‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 155 sur 167 · C. avec je ne sai quelles circonstances · texte numérisé non relu

C. avec je ne sai quelles circonstances

41. Et plust à Dieu, jusqu'à la fin de la section, n'est pas dans A.

Sainte Vierge et les Saints du Paradis, comme on le prétend, exposent la Religion aux insultes et aux railleries 50 de ceux de dehors.

Desordres causeï par les Poètes Chrétiens.

Le Pape Urbain VIII, qui composa une fort belle Elégie que l'on voit à la tête de ses Poëmes, pour exhorter les Poètes ses Confrères à faire des vers saints et pieux, 5 est asseurement fort louable. Mais il eust encore mieux fait, si au lieu de leur donner cet avis en Poète, il leur eust défendu en qualité de souverain Pontife, d'en composer d'autres. Et comme il ne pouvoit pas pratiquer à l'égard de tous, ce qu'il pratiqua contre celui qui lui avoit

10 présenté un ouvrage peu digne d'un bon Chrétien, dont il censura l'impudence avec tant de forces que ce misérable en mourut de confusion ; il devoit interposer les foudres redoutables du Vatican, pour arrêter les desordres qui naissent de la Poésie. Le célèbre Mr. deThou remar-

15 que tort judicieusement, qu'après la mort de Henry II, ceux qui prenoient la liberté de dire ses veritez, ou plutôt qui faisoient la reveùe générale de tous les desordres de son Règne, ne contoient pas pour un des moins pernicieux, le grand nombre de Poètes dont sa Cour avoit

20 été pleine ; leurs basses flatteries pour la Duchesse de Valentinois, sa Maîtresse ; leurs bagatelles, qui gâtèrent

14. A. Mr. de Thou {Hisior., '. 22, ad ann. I ))<}). 21. A. Maîtresse d'Henry II.

le goût des jeunes gens, et les détournèrent des bonnes études ; et leurs chansons tendres et passionnées, qui ruinèrent dans l'ame des jeunes filles toutes les impres-

25 sions de la pudeur. Lisez vous-même le passage de Mr. de Thou, si vous m'en croyez (a) ; car je sens bien que mon François affoiblit la beauté majestueuse de ses expressions. Mr. de Mezerai s'accorde parfaitement en cela avec l'autre Historien, car il dit (b), qu'on eust peu louer

3° Henry II. de l'amour des belles lettres, si la dissolution de sa Cour autorisée par son exemple, u'eust tourné les plus beaux esprits à composer des Romans pleins de visions extravagantes, et des poésies lascives pour flater l'impureté qui tenait en main les récompenses, et pour fournir des amusemcns à un sexe qui

35 veut régner en badinant.

(a) Nec inter postrema corrupti sxculi testimoiiia recensebantur Poetx Galli, quorum provcntu regnum Hem ici abundavit, qui ingénia suo abusi, per fœdas adulationes ambitiosx fœminx blandicbantur, juventhte intérim corruptà, puerisque a veris studiis iia abductis, ne postremo ex Viigtnum auinus pudore el verecundià per lascivai uni cantionum illecebras eliminatà. (Thuan., Hist., lib. 22, ad ann. ISS9-)

(b) Abreg. CbronoL, ad ann. 1559.

25. A. Voici comme il en parle, car je sens bien que mon François affoiblit la beauté majestueuse de ses expressions : Nec inter postrema.. . illecebras eliminatà. Vous savez que le fameux Jean Gerson, Chancelier de vôtre célèbre Université (Naudé, Apol. des Gr. homm., ch. 7), a soutenu fortement dans un de ses livres, que l'Auteur du poëme intitulé, /(■ Roman de la Rose, est aussi damné que Judas, si tant est qu'avant sa mort il ne se soit pas repenti d'avoir composé, et publié tant de rapsodies. Ce qui se raporte à la pensée de ces Anciens Payens, qui ont cru qu'Homère avoit été exemplairement châtié dans l'autre monde, pour avoir débité tant de fictions ridicules, tante cojounerie ; cette epithete vient de bon lieu, car ce fût le Cardinal Hyppolite d'Est, qui l'appliqua aux poésies de l'Arioste, en lui disant, Messer Lodovico dove diavolo havete pigliato tante conjonnerie.

Suivons donc le conseil de cette Reine, dont Virgile a si indignement sacrifié l'honneur, sinon contre la vraisemblance, du moins contre la vérité (a) ; quittons les

S Poètes, pour entendre les Historiens. Examinons la Religion Payenne dans son culte et dans ses cérémonies, nous y trouverons tout ce que j'en ay dit, et tout ce que j'en ay donné à penser. C'est là où il faut chercher les erreurs grossières des Idolâtres, sans avoir égard à l'opinion de

10 quelques Philosophes, qui outre qu'ils ont été en trop petit nombre, pour faire une exception considérable, n'ont jamais osé rectifier l'opinion dominante, de peur d'être traittez comme Socrate. Et pour ce qui est des gens d'esprit et de bon sens, qui sans être Philosophes,

15 pouvoient avoir quelquefois des idées moins grossières de la Divinité, il ne faut les conter pour rien : car comme Ciceron nous le représente fort naïvement en la personne d'un de ses amis, ces gens-là ecoutoient avec joye les raisonnemens des Philosophes sur la nature des

20 Dieux ; mais au partir de là, ils faisoient tout comme les autres et suivoient pour les cultes et pour les cérémonies de la Religion, non pas les idées d'un Zenon, d'un Cleanthe, et d'un Chrysippe, mais la tradition toute

(a) Vos magis Historicis, Lectores, crédite de me,

Quant qui furta Deum concubitusque canunt, Fahidici vates, tenteront qui carminé verum, Humanisque Deos assimilant vitiis.

(Dido apud Ausonium.)

1. En titre, dans C : Quel ctoit le culte public parmi les Payens et quel est leur respect pour la tradition.

pure, comme ils l'apprenoient des Augures et des

25 Prêtres, sans disputer avec eux. Quand il s'agit de la Religion, (c'est ainsi que Ciceron fait parler l'un de ses amis) je ne m'arrête pas à la doctrine de Zenon, ou de Cleanthe, ou de Chrysippe ; mais à ce qu'en disent les Grands Pontifes Coruncanus, Scipion, et Scaevola. J'écoute aussi bien plutôt

30 Lœlius l'Augure dans le beau Discours qu'il a fait sur la Religion, qu'aucun des Chefs de la Secte des Stoïciens. Je n'ay jamais crû qu'il f al ût avoir du mépris pour aucune des partics de la Religion du Peuple Romain, et je me suis mis dans l'esprit, que nôtre République et nôtre Religion ayant été f on-

3 5 dées en même tems, il faut que nôtre Religion soit approuvée des Dieux ; car sans cela nôtre République ne fust pas devenue si puissante. Voila quels sont mes sentimens. Diter.-moi, vous qui êtes Philosophe, ce que vous croye\, car c'est d'un Philosophe que je ne fais pas difficulté d'entendre la raison de

40 ma foi : mais pour ce qui est de nos Ancêtres, je m'en fie à eux aveuglement, et sans qu'ils me donnent aucune raison de ma créance (a).

Que vous semble de cette pensée, Mr. ? Vous n'oseriez la traitter d'absurde, comme a fait Lactance (b) ; car elle

45 vous fera voir que l'esprit de la Religion Catholique étoit déjà dans la ville de Rome avant la naissance de Jesus-Christ, puis que voila des Romains qui déclarent,

(a) Cumde religione agitur, T. Coruiicanum, P. Scipionem, P. Scxvolam Pontifices maximos, non Zenonem, aut Cleanthem, aut Chrysippum sequor ; hdbeoque C. Laelium Augurent, eundeinque sapientem, quem potius audiam de religione dicentem in illa oratione nobili, quam quemquam principe)»

stoïcorum A te Philosopho rationem accipere debco religionis ; majoribus

autan nostris, etiam nullà ratione reddilà credere.

(Ciceron, 1. 3 denai. Deorum.)

(b) Divinar. Institut., 1. 2, cap. 6.

43. A. Que vous semble de cette pensée Mr ? N'êtes-vous pas bien aise de voir que l'esprit de la Religion Catholique. 47. A. Voila des Romains qui.

qu'à la vérité ils ne refuseront pas les eclaircissemens des Philosophes, mais que néanmoins ils s'en tiendront aveu-

50 glement à la tradition et à la coutume. Je suis bien aise que nous puissions nous prévaloir de cette antiquité contre les Calvinistes, qui ne s'en veulent raporter qu'à leur propre sens ; au lieu que les Catholiques, je dis même les Catholiques qui ne se signalent pas par leur

55 dévotion, et qui croyent reconnoître quelquefois qu'il y a de l'abus par tout, et que les Hérétiques n'ont pas tout le tort, en reviennent néanmoins à ce résultat ici, ou en tout, ou en partie,

Le meilleur est toujours de suivre 60 Le Prône de nôtre Curé.

Toutes ces doctrines nouvelles

Xe plaisent qu'aux folles cervelles ;

Pour moi, comme une humble brebis,

Je vais où mon Pasteur me range :

frr II n'est permis d'aimer le change

Que des femmes et des habits (a).

C'est imiter sagement ceux, qui après avoir frondé la Médecine et les Médecins, s'abandonnent néanmoins, dés qu'ils sont malades, à tout ce que leur Médecin

70 ordonne. Nous ne sommes pas venus au monde (disoit Mr. de Balzac) pour faire des loix, mais pour obéir à celles que nous avons trouvées, et nous contenter de la sagesse de nos Pères, comme de leur terre et de leur soleil. On pourroit l'accuser d'avoir dérobé cette pensée au Payen Cecilius, qui dit

75 fort éloquemment dans le Dialogue de Minutius Félix,

(a) Balzac, entret. 37. Mr Ménage, Observât, sur Matherb., p. ;;é.

73. Toute la fin de la section depuis : On pourroit l'accuser, est une addition de B.

Que tout étant incertain dans la Nature (i), il n'y a rien de mieux que de s'en tenir à la foi de ses Ancêtres, comme à la dépositaire de la Vérité (2); que de professer les Religions que la Tradition nous a enseignées ; que d'adorer les Dieux que nos

80 Pères et nos Mères nous ont accoutumé^ de craindre, avant que de nous eu donner une connoissance exacte ; et que de ne point décider de la Nature des Dieux, mais de nous conformer aux premiers hommes, qui ont eu l'honneur à la naissance du monde, de les avoir ou pour bienfaiteurs ou pour Rois (a).

85 Ce principe a tant de proportion avec les idées populaires, que l'on y vient tôt ou tard. Les Catholiques qui ne l'ont pas voulu admettre, quand les Payens s'en sont servis contre la Religion Chrétienne, n'ont pas laissé de

(a) Cùm igitur aut fortuna certa, aut meerta natura fit, quantovenerabiliusac melius antistitem veritatis majorum excipere disciplina»:, religiones traditas colère, Dcos, quos a parentïbus ante imbutus es timere quàm nosse familiarius, adonne nec de numinibus ferre sententiam, sed prioribus credere, qui adhuc ruai s.vculo in ipsis mitndi natalibus, meruerunt Deos vel faciles haberc, vel Reges.

(1) « Il établit, dit Jurieu, que tout est incertain dans le monde, et qu'on ne se détermine à croire une opinion plutôt qu'une autre, que par des marques étrangères. Et cela sans faire aucune exception, même des choses de la Religion ». a II faut remarquer, répond Bayle, qu'en cet endroit je ne fais que rapporter ce que d'autres disent ; je rapporte un passage de Miuucius Félix, et un autre de la Logique de Port- Royal. Comme il n'étoit point question là des affaires de Religion, il eût été superflu de les excepter, et personne n'auroit cru alors qu'il s'éleveroit au bout de neuf ans un délateur hérissé de chicaneries ».

(2) Jurieu : « Il loue et admet ce damnable principe, que tout étant incertain dans la nature, il n'y a rien de mieux que de s'en tenir à la foi de ses ancêtres, et de professer les Religions que la tradition nous a enseignées, selon quoi les Idolâtres ont bien fait de rejetter l'Evangile, et les Papistes la Reformation ». « Par quelle distraction, répond Bayle, a-t'il pu perdre de vue l'un des desseins de mon Ouvrage, qui est de réfuter la maxime, Qu'une erreur ne peut pas être de tous les paîs et de tous les siècles ? Un homme qui force ce retranchement, et qui rapporte ensuite que les Payens avoient opposé la tradition aux premiers Chrétiens, et que ceux-ci l'opposent aux Protestans, n'a-t-il pas dessein de railler l'Eglise Romaine, et de lui faire honte de sa conformité avec les anciens Idolâtres ? »

s'en servir contre les Novateurs ; et c'est aujourd'hui l'un 90 de nos plus forts argumens contre les pretendus-Reformez. Ils s'en moquent, mais ils y viendront un jour, et s'en serviront contre tous leurs Schismatiques. Peut-être même qu'ils l'ont déjà fait.

Qu'il faut juger d'une Religion par les cultes qu'elle pratique. Réflexion sur le livre de Mr. VEvêque de Condom.

Pour ce que j'av dit, qu'il faut juger de la Religion Payerne, non pas sur les impertinences des Poètes, ni 5 aussi sur les beaux discours des Philosophes, mais sur les cultes qu'elle pratiquoit par un usage soutenu de l'autorité publique ; pour cela, dis-je, je ne croi pas que personne le doive trouver mauvais, car il est seur que c'est uniquement ce qui justifie, ou ce qui condamne une

10 Religion : et c'est aussi par là que les anciens Pères ont batu en ruine le Paganisme. Mr. de Condom lui-même (i), qui ne semble pas approuver cette méthode, et qui prétend que l'on ne doit pas imputer à la Religion Catholique, que les pures décisions des Conciles, n'a pas laissé

15 d'imputer à la Religion Payenne les abus qui s'y com-

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