‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 53 sur 88 · ÈN LA MISÉRICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

ÈN LA MISÉRICORDE DE DIEU

yoilà ce qui fait toute la douceur de sa vie : mais, afin de mieux goûter cette douceur^ il faut qu'il y soit exempt de toutes inquiétudes ; et voilà ce qu'il obtient, ou ce qu'il tâche d'obtenir, en éloignant de son esprit, autant qu'il peut, les formidables jugemens du Seigneur, et ne conservant que le souvenir de ses bontés infinies.

Or, à l'égard de Dieu, est-il un outrage plus signalé ? Malheur à moi, mon Dieu, si la passion m'aveugloit jusqu'à ce point ! Je me souviendrai de votre miséricorde ; et comment pourrois-je l'oublier y Seigneur, lorsqu'elle m'environne de toutes parts, et que dans mes égaremens elle ne cesse point de me suivre, et de m' appeler? Mais Je m'en souviendrai , et je m'y confierai pour me laisser vaincre enfin à ses aimables et favorables poursuites; pour m'encourager moi-même, et m'exciter à rompre, par un généreux effort, les habitudes criminelles qui me retiennent ; pour me répondre 'du secours tout-puissant de votre bras qui m'aidera et me soutiendra ; pour me reprocher l'obstination de mon cœur, et pour la fléchir par la considération de tant d'avances que yous avez déjà faites en ma faveur , et de tant de sollicitations auxquelles j'ai toujours résisté ; pour comprendre combien mon âme jusqu'à présent vous a été chère, combien elle l'est encore; et pour apprendre ce que je dois à l'amour d'un Dieu, qui, tout pécheur que je suis, veut me sauver. Car voilà. Seigneur, à quoi doit me servir la vue de cette miséricorde dont j'ai trop longtemps abusé : voilà désormais l'usage que j'eii dois faire.

Page 1