ALFRED DE MUSSET
Il aurait cent un ans...
C'est un joli vieillard tout blanc, très soigné, conservant encore les restes de son élégante tournure, et n'ayant que très peu modifié sa tenue de dandy de 1830.
Moralement, il a dépouillé le jeune homme et même l'homme mûr. Le mot « caprice » est vide de sens pour lui. Il passe ses « nuits » dans son lit solitaire, où il dort bourgeoisement. Il ne pense pas trois fois l'an à George Sand, qu'il ne voit plus jamais et qu'il trouve maintenant bien vieille pour lui...
206 pi::nsi:es de toutes les colleurs
Ce soir, Afussot a tHé au Théâtre-Français. Il n'y était pas « seul». La salle était comble. On jouait, non pas « du Molière », mais une pièce de la nouvelle école, une pièce « express ». La représentation terminée, il est entré au Café de la Régence, a demandé de quoi écrire, et, J n'ayant guère apprécié le spectacle, a commencé * une seconde Soirée j^erdue, mais sans jeune fille « au cou blanc, délicat ». Il n'aurait pu la « suivre » jusque chez elle, d'ailleurs. Les jeunes filles ne reviennent guère à pied du théâtre, aujourd'hui...
Rentré peu après, à petits pas, dans son appartement de la rue du Mont-Thabor, auquel il est resté toujours fidèle, Musset, avant de se coucher, prend un verre de lait sucré bien ehaud, comme il a coutume de le faire chaque soir, ayant, depuis belle lurette, renoncé à Satan, à l'alcool et à ses pompes.