‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 111 sur 167 · C. si l'on considère · texte numérisé non relu

C. si l'on considère

de l'homme à se tourmenter pour l'avenir, et la coutume 5 qu'il a de trouver du mystère et du merveilleux dans tout ce qui n'arrive pas souvent. Cette insatiable curiosité de l'avenir a fait naitre je ne sai combien de manières de Divination toutes chymeriques et ridicules, dont néanmoins les hommes n'ont pas laissé de se payer (i). Quand

ïo quelqu'un a été assez malicieux pour vouloir profiter de la foiblesse de l'homme, et qu'il a eu assez d'esprit pour inventer quelque chose qui pust servir à ce dessein, il n'a pas manqué de donner là dedans, c'est à dire de se vanter de la connoissance des choses futures. C'est de là qu'est

15 venue l'Astrologie Judiciaire. Ceux qui commencèrent à étudier les mouvemens des Cieux, n'avoient autre chose en veùe que de s'instruire d'un effet aussi admirable : et comme c'étoient apparemment des esprits plus touchez de l'amour des sciences, que de celui des biens du monde,

20 ils ne pretendoient pas faire de l'Astrologie un art de Filou. Mais il s'est trouvé de mal-honnêtes sens dans la suite, qui ayant remarqué le foible de l'homme, en ont voulu profiter (2); et pour cet effet ils ont débité par tout,

5. C. et du merveilleux et du mystère. 8. C. Voie^Ovide au I, livre des Fastes.

(1) Naudé invective ceux qui ont la faiblesse de vouloir, d'une façon quelconque, connaître l'avenir :

« De telles resveries ne peuvent loger qu'en l'imagination des âmes basses, grossières et populaires, qui se laissent surprendre et arrester dans ces toilles d'araignes, lesquelles ne peuvent facilement envelopper un esprit masle et bien sensé sans le decréditer et luy faire perdre l'estime et la réputation d'un homme de jugement. » (Apoleg., p. 452).

(2) Les idées développées dans cette section et dans les suivantes sont indiquées dans Petit (Dissert, sur la nat. des Coin., p. 84) : « Les habiles Princes y trouvèrent leur compte pour la Politique (aux inventions des Astrologues Chaldéens), les faux Prestres pour leurs impies Religions, beaucoup de mauvais Physiciens et pauvres Astronomes pour un secours à leurs nécessitez qui leur estoit fourny par les riches, les Poëtes pour de beaux sujets d'exercer leur Enthousiasme Poctique et les Historiens pour escrire au goust et dans le sentiment du vulgaire. >

que la science des Astres apprend ce qui est, ce qui a été,

25 et ce qui sera. De sorte que pour de l'argent chacun pouvoit apprendre sa bonne aventure. Pour mieux duper les gens, on leur a fait croire que les Cieux sont un livre où Dieu a écrit l'Histoire du Monde, et qu'il n'y a qu'à savoir lire l'écriture dont Dieu s'est servi, qui n'est autre

30 que l'arrangement des étoiles, pour apprendre cette Histoire-là. De très savans hommes, Plotin et Origene entre autres, ont donné dans ce panneau, jusques là qu'Origene (a) voulant confirmer son sentiment par quelque chose de bien fort, se couvre de l'autorité d'un livre Apo-

55 cryphe attribué au Patriarche Joseph, où l'on fait dire au Patriarche Jacob s'adressant à ses enfans, J'ay leu dans les Rentres du Ciel tout ce qui vous arrivera, et à vous, et à vos fls(b). On a profité surtout de l'apparition des Comètes, et de la peur qu'elles faisoient par leur longueur deme-

40 surée. Les Astrologues n'ont pas manqué de dire que c'étoient des Astres mal-faisans ; ils l'ont dit sur tout, après avoir éprouvé qu'ils se rendoient en quelque façon nécessaires par ce moyen-là, chacun voulant savoir d'eux, comme d'un Oracle, quels étoient dans le détail les

45 malheurs présagez par les Comètes. Les éclipses leur ont fourni de pareilles occasions de faire valoir leur talent. D'autres ont pris occasion de là, de se vanter de plusieurs autres sortes de Divination, de la Geomance, de la Chiromance, de l'Onomance ; et insensiblement le monde 50 s'est trouvé si plein de superstition, qu'on croyoit que toutes choses étoient des présages de l'avenir, particulièrement lors qu'on eust fait une affaire de Religion de

(a) Vide Euseb., prxp. Evang., I. 6, c. 9.

(b) Legi in tabulis cœli quxcunque contingent volts et filiis vestris.

35. A. Joseph, (et non pas à l'historien de ce nom, comme l'a cru M. Gadrois.) Discours Ptys. des Influen. Préface.

cette sorte de Disciplines, et que le fort du service divin se trouva placé dans la connoissance des augures. Ceux

55 qui pour se rendre nécessaires, avoient besoin de faire peur de la colère des Dieux au Peuple, ne manquoient pas d'appuyer sur les Comètes, et de mettre en proverbe qu'on n'en avoit jamais veu qui n'eust apporté du mal. Ils savoient pêcher en eau trouble, comme nous l'ap-

60 prend T. Live : car à l'occasion d'une maladie contagieuse qui de la Campagne se repandit dans la Ville après une grande sécheresse l'an de Rome 326 il raporte que la maladie passa jusques à l'esprit, par l'adresse de ceux qui s'enrichissent de la superstition des autres, et qu'on ne

65 voyoit par tout que de nouvelles cérémonies (a). Le Démon, qui faisoit là beau jeu, et qui trouvoit que la superstition des Peuples lui étoit un moyen infaillible de se faire adorer sous le nom des faux Dieux en cent manières différentes, toutes criminelles, toutes détestées du

70 souverain Maître de toutes choses, ne manquoit pas de faire valoir son art trompeur, toutes les fois qu'il paroissoit des météores, ou des étoiles non communes, à persuader aux Idolâtres, que c'étoient des signes de la colère des Dieux, et que tout étoit perdu, si on ne les appaisoit

75 par des sacrifices d'hommes et de bêtes, etc.

(a) Kec corpora modo affecta tabo, sed aiiiinos quoque multiplex religio, et pleraqtie externa invasit, novos ritus sacrijicando, vaticiuandoqiie, inferentibus in domos, quilnts quzstui sunt capti superstitûme animi. (Livius, l. 4, dec. 1.)

Page 1