles sont plus clairs*.

^ Les miracles discernent aux choses douteuses : entre les peuples juif et païen; juif et chrétien; catholique, hérétique ; calomniés, calomniateurs ; entre les deux croix ^. Mais aux hérétiques les miracles seraient inutiles, car TÉglise, autorisée par les miracles qui ont préoccupé la créance, nous dit qu'ils n'ont pas la vraie foi. Il n'y a pas de doute qu'ils n'y sont pas, puisque les premiers miracles de l'Église excluent la foi des leurs. Il y a ainsi miracle contre miracle, et premiers et plus grands du côté de l'Église.

Abel, Caïn. Moïse, magiciens. Élie, faux prophètes. Jérémie, Ananias. Michée, faux prophètes. Jésus-Christ, Pharisien. Saint Paul, Barjésu. Apôtres, exorcistes. Les chrétiens et les infidèles. Les catholiques, les hérétiques. Élie, Énoch, Antéchrist.

^ « Sont plus clairs. » Expliquons ces phrases elliptiques. Ceux qui disent hautement qu'ils ne sont pas pour Jésus-Christ, Dieu peut les laisser faire des miracles ; car ils ne séduiront pas pour cela les vrais fidèles, l'impiété de leur doctrine étant plus claire pour détourner d'eux un chrétien que l'autorité de leurs miracles pour le gagner. Mais ceux dont la doctrine, quoique mauvaise au fond, est équivoque, s'ils faisaient des miracles, tromperaient les fidèles; car Pautorité de leurs miracles serait chose plus claire que la perversité de leurs doctrines. Dieu ne permettra donc pas qu'ils en fassent. Si donc il s'en fait chez les jansénistes, c'est qu'on a tort de les tenir pour suspects, et qu'ils sont vraiment pour Jésus-Christ.

(Havet.)

2 La croix du Sauveur et la croix du mauvais larron.

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