‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 52 sur 88 · EN LA MISÉRICORDE DE DIEU. 2Ç)Î · texte numérisé non relu

EN LA MISÉRICORDE DE DIEU. 2Ç)Î

fiance la plus injurieuse ; premier point. Par rapport au pécheur , confiance la plus trompeuse ; second point. Heureux l'homme qui craint le Dieu lout-puissant ; et qui , touché de cette crainte , prend soin de le fléchir par l'humilité de la pénitence y et prévient ainsi ses jugemens éternels!

Premier point. Confiance, par rapport à Dieu^ la plus injurieuse. Dire, Dieu ne veut pas me perdre , il est bon , il est miséricordieux ; et , en conséquence de ce principe, se confirmer dans son péché , et devenir plus libre à le commettre ; c'est se rendre tout à la fois coupable envers Dieu 5 et de l'abus le plas énorme , et de id plus sacrilège profanation.

I . Abus le plus énorme : de quoi ? de la bonté de Dieu, Car, de cette bonté même de Dieu, qui est un des motifs les plus puissans pour nous attacher à lui , c'est prendre sujet et se faire une raison de se tourner contre lui. Hé quoi^ disoit i?o/??. 2. 4. l'apôtre parlant aux Romains, ignorez- vous que la miséricorde du Seigneur vous invite à la pénitence ? N'est-ce pas par sa miséricorde qu'il est plus digne de notre amour ? Et est-il donc enfin une dureté de cœur pareille à celle d'im homme, qui veut vivre ennemi de Dieu, et dans un état de guerre avec Dieu , parce qu'il sait que Dieu l'aime assez pour être toujours disposé à le recevoir et à lui pardonner? 2. Profanation la plus sacrilège : car c'est profaner la miséricorde divine. Sa fonction la plus essentielle est d'abolir le péché en faisant grâce ^u pécheur; maisc,

2g2 SUR LA FAUSSE CONFIANCE

par l'usage le plus monstrueux , et par le pluf abominable renversement , ce péché qu'elle doîfe effacer , un pécheur la fait servir à l'entretenir^ à le fomenter et à le perpétuer. Voilà de quoi le Dieu d'Israël se plaignoit si amèrement à son peuple 5 et de quoi il peut se plaindre à nous-mêmes : J^ous 11-^ avez fait servir à vos iniquités y comme si j'en étois le fauteur ; comme si ma miséricorde, cet excellent attribut de ma divinité, n^étoit qu'une indulgence aveugle et molle; comme si ^ par une patience contraire à ma sainteté , et aux intérêts de ma justice , elle de voit excuser tout, tolérer tout, me rendre insensible à tout.

Telle est en effet l'idée que le pécheur présomptueux conçoit de Dieu, et qu'il en veut concevoir : pourquoi ? parce que cette idée est favorable à sa passion, et voici le mystère. Quelque libertin et quelque abandonné qu'il puisse être , il y a toujours de secrets reproches de la conscience qui le troublent • et à moins qu'il n'ait éteint dans son cœur toutes les lumières de la foi, les menaces du ciel et ses vengeances l'effraient malgré lui à certains momens* Mais que fait-il pour se délivrer de ces remords et de ces frayeurs ? Il se figure dans Dieu une miséricorde selon son gré , une miséricorde qui ne lui manquera jamais, une miséricorde où il trouvera dans tous les temps une ressource prompte et présente. De cette sorte il vient à bout de deux choses qui l'accommodent. L'une de demeurer dans son péché, l'autre d'y être tranquille et sans alarmes. De demeurer , dis-je, dans son péché 5 et voilà ce qui lui plaît^

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