RUE AUBER
// a été lire de cet ouvrage
QUINZE EXIi.MPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE,
tous luiinérolés.
Droits do reproduction et do traduction réservés pour tous les pays.
A EDMOND THIAUDIÈRE
Voilà quelques années, mon cher confrère et ami, nous nous rencontrions, chaque semaine, aux réunions du Comité de notre Société des Gens de Lettres. Depuis, si vive que soit notre réciproque sympathie, nous ne nous sommes plus jamais vus. C'est là une preuve, avec beaucoup d'autres, de l'illogisme absurde de la vie...
Quant à moi, je tiens vos œuvres en une estime qui n'est pas rnince. Mon opinion est celle de bien des gens, car votre talent est très apprécié. Il ne l'est pourtant pas autant qu'il le mérite. Vous êtes affligé d'une indéracinable modestie, et, de tout temps, les modestes ont tort. A mon avis, vous comptez panni nos moralistes les plus subtils. Pour ne citer que quelques-uns
(le vos recueils de maximes, La IMort du Juste, la Fierté du Renoncement, la Source du Bien sont des pedls chefs-d'œuvre de pénétration profonde, d'observation aiguë, de philosophie amère ou résignée. El tout cela est imprégné à chaque page cf une bonté pénétrante et sereine.
Pour ces raisons — et simplement aussi parce que ça me fait plaisir de vous faire peutêtre plaisir, — je vous demande la permission de vous dédier ce volume, premier et malhabile essai dans un genre où vous excellez. N'allez pas me remercier surtout! Au fond, voyez-vous, J'agis jmr diplomatie. Je compte que les personnes assez téméraires pour acheter mon livre auront, en trouvant ici votre nom, le prompt désir d'en acheter un des vôtres. Après vous avoir In, elles m'en voudront un peu moins d'avoir commencé par me lire moi-même.
Bien cordialement à vous, mon cher Thiaudière.
Septembre 1911.
Les amis les meilleurs ne nous apprécient jamais autant que lorsqu'ils sont loin de nous, et qu'ils s'ennuient.
L'artiste ne se passionne vraiment que pour la forme d'art qui est la sienne.
On s'étonne parfois qu'en société les aveuarles soient srais et les sourds tristes. Raison bien simple. Les aveugles, en causant
4 PENSliKS DE TOUTES LES COULEURS
avec nous, oublient un peu leur infirmité; les sourds, en voyant remuer nos lèvres pour eux muettes, la constatent davantaj^e.
On peut croire que l'appétit vient en mangeant; mais on peut être certain qu'il s'en va de même.
« Tout vient à point à qui sait attendre. » Hélas! il y a des ^ens qui attendent toute leur vie !
Les âmes pures sont comme les appartements bien éclairés : on aime y pénétrer et y vivre.
RKFLKXIONS tT lîOUTADliS
L'attente du bonheur nous rend souvent plus heureux que le bonheur lui-même.
On ne peut qualifier « bonne action » que celle faite sans qu'on ait songé à la récompense.
Les anarchistes nous ennuient; mais n'ennuyons-nous pas autant les anarchistes? S'ils nous inspirent la crainte, nous leur inspirons l'envie. Et ce sont deux sentiments bien pénibles l'un et l'autre.
6 pi:nsees de toutes les couleurs
A chaque aurore nouvelle, je me demande quels nouveaux malheurs vont fondre sur les humains.
Que de gens affectent de mépriser l'Académie quand, en réalité, ils meurent d'envie d'en être! Je n'ai jamais compris ce manège. Certes, on peut avoir du talent sans être académicien; mais être académicien n'empêche pas d'avoir du talent, que je sache...
Le bonheur humain est fait de mensonges Qui rendent à tous les chagrins moins lourds Que sombre serait la trame des jours Si Dieu n'y mêlait le fil dor des songes!
HKFLEXIDNS KT lîOLTADES
On cl dit de la musique que c'est le plus coûteux de tous les bruits. On peut ajouter que c'est aussi le plus indiscret de tous les arts. Il est le seul qui s'impose à domicile, malgré les planchers et les murs.
On s'accoutume aux bruits de la maison comme aux visajies que l'on voit tous les jours. On finit par ne plus entendre les uns et par ne plus regarder les autres.
Oh ! les interminables conversations sur l'automobile!.. Disons, en modifiant un peu la formule célèbre :
8 p i: N s î: E s de toutes les c o u l e i j h s
« 11 faut s'en servir toujours, mais n'en parler jamais ! »
Hizarrcrics du langage :
« Mon cher ami » est banal; « mon ami » est tendre.
Par contre : « Ma mère » est froid; « ma chère mère » est aiïectueux.
Complimenter une femme sur sa beauté est une bêtise, car elle n'}' est pour rien. Et c'est pourtant à ce compliment-là qu'elle est le plus sensible.
On affirme que l'homme est la seule créature qui comprenne la beauté. Qu'est-ce qu'on en sait?
UEFLKXIDNS ET li OU TA DES
Le seul avantage de la calvitie est que l'on peut être certain que jamais personne n'insultera à vos cheveux blancs.
Pour le bonheur Je l'homme, le désir devrait être une plante qui ne ileurisse jamais.
La joie et la douleur nous font regarder le Ciel.
lîeaucoup aiment le crépuscule; d'autres le détestent. Ces derniers me semblent avoir
10 l'F.NSKES DE TOUTES LES COILEUUS
raison. L' « entre chien et loup » n'est pas une situation i)ien ai^réable pour les pauvres moutons de Panur^e ([ue nous sommes!
l'Ue grande cité mo fait toujours penser à une immense ruche d'abeilles. La dilTérence est que, dans la cité, les alvéoles sont plus vastes et les hommes plus paresseux.
On posait cette question : « Quelle est la plus grande preuve de courage que l'on puisse donner en ce monde? »
Un pessimiste répondit : « C'est d'y rester! »
La longueur du chemin est peu de chose ; tout dépend de la façon dont on marche.
HKFLKXIONS ET BOUTADES H
Chacun ici-bas porte sa croix; mais il y a lies croix on roseau et dos croix on chêne.
Depuis le jour de sa naissance l'homme est un condamné à mort qui ignore la date de son exécution. Et il y a des gens gais!
Du haut du clocher, chaque matin, un carillon s'envole. Toujours le même pour mon oreille, il varie à l'infini pour mon àme chan-
geante.
« On peut dire de lui que ce fut un homme heureux... »
12 l'KNSKKS DE TOUTES LES COULEURS
Quand, dans un article nécrologique, je lis ce « cliché », une petite flamme de colère me monte au visage et j'ai envie de crier à l'auteur de l'article :
— « Imbécile, qu'est-ce que tu en sais?... »
Les sociétés vivent sur des conventions; c'est même pour cela qu'elles vivent si mal.
Que de bons catholiques qui sont de détestables chrétiens!
On n'aime jamais tant la campagne qu'à la veille de la quitter.
C'est sans doute pour avoir été si souvent « frisée » que la cinquantaine est si souvent chauve.
Rien de plus incertain que ce que l'on appelle un certain âge.
L'heure du courrier à la campagne, heure désirée, redoutée... et le plus souvent indifférente, n'apportant aucune modification à la monotonie des jours.
Après un bon déjeuner, dans son bon fauteuil, commençant une bonne digestion,
14 l' i: N s i; i: s dk toltks lf,s couleurs
le gros X..., tristement célèbre par ses douteux coups de Bourse, lit un journal. Et, entre les deux boulîées d'un bon cigare :
— « Assassiner un homme pour dix-sept francs!... Faut-il être canaille! »
Avez-vous remarqué comme, à la messe, dans le temple du Dieu de charité, on a de la peine à « donner » sa chaise?
La cuisine est un des plus puissants véhicules de renommée. Que de gens ignoreraient Colbert sans les soles, Soubise sans le potage, Condé sans les poires et Chateaubriand... sans les pommes !
ni:FLi:xiONS et boutades 15
« Pour changer un peu... » L'éternelle phrase prononcée par tant de |j:ens depuis que le monde est monde! — Et l'on change toujours... Et cela ne change rien... ou peu de chose...
Un proverbe dit : « La nuit tous les chats sont i^ris. »
On peut ajouter : « Et prest|ue toutes les pensées noires. »
Les coups d'épingle mènent souvent aux coups d'épée.
16 pp:nskes dk toutks les couleurs
Nos aïeux disaient « escarpolette », qui est joli; nous disons « balançoire », qui est laid. Cela suffit à dillérencier deux époques.
Si l'on songeait à tous les dangers qui nous guettent au dehors, on ne sortirait jamais de chez soi.
Dislracllon : substantif féminin à éviter au singulier, à rechercher au pluriel.
I/homme le plus heureux a toujours quelque chose à demander à Dieu, ne seraitce que la continuation de son bonheur.
Tous les hommes sont })lus ou moins déments; ceux qu'on appelle sages sont ceux qui savent le mieux dissimuler leur démence.
J'admire les gens qui, à moins qu'ils n'en fassent leur carrière, peuvent se passionner pour la Politique. Cette dame m'apparaît comme une des plus odieuses pies-grièches qui soient.
Une vieille chanson dit, en sa naïveté simplette :
La santé, la gaieté Changent l'hiver en été...
Combien se contenteraient d'un modeste petit automne!
Il semble qu'on n'ait jamais autant de choses à dire que quand on est afflige d'une extinction de voix.
On devrait créer des « Écoles d'ennui » pour apprendre aux enfants à savoir, quand ils seront hommes, s'ennuyer en société sans en avoir l'air.
On peut estimer celui qui vous contredit; on n'aime que celui qui vous approuve.
Les enfants n'analysent pas, ils sentent et c'est pour cela qu'ils jugent mieux.
RKFLKXIONS Kï BOl'TADKS 19
Même frelaté, l'encens.... c'est toujours de encens.
Vn petit ennui évité cause souvent plus de joie qu'un grand bonheur prévu.
Ce qui peut arriver de plus heureux à l'homme, c'est de rester lonj^temps enfant.
Les repas, c'est les étapes de la journée.
En réalité — et il faut pourtant qu'il en soit ainsi! — bien élever les enfants c'est, la plupart du temps, leur apprendre à bien mentir.
« Ce que ça me serait égal que tu crèves! » Phrase peu élégante, réservée en général aux gens dont on ne peut se passer.
Que de fois, sous l'affection apparente témoignée à l'enfant, ne se cache-t-il pas un amour profond et inavoué pour la mère!
Les animaux amusent tant les enfants qu'on se demande parfois si ce n'est pas à leur intention que le bon Dieu les a créés.
RKFLKXIONS KT HOITAOKS 21
L;i fortune sans la santé, c'est le soleil der rière nn nuage.
Si l'on est toujours heureux de faire ce que l'on doit, on le serait souvent aussi de savoir ce que l'on doit faire.
Le facteur : un monsieur à képi qui, dans ses grosses mains indifférentes, tient parfois toute une destinée.
L'homme qui croit être certain de hien écrire le français devrait l'être plus encore de le connaître mal.
22 PENSEES DE TOUTES LES COULEUnS
Quand vous êtes imporluiié par un peu de fumée dans votre appartement, pensez, pour vous consoler, à ce que serait un incendie.
Avoir une certaine fortune n'est pas toujours avoir une fortune certaine.
Si les insulteurs de Lettres pouvaient soupçonner combien leurs insultes font long feu — aussi bien auprès du public que de ceux qu'ils visent — ils ne se donneraient pas tant de peine pour allumer la mèche.
UKI'LLXIONS I:T IJOITADES 23
Les décorations? Faveurs dues trop souvent à la faveur.
Sauf exception — et j'en connais au moins une — le gendre vis-à-vis d'un beau-père à héritage fait penser au monsieur qui, dans une salle de spectacle, occupe un strapontin médiocre et guigne la place de son voisin, assis dans un bon fauteuil d'orchestre.
Le premier geste d'une femme, quand on lui annonce une visite, est de s'assurer, par le témoignage d'une glace, qu'elle est bien coifîée .
Le gendre est un animal moustachu qui fond sur votre fille, l'emporte, et ne vous la rend jamais.
Si grand que puisse être un criminel, je ne me considérerai jamais comme autorisé à reprocher au chef de l'Etat d'user de son droit de grâce.
Hien déplus curieux à observer de sang-froid que les gens emportés par la passion. Leurs gestes, dès qu'ils cessent d'être beaux, deviennent tout de suite grotesques.
IIKFLKXIONS F.T BOITADES 25
Il n'y a pas de bous gouvernements. Il y en a des pires.
On dit que la régularité dans les habitudes est le commencement de la sagesse ; c'est quelquefois aussi celui de l'ennui.
Avoir tout pour être heureux n'est nullement une raison pour qu'on le soit.
Lente dies, celeriter anni, disaient les Latins. Ce qui peut exactement se traduire par ce vers :
Lentement vont les jours et vite les années.
l'KXSi;i:S DE TOl'TES Li:S COULKLIIS
Mais ils ont oublié de parler des heures, terriblement longues aussi quelquefois.
On assure que la pêche au homard est fort amusante. J'en doute pour les homards.
L'homme est le [)lus intelligent des animaux, à ce ([u'il dit.
On a beau « ne rien laisser au hasard », on peut être assuré que le hasard vous prendra toujours quelque chose.
HKKLKXIONS ET HOITADES 27
Dire d'un homme qu'il est honorable est un compliment; le dire d'un vin est presque un blâme.
Plus les gens ont de valeur, plus ils sont induluents.
Dans une réunion mondaine , quel est l'obligé : celui qui est invité ou celui qui invite? Ni l'un ni l'autre souvent, car ils s'ennuient
"également tous les deux.
28 PKNSKES DK TOUTES LES COULEURS
Rien n'est triste comme les lendemains des trop Jurandes joies.
Nous aimons voir nos impressions personnelles précisées par autrui. Autrement liraiton jamais, dans les journaux, le temps qu'il a fait la veille?
L'enfant s'amuse moins des jouets qu'on lui donne que de ceux qu'il invente.
Heureux et enviable celui qui se sent en assez bon équilibre physique et moral pour se
UEFLKXioNS ET iu)i:tadi-:s 29
croire en droit de juger et de condamner son semblable!
L'illusion fait passer la vie comme la sauce fait passer le poisson.
« Il n'y a que les imbéciles qui s'ennuient », dit-on couramment. Quelle erreur! S'ennuyer, c'est comprendre le néant de la vie, et les imbéciles n'ont point de ces compréhensions-là.
Les enfants mal élevés sont insupportables; mais combien déplaisants parfois ceux qui le sont trop bien!
l'ENSEES DE TOUTES LES COULEURS
La clientèle des jardins publics : les enfants, les vieillards, les militaires, les nourrices... et les amoureux.
Soulager la misère est une joie, mais une joie amère, car elle nous force à la constater.
Kilomètre : mesure itinéraire de mille mètres au départ et de onze cents — et plus — à l'arrivée.
« Comme on fait son lit on se couche », dit un proverbe. L'ennuyeux, c'est qu'on ne fait pas souvent son lit soi-même.
RKFLKXIO.NS 1:ï liOlTADES 31
II en est d'une liberté trop grande comme d'un vêtement trop large : on s'y sent mal à l'aise.
Les lettres : des morceaux de papier plus ou moins blancs, sur lesquels on trace des caractères plus ou moins noirs, pour dire des choses plus ou moins vraies.
Aux heures de grande lassitude, je tâche de penser à saint Siméon Stvlite, à ses vingt-six ans de « colonne »... et ça me défatigue tout de même un brin.
32 PEN8i:i:s de toltes les couleurs
Oui, la joie populaire est brutale; mais, en réalité, c'est la vraie joie.
Un poète qui s'y connaissait a dit spirituellement des livres :
« Les pauvres les achètent et les prêtent aux riches... qui les leur rendent... quelquefois. »
Heureux ceux qui aiment la musique, ne fût-ce que parce qu'ils n'en souffrent pas!
On dit : « Pour mieux supporter votre
[IKFLKXIONS ET IJOLTAUKS 33
malheur, pensez à plus malheureux (jue vous. » Recette eflicace peut-être, mais combien vile!
On dit souvent de l'ennui qu'il est mortel; mais on en meurt rarement.
A matinée trop belle, après-midi de pluie; ù enfance trop heureuse, existence de chagrins.
Un vieux proverbe, suisse, je crois, dit : « On ne saitjamais ce qui bout dans la mar mite des autres. »
V^ulgaire, mais combien juste!
34 l'ENSliES 1)K TOUTES LES COULEURS
L'homme? Un réservoir à micr(jbes que traverse parfois un raNon d'idéal.
On ne peut jamais être complètement heureux : il y a toujours le mallieur des autres.
Le mérite d'une bonne action résulte moins de l'action elle-même que de l'effort qu'elle a coûté.
Plus la vie est légère aux gens frivoles, plus J
le malheur leur semble lourd.
liKFLKXIONS i;t lîOlTADF.S 35
L'absence du malheur, c'est presque du houheur déjà.
L'animal le plus intelligent? L'homme. Que non pas! La marmotte. Elle dort pendant les [)lus vilains mois de l'année.
Nous vivons ici-bas dans une atmosphère de mystère et d'injustice. Quelle résistance — ou quelle insensibilité — nous faut-il pour n'y étouffer point?
Le mariage est l'attelage à deux pour traîner la vie; malheureusement, comme presque tou-
36 PKNSKES DK TOUTFS LES COULEURS
jours pour les chevaux, il y en a un qui tire.., et l'autre qui se fait tirer.
On peut diviser les maladies en deux classes : les grandes (celles dont nous souffrons) ; — les petites (celles dont souffrent les autres).
Réflexion d'une nounou devant la mer écumeuse :
— ce On dirait du lait! »
Il en est des bonheurs humains comme de la neige. Très joli quand ça tombe.... Mais gare le
dégel!
ui;fli:xions kt boutades 37
Le ciel, c'est la noblesse de la terre.
L'oubli, c'est du bonheur négatif, mais c'est du bonheur tout de même.
^ iic
Il faut être bien... poète, pour prendre la nature comme confidente de nos douleurs ou de nos joies. Elle n'est que le cadre impassible où nous nous mouvons jusqu'à la mort.
L'optimisme n'est facile qu'aux p^ens heureux. Et c'est même une des raisons pour lesquelles il y a si peu d'optimistes.
11 y il des noms rebelles à la poésie, entre autres: Vercingétorix, tellement long et encombrant dans un vers. Je me souviens d'avoir lu, dans une tragédie en cinq actes ainsi intitulée et qui ne manquait pas de mérite, d'ailleurs, ce vers césure de façon bizarre :
Il faut vaincre, Vercin-gétorix, ou mourir!
Dans cette même tragédie, l'auteur, pour secouer la tyrannie de cet interminable nom, avait trouvé commode, dans les scènes d'amour, d'en supprimer les trois premières syllabes, et la jeune fille, éprise du chef gaulois, s'écriait :
0 mon Torix, je t"aime!
Les orages, la nuit, sont plus effrayants. Ils s'amplifient de toute l'horreur des ténèbres.
IJKFLKXIONS F.T HOFTADES 39
Aimez-vous les uns les autres, a dit le Christ. Mais il n'a pas interdit les préférences.
Le paysage le plus riant est attristé par la seule vue d'une habitation humaine. On y peut toujours supposer quelque douleur cachée.
« Chacun prend son plaisir où il le trouve », dit le proverbe. Et si on ne le trouve nulle part?
Les plaisirs sont pour l'àme ce que les anesthésiques sont pour le cerveau. Ils agissent pendant quelque temps, mais deviennent impuissants bien vite.
Propos de grand-père :
« Les petits-enfants, c'est les dernières poupées. »
On a dit de Paris : « C'est le Paradis pour les femmes et l'Enfer pour les chevaux, » Depuis l'automobile, c'est l'Enfer pour tout le monde.
Autrefois, être Parisien était une qualité aux yeux des étrangers; aujourd'hui, être étranger en est une aux j'-eux des Parisiens.
iu:fli:xions i:t houtadks 41
La parole, a-t-on dit. a été donnée à l'homme pour dissimuler sa pensée. Dès lors, ceux (jui ne pensent à rien devraient bien commencer par se taire!
Faire plaisir... quel plaisir!
Parmi les animaux de la création, le poisson mérite une toute particulière estime. Il est propre, discret et sait se tenir à sa place.
Observez les femmes à la promenade. Quand elles vont passer devant des gens assis et prêts
PKNSKES DK TOITKS L i: S C 0 l' L li U U S
à les détailler, pas une qui ne rectifie la position, comme un troupier à la revue.
Mon opinion sur la peine de mort? C'est que la vraie peine, souvent, c'est la vie!
On peut dire assez fréquemment d'un ouvrage : « C'est bien écrit! » Mais plus rarement : « C'est bien pensé ! »
Le pittoresque, c'est l'originalité de la nature.
A l'entrée des monuments publics, au lieu de : « Essuyez vos chaussures, S. V. P. » qui
UKFLKXIONS KT noiTADllS 43
serait poli. poun|iu)i Ir tnulitioimol : « Essuyez vos pieds, S. V. P. » ([iii est insultant?
On a toujours envie de répondre : « Mais ils sont propres! »
Le retour dans une i^^rande ville par une brumeuse après-midi d'octobre, après trois mois d'air libre et de soleil, c'est de la mort qui tombe sur les épaules.
Le quart d'heure n'a jamais exactement quinze minutes. Il en a quatorze quand on s'amuse... et soixante quand on s'ennuie.
Le quinquet : invention de la fin du xvni" siècle: invention modeste, mais qui eut la bonne
44 rKNSEES DE TOUTES LES COIILEIRS
grùce (le mettre longtemps « en lumière » le nom de M. Quinquet, lequel l'imagina. Que d'inventeurs de plus haut vol n'eurent point pareille bonne fortune!
I.e mot : « Absolu» me paraît sans emploi en ce monde où tout est incertain et relatif. Et les sciences exactes? dira-t-on. Quelle plaisanterie! J'ai entendu un mathématicien affirmer très sérieusement ([u'il n'était pas prouvé que deux et deux fissent toujours quatre.
Les querelles de ménage n'ont de sérieuses conséquences que quand elles sont rares. La fréquence en atténue la gravité.
RKFL r.XIUNS Eï HOLTADES 45
11 y a des substantifs qui appellent toujours les mêmes qualificatifs. On ne conçoit guère un orientaliste qui ne soit pas distingué, non plus qu'une agression qui ne soit ni brusque, ni violente, ni sauvage.
La Religion, c'est le devoir sanctifié.
Toute récompense entrevue avaut l'action en diminue le mérite.
La multiplicité des remèdes qui guérissent du rhume de cerveau prouve bien qu'il est inçruérissable.
4G PKNSKKS DE TOITES LKS COULEURS
Les reffrets, ce sont des souvenirs en deuil.
La vie sans l'idéal fait songer à quelque effroyable squelette toujours prêt à nous étrangler.
La résignation, c'est la patience christianisée.
Oui! oui! Vivre de souvenirs. Très joli... pour ceux qui sont encore à l'âge des réalités!
UKFLEXIONS ET ItOlTADES 47
Après un décès, on dit fréquemment : « Ce sont ceux qui restent qui sont le plus à plaindre !... » Tout de même, si l'on donnait le choix...
Le lendemain du jour où l'on trouva le pauvre Gérard de Nerval pendu à une lanterne rue de la Vieille-Estrapade, quelqu'un dit :
— « Son corps le gênait; il l'a accroché quelque part! »
Si tous ceux que leur corps gêne en faisaient autant, il n'y aurait pas une lanterne disponible.
Le réveil : première et désagréable action de la journée.
48 PKNSEES Di: TOITKS LES COULEURS
Dans les rêves, le passé tient une très grande place. Il faut la lumière du jour pour nous rendre au présent, qui devient aussitôt le passé....
Si, la nuit, vous voulez écouter l'heure, remarquez que c'est presque toujours une demie qui sonne.
Je comprends jusqu'à un certain point les haines de races, mais les haines de religion, jamais.
lîKFLEXIONS ET HOITADES 49
Les optimistes crient : « Tout est bien ! » Les pessimistes : « Tout est mal! » Les sages : « Rien n'est tout à fait bien ni tout à fait mal. »
Tn mauvais sommeil est un chien hargneux qui harcèle pendant toute l'existence.
Depuis la petite gêne causée par une chaussure trop étroite jusqu'aux douleurs les plus aiguës, notre pauvre machine humaine connaît toutes les gammes de la souffrance .
Les désespérés en veulent au soleil de se lever tous les jours.
50 PKNSLES Dli TOL'TKS LES COL' LEURS
Les ciels trop éclatants sont pénibles aux veux délicats et aux âmes attristées.
Bien dormir est une grande jouissance physique; mais la nature malicieuse veut que ce soit la seule peut-être dont nous ne puissions avoir conscience.
Le sommeil est à la fois consolant et terrible : s'il éloigne de la vie, il rapproche de la mort.
Pour trouver un homme à peu près sage, partons de ce principe que tous les hommes sont à peu près fous.
RKFLEXIONS ET ItOLTADES 51
Pour un écrivain, et en général pour tout artiste, la fortune venue des parents est ou un puissant levier ou un terrible poids lourd.
Je n'ai jamais compris la distinction établie, en art. entre les amateurs et... les autres. Il 3' a les gens qui ont du talent et ceux qui n'en ont point, voilà tout.
On dit des choses qu'elles sont sales. f]n réalité elles sont salies par les hommes. C'est nous, les sales!
Dans une crise d'ennui :
« ... Et les savants affirment que les jours n'ont pas plus de vingt-quatre heures! »
Nous attribuons aux variations de la température bien des malaises physiques, qui ne viennent que de nous-mêmes. Si la métaphore n'était trop hardie, on pourrait dire du temps « qu'il a bon dos ».
La tolérance est la première marche qui mène à la liberté.
RKFLEXIONS ET HULTAUKS 53
Le temps n'est jamais ni tout à fait aussi beau, ni tout à fait aussi laid qu'il nous semble l'être à travers les croisées.
Le bruit du tonnerre a quelque chose de terrifiant et d'enfantin à la fois. Il fait penser à un bon Dieu pas bien méchant qui se rappelle un peu rudement à nous, pour que nous devenions plus sages.
Le travail, sous quelque forme que ce soit, est le grand consolateur. Ceux qui ne peuvent plus travailler sont les vrais inconsolables...
54 PF.NSKF.S DK TOUTKS LKS COULEURS
On (lit : « Tout s'arranj^e. » Mais, pour que tout s'arranj,^e, il faut que tout se soit dérangé auparavant. On devrait donc dire : «t Tout se dérange et s'arrange... quelquefois. »
l^c travail aisé est plein de charme au moment même; mais le travail pénible laisse, à sa suite, la fierté de l'effort accompli.
Rien d'agaçant comme les trompes de mailcoach qui, jetant leur gaieté brusque et falote dans le silence d'une rue, troublent un rêve ou font sentir plus cruellement à un malade la souffrance de se sentir hors de la vie.
HEFLEXIONS ET BOUTADES
En réalité, on ne peut dire du temps qu'il passe vite — que quand il est déjà passé.
Pendant une nuit d'insomnie :
« Heureux ceux qui ont un bon sommeil! Ils vivent un tiers en moins. »
Aux triomphants, je donne mon admiration, mais non ma tendresse. Le succès leur suffit.
Il en est du travail comme des ascensions en montaprne. On peine pendant la première heure; on se sent plus en train pendant la seconde;
56 ri;NSÉKS DE TOITES LKS COULEURS
et, souvent, on arrive au sommet moins fatigué qu'en partant.
Les tracas assaisonnent désagréablement la i
vie comme le poivre les aliments.
On dit : « Un vent échevelé. » C'est échevelantou, mieux encore, déclievelant qu'il convient de dire.
L'homme passe sa vieillesse à regretter ce dont il s'est plaint pendant toute son existence.
RKFLEXIONS ET ROITADES
Le voyage, c'est très souvent un peu de souvenirs achetés par beaucoup d'ennuis.
Dieu est comme le vent qui passe : on le sent partout et on ne le voit nulle part.
Le seul avantage de la vieillesse, m'a dit un pessimiste, c'est qu'elle rapproche de la mort.
On met souvent dix minutes à raconter un voyage de deux mois.
PKNSEES DE TOIT ES LES COULELTIS
A mesure que viennent les années, le « trop vu » ennuie; le « pas encore vu » n'attire guère. Et c'est pour cela — ainsi que pour bien d'autres raisons — qu'il est si désagréable de vieillir.
Le séjour des villes est mauvais pour les jeunes gens et pour les vieillards. Aux premiers, il offre trop de tentations; aux seconds, il cause trop de regrets.
En revenant dans une grande ville, on est toujours frappé de la physionomie souffreteuse et inquiète des gens. Ils ont presque tous l'air de malades ou de déments.
Il KFL EXIONS ET BOUTADES 59
Fiiire « ce qu'on veut » n'est pas faire « ce qu'on voudrait ». Ce qu'on veut est limité; ce qu'on voudrait est infini. Le premier se réalise... quelquefois ; le second, jamais.
V^ îjj
Il n'y a que les jeunes gens pour parler des joies de la vieillesse.
Quand nous retrouvons un paysage après plusieurs années, il ne nous semble jamais exactement tel que nous l'avons laissé. Il n'a pas changé, cependant. Mais notre âme a vieilli, et c'est à travers notre àme que nous le voyons.
Les enfants nous tourmentent avec leurs interminables « Pourquoi? » auxquels nous ne savons que répondre. Ne nous posons- nous pas à nous-mêmes, tout le long- de notre vie morale, d'aussi nombreux « Pourquoi? »
auxquels nous ne pouvons répondre davantaiîe ?
Il suffit de nous promener un quart d'heure dans les rues pour être reconnaissant à la Providence de nous avoir épargné tant de douleurs frôlées!
Le plus grand bienfait de l'amour est défaire oublier la vie.
L'âge modifie sensiblement les habitudes; il change peu les caractères.
Quand on jette un coup d'œil en arrière, la vie apparaît toujours ou trop longue ou trop courte, jamais de sa durée exacte.
A partir d'une certaine époque de la vie, le bonheur n'est que relatif. Il est fait des malheurs évités, des ennuis écartés et — pour les mauvaises natures — des tracas et des infortunes d'autrui.
Dès notre réveil, la vie implacable nous jette sur le dos, avec un ricanement sinistre, la quotidienne besace lourde de soucis et de chagrins qu'il nous faudra porter tout le jour....
Aux malades de l'esprit, les médecins disent : « Tâchez de vous intéresser à tout! »; et, d'autre part : « Tâchez de ne vous tourmenter de
rien! »
EN MARGi: DE LA VIE 65
Tel que l'àne de Buridan, le patient ne sait où donner de la tête, hésite... et crève comme lui !
Le corps humain est si débile, les dangers qui l'entourent sont si multiples que le plus grand étonnement de la vie... c'est encore de vivre !
Ce qu'il y a de délicieux dans l'enfance, c'est le manque absolu de critique.
A partir de la soixantaine on vit sur la corde raide,
Si l'on n'était distrait par la vie, on penserait sans cesse à la mort.
Une existence longue et tourmentée devrait donner droit à une mort rapide et douce. Mais quels droits avons-nous donc ici-bas, pauvres vermisseaux que nous sommes? Tout juste celui de vivre, car nous n'avons même pas celui de mourir.
Les petits enfants, les voyages : joies en réserve pour le déclin de la vie.
Plus nous avançons dans la vie, plus elle s'éloigne de nous.
La vie ne nous paraît vraiment facile que quand il s'agit de celle des autres.
La vieillesse est un renoncement de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute. Il semble qu'on ne s'y fera jamais... On s'y fait cependant. Mais non sans regrets ni révoltes vaines.
Un sentiment fréquent chez le vieillard est de se figurer qu'il fait toutes choses pour la dernière fois.
Hieii à faire, trop à faire : les deux extrêmes. Tachons de trouver le juste milieu. Mais combien difficile !
La vie m'apparaît souvent sous la forme d'une mégère géante et implacable qui, toujours aux trousses des pauvres hommes, les fait marcher à coups de pied dans les reins. On demande un peu de bonheur?... coup de pied. Un peu de santé?... coup de pied. Un peu de repos?... coup de pied. Et, tout le long de l'existence, les coups de pied se succèdent, de plus en plus fréquents, de plus en plus terribles, jusqu'au coup de pied final, lequel, d'un bond, nous envoie au Ciel ou au diable !
Dans la jeunesse, les heures volent; dans l'âge mûr, elles marchent; dans la vieillesse, elles rampent.
On se demande souvent pourquoi les petits enfants mettent tant de hâte à faire les choses, quand ils ont toute la vie devant eux.
L'illogisme est le fond de la vie.
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Une vie sans idéal me fait penser à un visage où manqueraient les yeux.
Si l'on ne disait que des choses indispensables, on se tairait pendant presque toute son existence.
Le soleil et le silence : deux jouissances physiques qui durent jusqu'à la fin de la vie.
Si compatissants qu'ils soient, les jeunes gens ne peuvent comprendre ce qu'il faut de volonté, quand on est vieux et malade, pour traîner sa vie.
L'injustice saisit l'homme au berceau pour ne le lâcher qu'au bord de la tombe.
La lutte pour la vie? N'est-ce pas plutôt la lutte contre la vie qu'il convient de dire?
Sous l'inlluence des années, les liens qui nous attachent à la vie se distendent de plus en plus. C'est sans doute pour que la rupture soit moins difficile, quand viendra le moment de rompre.
Quand on vieillit, il faut se consoler de ne pouvoir plus prendre les plaisirs d'autrefois en songeant au peu de joie qu'ils laissaient après qu'on les avait pris. En un mot, il ne faut se souvenir que des lendemains.
PENSKKS DK TOUTES LES COULEURS
Une des grandes tristesses de la vie est que les êtres que l'on aime le plus, les êtres que l'on connaît le mieux, qui vivent avec nous, qui pensent, qui sentent comme nous, qui sont d'autres nous-mêmes enfin, soient toujours et malgré tout si loin de nous.
Bien des gens ne vivent que par crainte de la mort.
Légères aux jeunes et aux vaillants, les heures matinales sont les plus lourdes aux vieillards et aux découragés. La perspective de toute une journée de plus à vivre les attriste et les épouvante.
Heureux ceux (jui meurent d'un coup, dans une bataille, en criant : « Victoire! »
Les événements modifient la vie; mais la changent rarement. La mort seule bouleverse... ou arrange tout.
Les premiers bruits entendus le matin sont les coups de clairon de la vie qui recommence et sonne le réveil.
On dit que vieillir est le meilleur moyen de vivre longtemps, lion nombre de vieillards
souhaiteraient que ce fût celui de mourir vite.
Plus on avance dans la vie, plus la meule quotidienne est lourde à tourner et plus sont faibles les bras qui la tournent. De cette disproportion, que chaque heure accentue, résulte l'inéluctable et toujours plus pénible tourment de la vieillesse.
Pour tous et à tout moment, il y a du malheur dans l'air.
Une mort chrétienne et douce doit inspirer l'envie et non l'effroi.
Quelle sérénité au déclia de la vie, si la mémoire séparant, comme un crible, le bon grain de l'ivraie, ne retenait que les souvenirs heureux !
On n'a pas toujours la mort que l'on mérite; mais tout s'arrange après.
Il y a toujours quelque chose de respectable et de touchant à entendre un homme âgé parler de sa mère disparue.
Aux yeux des pessimistes, — qui n'ont d'ailleurs peut-être pas tort en cela — la nais-
sance est le premier et le plus grand malheur qui puisse arriver à l'homme, car il entraîne tous les autres.
Dans la naissance, sitôt la mère délivrée, l'enfant devient captif de la vie.
lléflexion « d'un que la vie embête », mais qui a conservé un bon sommeil :
« Heureusement, il v a les nuits! »
La vie peut rendre pessimiste ou philosophe; optimiste, jamais.
L'organisme humain est à la fois d'une fragilité extrême et d'une résistance inouïe. Il fait penser à certaines flammes qu'un souffle suffit à éteindre, tandis que d'autres résistent aux plus terribles ouragans.
C'est bien souvent ceux dont nous nous croyons le plus oubliés qui pensent le plus à nous.
A un certain âge, savoir s'occuper c'est presque savoir être heureux.
Dans la jeunesse, les distractions servent à oublier la vie; dans la vieillesse, elles aident à oublier la mort.
Un des seuls bénéfices de l'âge est de remettre les choses à leur plan, et de nous empêcher de prendre pour essentielles celles qui ne sont qu'accessoires.
Chaque âge a ses plaisirs. Oui! mais c'en est toujours d'autres qu'il rêve.
EN M AUGE Di: LA VIE
Pour le vieillard, il est aussi insensé de faire des projets qu'il est inquiétant de n'en point faire.
Tout est provisoire sur la terre, — même la terre, qui n'est pas éternelle.
« De l'argent! » crient les pauvres. « De la santé ! » e^émissent les malades. « De la gloire! » hurlent les ambitieux. « Du repos! » soupirent les vieillards... Et, de tous les coins de l'univers, sous des formes diverses, c'est toujours l'éternelle plainte qui monte vers le ciel !
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tK -Se
En pensant à la mort, ne disons pas avec désinvolture : « Il faut bien partir! » Disons, avec recueillement : « Il faut partir Oieul »
Et c'est un départ qui n'est pas toujours commode!
On dit qu'une vieillesse trop heureuse est une mauvaise préparation à la mort. N'empêche que c'est toujours cela de pris sur la vie!
« L'heureux âge! » dit-on à propos des petits enfants. Quelle erreur! On n'est heureux que par comparaison, et leur trop court passé ne leur en fournit aucune.
EN MARC, i: DE LA VIE 81
('Il moment à passer : quelquefois cinq minutes, quelquefois toute la vie.
S'il pensait trop souvent qu'il suffit d'une goutte de sang qui se déplace dans le cerveau pour nous jeter à la folie, au crime ou à la mort, l'homme vivrait dans un tel effroi que toute action lui semblerait impossible.
Innombrables ceux qui continuent de vivre par religion ou par devoir!
Beati quia quiescunl! ... Heureux parce qu'ils se reposent, dit-on des morts. Est-il bien certain, ce repos tant désiré?
Il n'y a en réalité que deux choses à regretter de la vie : l'amour et la charité.
Rare et admirable l'homme qui ne se souvient pas d'avoir eu, dans sa vie, un seul moment où il ait eu à roug'ir de soi-même!
Quand, au déclin de l'existence, l'homme s'écrie : « Oh! maintenant! je ne demande plus
que le repos! » il croit formuler un vœu bien modeste; et, en réalité, il souhaite l'impossible.
L'affection, le travail, le ciel, la mer : presque tout ce que je regretterai de la vie.
La vie est une si lourde charge que l'homme, dès son jeune âge, est reconnaissant envers ceux qui l'aident à l'alléger. Voyez les enfants : ils aiment surtout qui les amuse.
Dans la jeunesse, la santé semble un dû; dans l'âge mûr, une faveur; dans la vieillesse, une surprise.
im:nsi:ks dk t outils les coulkuus
Le soir est généralement l'heure calme de la journée; il n'en est pas toujours ainsi du soir de la vie.
La solitude peut être salutaire ou néfaste elle n'est jamais indifférente.
En vieillissant, on se préoccupe moins de la mort que de la façon dont on mourra. En un mot, on se résiçrne à être maniée; mais on voudrait bien savoir à quelle sauce.
Chaque jour, avant de s'endormir, l'homme doit remercier les dieux de l'avoir fait vivre
EN MAiu; i: i)i: la vif.
un jour de plus... ù moins qu'il ne les en maudisse.
La vie est un tunnel où l'on entre sans le vouloir et dont on ne sort pas à son gré. ^Mauvaises conditions pour beaucoup s'y plaire.
La vie du vieillard ressemble à une route bordée de tombeaux.
La vie est la plus tenace des habitudes.
Il n'y a pas de vieillards heureux; il n'y a que des vieillards résignés.
La vieillesse est une zone neutre entre la vie et la mort.
Arrivé à la vieillesse, l'homme porte la vie et n'est plus porté par elle.
N'est-ce pas effrayant de songer que, pendant toute une existence, le cœur bat et le cerveau pense sans s'arrêter jamais?
Vivre très vieux et être très longtemps malade sont deux grands malheurs. Dans le
premier cas, on vous tolère ; dans le second, on vous oublie.
La vie est si lamentable, même pour les moins malheureux, qu'il m'a toujours semblé illogique de se réjouir de la naissance d'un être humain.
Aux yeux des jeunes gens, la vieillesse apparaît comme une forêt vue de loin, au soleil couchant. Ils la croient accueillante et paisible; plus tard, quand ils y pénètrent, ils 3' trouvent une ombre glacée et des sifflements de serpents.
Vivre, c'est changer d'ennuis, quand ce n'est pas changer de douleurs.
l'FXSKES DK TOUTES LES COULEURS
Sans la maladie, la pauvreté et la mort, la vie serait si belle... (luc ce ne serait plus la vie!
La vieillesse serait délicieuse... si on était ieune!
En prenant des années, ne regardons ni derrière nous, ni autour de nous, mais en avant de nous, toujours!
l^éfion.s-nous des jugements trop brefs et des j)lirases trop longues.
EN MAlUiii l)i: LA VIE 89
Quand on a de la peine à allumer son feu, on se demande parfois comment il peut y avoir tant d'incendies.
Bien rares ceux qui voudraient recommencer leur vie; plus rares encore ceux qui la voudraient finir.