XVIII INTRODUCTION
Protestant, ce qui étoit nécessaire pour donner plus de poids aux réflexions semées çà et là. »
(Ibid., Lettres de Bayle, La Haye, 1739.)
Peu importe après tout l'authenticité de tel ou tel menu détail : ce qu'il est intéressant de retenir, c'est le soin que prenait Bayle à dissimuler qu'il était l'auteur de la Lettre sur la Comète. Il se rendait bien compte, quoiqu'il l'ait nié plus tard, qu'elle renfermait des opinions neuves, hardies et de nature à le faire inquiéter. Un passage d'u:./e de ses lettres à Minutoli ne laisse d'ailleurs aucun doute à cet égard : il y désigne ses idées sous le nom de paradoxes (1). C'est dire qu'il prévoyait le scandale que ces opinions pouvaient causer dans le milieu étroitement orthodoxe où il vivait.
L'année suivante il publia chez Reinier Leers une seconde édition de ses Lettres sur la Comète sous le titre de Pensées \ diverses | écrites à un \ Docteur de Sorbonne | , à l'occasion de la Comète qui parut | au mois de Décembre 1680. Il avait retranché la longue préface de l'édition précédente et mis un petit Avertissement « pour marquer en quoi cette 2e édition était préférable à la ire ». C'est dans cette seconde édition que l'ouvrage de Bayle prend sa forme définitive : il a corrigé son premier travail, divisé son essai en un grand nombre de sections et surtout donné un plus ample développement à quelques-unes de ses idées. Les polémiques postérieures se déchaîneront autour de cette édition de 1683.
Les Pensées sur la Comète semblent avoir d'abord été bien accueillies dans la société protestante. Bayle assure même qu'il fut l'objet d'un succès flatteur : « Mon livre des Comètes avoit joui neuf ans de suite d'une paix assez glorieuse ; il me fit connoître avec assez d'avantage : la modestie ne me permet pas de rapporter les éloges qu'il m'attira de la part de plusieurs personnes d'Etat et d'érudition. On ne me connoissoit en Frise que par cet endroit, et l'on me jugea digne d'une chaire de Profes-
(1) S'il vous tombe entre les mains un Livre intitulé Lettre à un Docteur de Sorbonne contre les Présages des Comètes que l'on réfute par la Philosophie et la Théologie, je vous prie de m'en dire votre sentiment. Il a fait du bruit en ce Pais à cause de quelques Paradoxe: dont il traite.
(A M. Minutoli, Rotterdam, 16 juin 1682.)