PREFACE
Ohak^eàre a été l'un des gênfes les plus extraordinaires d'un siècle etd'une nation si fertilelsen grands hommes de tout genre. Sa vie n'est pas moins singulière que ses ouvrages , et dans tout ce qu'il a fait on remarque un caractère d'indépendance et d'originalité , qui lui donne toujours une physionomie particulière. Etranger à l'intrîgue et à l'ambition, on le voit dans toutes les situations où le sort le place , s'abandonner aux mouvèmens d'une âme ardente et passion-
née , aux saillies d'un esprit vif et impétueux; conservant dans les emplois les plus obscurs quelque chose qui le distingue; bienfaisant et généreux; aussi incapable de haine que d'envie; supportant la pauvreté , mais non l'injustice , et sax^hant, quand on l'attaque, se défendre avec les armes du poète.
C'étaient les seules dont la fortune^ lui laissât l'usage. Fils d'un marchand de laine de Stratfort , où il naquit le 25 avril 1564» William Shakspeare n'eut que son génie pour lui. Son père, qui avait dix enfans , ne lui donns^ d'autre maître que le magister du village; encore le fit-il sortir de bonne heure de l'école , pour l'associer à son
commerce. Quelques biographes ont même prétendu que Shakspearé avait été boucher. Ceux qui attribuent de Finfluence aux circonstances les plus indifférentes , peuvent voir dans celle-ci l'origine de ce goût pour les scènes sanglantes dont le poète anglais a rempli ses pièces, qui sont Souvent des boucheries plutôt que des tragédies .
Qu'on ne traite pas cette remarque de puérile : voici les réflexions que fait à ce sujet un des auteurs les plus graves de nos jours, M. Guizot:
tf Quand il tuait un veau , suivant la tradition d' Aubrey , il le faisait avec pompe et prononçait un discours. Qui n'entrevoit, ajoute M.
Guizot, le poète tragique inspiré
par le spectacle de la mort , fût-ce celle d'un animal , et cherchant à le rendre imposant ou pathétique?
Qui ne se représente Técolier de i3 ou 14 ans ,' la tête remplie de ses premières connaissances littéraires , l'esprit frappé peut-être de quelque représentation théâtrale , élevant, dans un transport poétique.
L'animal qui va tomber sous ses coups, à la dignité de victime ^u peut-être même à celle de tyran ? »
(Pages 31 et a a de la Notice litté-raine et biographique sur Shak^ speare^ par M. Guizot, nouvel' 5 édition de la traduction de LeTom** neur. )
On a fait faire tous les métiers à Shakspeare ; on veut qu'il ait été
maître d'école et clerc de procureur. Il parait certain qu'il fut commissionnaire de théâtre.
, Il vivait à Stralforl, où il s'était marié à 17 ans. Trop jeune pour
. être un époux bien fidèle , il prenait part à toutes les folies des étourdis de son âge , soit qu'il fallut répondre aux défis bachiques des
francs "huv^urs et de^ gourmets de Bidfort , ou faire le métier de braconnier aux dépens des Baronnets voisins. Un jour un daim fut volé de compagnie dans le parc de sir X]^omas Lucy, gentilhomme des ejavirons. Ce vol fut regard^comme un cas pendable par le seigneur, jaloux de sa chasse, et qui voulait qu'on eût pour son gibier autant
de respect que Maître-Jacques en demande pour ses chevaux. Shakspeare fut pris dans lé parc avec ses camarades, et passa même une nuit dans la loge du garde. Il s'en vengea par une satire qu'il fit afficher à la porte de sir Thomas Lucy ; mais le Baronnet furieux le poursuivit en justice avec tant d'animosite , qu'il fut forcé de se réfugier à Londres, où, en cherchant un asile , il devait trouver la gloire (i).
Sans ressource , il n'eut pas d'à-
' (i) Shakspeare se souvint dans la syite de sir Thomas Lucy. Dans la deuxième partie de Henry IV, il TaiTubla de la robe du juge Shallow, qui crie tant contre son voleur de gibier, sans poiuvoir le faire condamner.
]3 l>ord le choix des moyens de ga* gner sa vie. On se rendait alors à cheval au spectacle ; les carrosses étaient rares. H s'ofirit pour garder les chevaux des personnes qui n'avaient pas de domestique. Il eut la vogue. Tout le iQoa4e voulut avoir affaire au réfugié de Stratfort, et pour suffire à tant d'empressement, il fut obligé de prendre des aides , qui long-temps après qu'il eut cessé d'être leur camarade, gardèrent encore le nom àegarçonsdeShakspeare.
Si voisin du théâtre, son goût se déclara bientôt. Mais il commença par être acteur, avant de devenir le premier poète dramatique de son pays. Enfin son génie
lui ouvrit la nouvelle carrière qu'il devait parcourir avec tant d'éclat , et il enrichit la littérature anglaise de trente-cinq pièces de théâtre.
Au milieu de sa glaire, et quand Jacques I«*" venait de le nommer directeur du théâtre du Globe , il quitta Londres , en 1610, pour se fixer à Stratfort , où les bienfeits d'Elisabeth et du comte de Souptampthon lui donnèrent les moyens de passer le reste de sa vie dans une retraite agréable. Il y mourut bientôt , à Tâge de 62 ans , le 23 avril i6r6 , le même jour que l'Espagne petdif Cervantes.
Dfes honneurs extraordinaires furent rendus à sa mémoire. On lui éleva un tombeau à Westminster ,
etLe Tourneur donne la description
du Jubilé de Shakspeare. C'est
ainsi queles Anglais appellent la fête
périodique qui fut célébrée en sou
honneur à Stratfort, et qui dura
plusieurs jours. Un mûrier qui avait
été planté par le poète de Stratfort ,
et que le nouveau propriétaire de
son jardin fit abattre, devint l'objet
d'une sorte de culte. On en fit des
tabatières , des écritoires , etc. :
tout le monde en acheta. Cet us;age
de vouloir posséder quelque chose
de ce qui a appartenu aux. hommes
célèbres, est un genre d'hommage
qui peut quelquefois dégénérer en
manie. Toute espèce de culte a ses
petites dévotions, par lesquelles on
remplace souvent les œuvres. Il est
i6 plus facile de porter les reliques d'un saint que de Timiter.
Le Tourneur, en parlant du manument élevé à Shakspeare dans Westminster, se plaint qu'on ne rende point parmi nous les menées honneurs à la mémoire de nos grands écrivains. C'est pendant leur vie qu'il faudrait les honorer.
Voltaire , à 84 ans , j ofait d'un triomphe trop préparé et qui sentait peutêtre trop l'engouement. Corneille en obtint un plus simple mais plus flatteur. Il n'était pas venu de deux ans au spectacle; il parait , les acteurs s'interrompent, le prince- de Condé et le prince de Conti se lèvent les premiers , et tout le public salue le père dtt théâtre. Cet hom-
'^7 mage spontané est lé plus sûr témoignage de l'admiration publique.
C'est ainsi que dans l'antiquité lés vieillards étaient honorés quand ils paraissaient dans lès assemblées publiques. Raynal reçut un accueil de ce genre au parlement d'Angleterre.
L'Orateur l'ayant vu entrer, suspendit la séance, pbur lui faire donner 'une place d'honneur.
* La vie de Shakspeare n'offre que peu de faits ; mais ses ouvrages sont une mine féconde en observations, et ont plus d'une fois exercé la critique. Voltaire, qui à dit sur tout le pour et le contre , parce qu'il con- .stdérait chaque objet sous toutes ses faces , et qu'à force de retourner les choses, on finit par en trouver le
i8 mauvais côté , a porté sur Shaks-^ ' pearé les jugemens les plus contra* dictoires. 11 lui a d'abord prodigtié lés éloges, et l'a ensuite traité comme il traitait Desfontaines et Patouillet. U avait été le premier à parler en France du poète anglais; il avait excité pour lui un enthousiasme dont il fit ensuite tout ce qu'il put pour guérir la nation. C'est quand la traduction de Le Tourneur parut, que Voltaire lança Fanathème contre Shakspeare. Le traw ducteur fut enveloppé dans la proscription. Le Tourneur, quihonorait une vie passée dans la retraite , par ses qualités comme par ses travaux, fut traité de Gilles , de Pierrot, de misérable, etc. , ni plus ni moin&
que le poète dont on disait à la cour de Jacques I«', allons voira Stratfort Jupiter qui s'humanise .
I^e roi) la reine et la famille royale., le roi d'Angleterre et le prince de Galles , l'impératrice de Russie avaient souscrit à l'édition de Le Tourneur. C'est peut-être ce que ne put lui pardonner Voltaire j qui voulait avoir le monopole du commerce littéraire avec les têtes couronnées (i). Il en conçut tant
(i) « Ce barbouilleur a trouve' le secret de faire engager le roi , la reine et la famille royale à souscrire à ses ouvrages. »
{Ijôttre de f^oltaite à M. d'Argenial , 19 juillet 1776.)
— « C'est un faquin qu'il faudrait mettre au pilori du Parnasse. » {Lettre à (jtAlemben^ 16 'auguste 1776.
ao
de dépit, qtfil écrivît à l'académie française, contre celte édition de Shakspeare, une lettre qu'il appelle lui-même sa déclaration de guerre contre F Angleterre. Kién de plus curieux que' Jés instructions qu'il donne à d'Alembert, secrétaire perpétuel, pour la lecture de cette pièce officielle. Il y avait rassemblé toutes les grossièretés qu'on trouve dans Shakspeare, comme quelqu'un qui réunirait tous les mots un peu crus qui sont dans Molière. Il veut que d'Alembert fasse tout entendre adroitement.
Voici les recommandations qu'il lui adresse, «f A l'égard des turpitudes qu'il est nécessaire de faire connaître au public , et de ces|[ro5
mots de la canaille anglaise, qu'on ne doitpasfaireentendre auLouvre, serait-il mal de s'arrêter à ces petits défilés , de passer le mot en lisant, et de faire désirer au public qu* on le prononçât y afin de laisser voir le divin Shakspeare dans toute son horreur et dans son incroyable bassesse ? Si c'est vous qui daignez lire , vous saurez bien vous tirer de cet embarras, qui après tout est assez
piquant. Fils de est dans
Molière. » ( Lettre à dAlemherty lo auguste I776.)
La cause ou le prétexte du déchaînement de Voltaire centre Shakspeare , fut le discours préliminaire de l'édition de 1776; maiis si cette préface, dans laquelle le tra-
dttcteur parlait du poète anglais avec une admiration bien naturelle, fit entrer Voltaire dans une si grande fureur, qu'aurait - il donc dit de celle que M. Guizot vient de mettre en tête de la nouvelle édition de la traduction de Le Tourneur ? Le style de Le Tourneur est clair au moins, quoiqu'un peu emphatique de temps en temps; mais M. Guizot, dans sa Notice hiogra^ phique et littéraire, vient de s'envelopper de tous les nuages du romantisme, dont il avait paru se dégager un moment dans ses brochunes politiques. Ce n'est pas que dans ce morceau , où l'on trouve , il est vrai , plus de politique que de littérature, onne reconnaisse deloin
'en loin Thomme distingué ; et dans les matières' graves qui ont fait plus particulièrement l'objet des études de M. GiLuizot, nous nous garderions bien de lutter contre un si rude adversaire. 11 est même à remarquer, comme nous venons de le dir^ , qu'alors son style devient intelligible. On a fait la même observation à l'égard de plusieurs autres écrivains des deux opinions, qui, romantiques en littérature, sont presque classiques en politi** que. C'est que dans les ouvrages de pure imagination j tout est idéal ; on a de la peine à se garantir de la manie des grandes phrases , et l'on se perd facilement dans les nues ; mais la politique est une chose po-
sitive et matérielle. Nos opinions ne sont que nos intérêts, et quand on débat ses intérêts on est net et précis en dépit qu'on en ait. D'ailleurs, dans les ouvrages de polémique , on s'occupe beaucoup des personnes ; et lorsqu'on veut rendre ses adversaires ridicules, on a grand soin de se faire entendre. Le style ne reste obscur en politique, que lorsqu'on en vient à parler de ses vues et de ses intentions. C'est que là-dessus on ne sait peut-être pas trop ce qu'on veut , ou qu'on le sait trop.
LesopinionslittérairesdeM. Guir zot sont donc les seules que nous nous permettions d'examin,er, quoiqu'on pût dire que les deux dernières brochures qu'il a publiées ne
sont guère que la répétition des deux premières. Voilà le malheur de tous ceux qui font des ouvrages de circonstance : quand les circonstances ne changent pas^ ils sont obligés de se répéter.
L'erreur des partisans du genre romantique et de M. Guizot est de confondre toujours la politique avec la littérature , et de prétendre que la république des lettres doit suivre les révolutions que le temps amène dans les gouvernemens. On ne fait pas attention que les mêmes changemens qui sont nécessaires à la prospérité des états , seraient mortels pour la littérature.
C'est quand Tordre social con-.
trarie trop les lois de la nature
qu'on est obligé de le modifier; et il y aura toujours un besoin de changement dans la société , parce que les passions de^ hommes qui influent sur ses destinées s'opposeront sans cesse à son bonheur : au lieu que la littérature , n'éprouyant pas ces obstacles, a atteint à la perfection toutes le^ fois qu'il s'est rencontré des écrivains capables de l'y conduire (i). Rien B'a pu arrêter le génie d'Homère et de Platon , de Virgile et de Tacite, de
(i) On compte quatre âges d'or de la littérature , et le siècle dé Louis XV peut faire le cinquième ; mais on ne voit dans la fable qu'un âge de bonheur pour Thu* manité , et dans Thistoire , quatre ou cinq règnes.
^7 Molière et de Jean- Jacques. Bien n'a pu les empêcher de prêcher dans leurs chefs-d'œuvre Tamour de la juslice et de la vertu , et de nous faire le tableau d'un bonheur qui serait moins idéal , si tout le monde voulait. Les gouvernemens eux-mêmes ont été forcés de laisser au moins au peuple cette image d'une nature plus parfaite ( i ). Leurs efforts d'ail-
(i) On a même remarqué que c'est sous les gouvernemens absolus, que la littérature a brillé du plus vif éclat. Les quatre grands siècles littéraires, ceux de Périclès , d'Auguste , de Léon X et de Louis Xiy, portent' les noms de quatre monarques , car Périclès n'était pas autre chose, sous un titre diflférent. C'est qu^alors la littérature est la seule carrière ouverte^ tous les efforts se tournent de ce
a8 leurs n'auraient pu comprimer la pensée; mais que de difficultés n'ont pas rencontrées ceux qui, animés dé Tamour du bien public , ont voulu faire jouir Jes peuples de tout le bonheur que pourraient leur procurer des institutions qui s'écarteraient moins de la nature !
Quelle influence ont eue les exem* pies des Aristide et des THôpital !
la persécution et Texil ont été leur récompense. C'est souvent aussi le partage des grands écrivains ; mais au moins leurs ouvrages nous restent , et c'est là qu'il faut aller chercher les règles du vrai et du beau ,
côté. L'opposition n'a pas d'autre refiige.
Elle prend le voile de l'allégorie. L'opposition remonte ^aux fables d'Ésope. <
car ils les ont puisées dans k nature. Les sentimens et les passions, voilà le domaine de la littératnre.
Les peindre avec la même fidélité que l'ont fait les grands maîtres, tel doit être le but de ceux qui viennent, après eux. .Les . costumes et les usages peuvent varier j mais le cœur de l'homme reste toujours le même. La face des sociétés se renouvelle^ la nature ne change pas.
U faut donc l'étudier sans cesse; l'imiter est un art , et tout art à ses conventions. Mais qu'on : examine bien tous les systèmes littéraires , et l'on reconnaîtra que le nôtre est le plus raisonnable et celui qui a produit le plus de chefs-d'œuvre.
Shakspeare a tous les défauts, des
3ô tragiques grecs , s'il en a quelqae<^ fois la simjplicité. Racine ne leur a pris que ce quHls avaient de bon.
Si les auteurs romantiques . sont quelquefois admirables ^ c'est qu'ilè cessent d'être faux et exagérés, pour se rapprocher de la vérité (i), c'est qu'ils sont naturels.
C'est là le grand mérite de Shakspeare , au milieu de toutes les ex travagances et de toutes les monstruosités qui déparent ses ouvrages, et dont il faut accuser son siècle , autant que le poète obligé d'en sui^ vre le goût. Shakspeàre a écrit à
(i) Il y a quelquefois dans la littérature comme dans la gravure anglaise , une vérite qu*on ne trouve peut-être ppint ail-^ leurs. Mais il (mX l'acheter bien cher.
3i une époque où la littérature anglaise était encore dans Tenfance ; il a vécu dans un temps où l'on croyait aux revenans et aux sorciers; son e3prit n'avait pu être cultivé par l'instruction ; enfin ses ouvrages , dont une faible partie seulement fut imprimée de son vi^ vant, étaient défigurés par les .comédiens , qui peut-être y ont ajouté les passages les plus ridievUés.
Voilà tout ce dontr il faut lui tenir compte , en reconnaissant que dans ses beaux morceaux , il a un degré de force et d'élévation ^ auquel il n'y a rien de supérieur dans aucune littérature. Enfin
Ses onvrages , tout pleins à^irréguiarités , ÉtinGellent pounant d« anbUmes beauté»f
Ducis a fait connaître en France une partie de ses pièces; Laplace en a traduit quelques autres dans le Théâtre Anglais. Mais quelle mine à exploiter encore dans 1 e res te de ses œuvres, et surtout dans ses tragédies historiques ! C'est là que dans cette longue suite de guerres civiles , et dans la chute de tant de rois, il nous fait voir la fragilité des grandeurs humaines, d'une manière aussi sublime , mais plus touchante, que Bossuet dans ses oraisons funèbres. L'aigle de Meaux fait éclater la foudre sur les tombes royales ; il consterne plus qu'il n'émeut. Shakspeare nous remplit d'un.doux attendrissement en nous offrant le tableau de ces grandes
infortunes de l'histoire d'Angleterre. On ne peut lire sans Verser des larmes, une foule de scènes comme celle où Richard III fait assassiner les deux jeunes princes ses •neveux, et celle de Wolsey disgracié , que nous avons citée' à la fin de ce recueil. Il n'y a , je crois, dans notre théâtre, que lef^enceslas de Rotrou , qui puisse donner une idée de ce genre d'intérêt.
Partout Shakspeare est pathétique. Personne n'a prêté des accrus plus touchans à l'amitié, à la tendresse maternelle et à l'amour.
Imogène, dans Cymbeline , est peut-être le portrait le plus enchanteur qu'on ait fait de la vertu unie à la beauté. Enfin Shakspeare
a su prendre tous les tons. Cet auteur si terrible dans Hamlet et dans Othello y si énergique dans Coriolan, si philosophique dans le Marchand deP^enise, SI gracieux dans la peinture des amours de Miranda et de Ferdinand, de la Tempe te, est plein de gaieté et de verve dans ses comédies, et souvent dans ses tragédies, dont quelques-unes pourraient être divisées en scènes tragiques et en scènes comiques.
Il a surtout un personnage de prédilection , qui revient souvent dans ses pièces, Falstaff, espèce de Roger-Bontemps et de Sanchd Pansa, ^ qui divertît tellement la reine Elisabeth , qu'elle demanda à l'auteur dé le mettre encore en scène. C'est
ce qui lui fit composer les Cafnmè^ re^ de Windsor, Tune de ses plu^ jolies comédies, où l'on trouve le germe des principales données de V Ecole des Femmes et de Joconde.
Il est vrai que Shakspeare n'a fait que prendre ces sujets dans les Nouvelles Italiennes , o» d'autres ont puisé après lui; mais en les traitant, il s'est placé au rang des poètes comiques.
Cette double aptitude à exciter également le rire et les larmes , n'a été donnée qu'à un petit nombre d'esprits supérieurs. Le génie consiste à voir et à peindre les choses comme elles sont , et le don le plus rare est d'être susceptible de recevoir et de rendre dans toute leur
force les iaipressians les plus opposées. C'est le propre des écrivains les mieux organisés. Une idée sublime les transporte, une idée plaisante les remplit d'une gaieté qu'ils savent nous communiquer comme leur enthousiasme , en gardant toutefois le secret d'exciter en nous ces mouvemens divers. Dégagés de tous les obstacles que la vérité rencontre chez les hommes ordinaires , ils en reproduisent l'image dans toute sa naïveté. Heraclite et Démocrite ne voyaient , l'un et l'autre, qu'un coté des choses. Us observaient la nature de profil. En la considérant bien , on passe tour à tour du rire à la pitié. L'auteur de Rodogune a fait le Menteur j et Racine les Plai-
deurs; et Molière est û ]i>àthétique et si Tébémbnt dans la- 3< 's(iène du 4* acte du Misantfiyvpe;^ <jite ^Lff^ rive dit dans ses Mémoires , <][u'un acteur qùï ne cpraeîié 'pas, ïç sang^ après avoir joué cevte.^scèj^iÇ >. ne Ta^ pas:bkii<>ji9ftée. iVoliaijre.t qui s'-est moqué de liolit , ii>a jdmaîs^' com-" poser ui!iiÉ?bonnecomédie:*<ïWs'tqii*îl'.
lui arrivait souvent 'dfe'iiîfeiïarë les choses, nonxomme elles sont , mais commf^ il .lç5 voyait. ,4jl.^jd^\et iait débilKer à $es personnages beaucoup^ de véHtés, mai^ la vérité manque quelquefois à àes portraits (ï).
(i) Voltair<e est le premier desf^crîviiins agréables , nyiis il a pent-eCrê fak plu» de tort que de bien à la philosopfaiev Trop souvent- il Fa décréditée. PanÀi les re**
CW€f ^vérité pf écicuse brilfe dani $liAkâpeare m «dîUieD da; cliaoà à»
se5i<mvvag<^oCQ ^ ie distingua
proches qu'onpeut lui adressco*^ il est dijBt cHjB sùrfoui 3é liii jpârdfoiuiiçrW'conâiuite cnrers Rôtiàs^e^ul' Toîcî ^uv deàièiA stv^ teurr, Uq ju^iÀ<fti]*t>eu c«KMi^tel^tnië^ ri^4Q )Lélrek.rfl.Efi ff'eiidapilu)l<9bDMÇfiMi
tic« à sa^>^lle Jpp^^. Chi, ù'a jpaa lobsçryé l'influence (jû'ont eue sur son siècle son austère profeite". la pureté de ses iiiœurà/ tautei W'Ar^rttis qu'il' a Àiiei^n^es , et*
n'tt jiaA awei af^i^rqu^ qw? c!^ jî^ùique les pères doivent d'^tre^B^u^ ijjdulgens^ Lo^ mères plus tendres , tes eufans plus doux, ks bpl9ii|«% V w:9^ntff 9^ i j^iH bfil|t|linlfi^ et «eUlAursi* It^ iw^t:^ :H g.o<it ffes plçàriis^ siuapbr^i £xii&n il a s0rvi.; p^nckuat ^tl^e. temps » 4fi 4i|p«^ m. Ummi U
9P «sieore, e'e^t la mm-alité èi ta |ihî^ losopbie répandues dans tout ce ^'il a «m. « Ob peut trouver dan^
plus tfsrribU qai ait meu^aé U eoqpisodâU 9 Voltaire , succédant au iempi de la rëgence , en avait pris l'esprit. Personne n'était né avec plus de moyens pour faire rire le Wce aux dépens de la vertu, fl avait , comme on a dit , le tonneau du ridicule à c&té(de iui^ et on sait à quel point ce brâlant cau6tiq[ue était redoufaUe eutreses mains* Il était le cbef d'une tectè dt sophistes qui n^avaient pieut-étre
d'autre but que de faire parler d'eux
Yoltaire se moquait sàHs doute de cette foule d*ôuvriers sana talent comme sans mission; mais l'encens hii tournait la tête , et il rendait sans conséquence ce qu'on lui prodiguait sans mesure. . . Jean^ Jacques parut , et c'est à cet homnie vertueux q[ue l'opinion publique dut sa résur*
Shakspe^re j . disent les Commentateurs anglais , un système rcomplet cle sages^e^ pratique. » Ses pièces offrent une suite de pensées et de réflexions qui sont autant de règles ^de conduite. C'est le recueil de ces
rection momentanée. Il soutint seul, srvec calme et fierté , ret en véritable philosophe , les attaq[ue5 de toutes les coteries
philosophiques de son temps
» Toutes les fois qu'il sera question de mœurs , . de vertu , de morale, publique , on citera J.-J. Rousseau. Puisse-t-^^ être toujours le guide et l'ami des ^puses , des mères et; des jeunes gens! et puisse le tribut que je me plai|j à payer à la mémoire de ce grand homme, acquitter ce que je lui dois pour ma parti » ( Préface de la g^ie du, le'gislate^r des chrétiens , par J. Mosneron. )
préceptes et de ces maximes , que nous offrons au public , en y ajoutant quelques-unes des plus belles scènes de ses tragédies. Nous nous sommes servis , dans notre travail , de Texcellente édition de Le Tourneur, ide l'édition de 1776, et des notes de Rowe , de Pope , de Ben- Johnson, dont elle est enrichie, et qu'on ne trouve pas dans la nouvelle.
Nous donnons aussi le testament de Shakspeare , qui n'a jamais été imprimé en Français.