A. dont le Cocuage
32é PENSÉES SUR LA COMÈTE
à boire, de se laisser tomber avec des circonstances, dont il n'y avoit que des yeux impudiques qui se pussent divertir, et dont Jupiter parut si fâché, qu'il lui ôta sa charge
20 sur le champ ; non pas par cette raison, car il aimoit à rire et à se divertir en ce genre de choses, aussi bien qu'un autre, mais parce qu'il vouloit avoir un prétexte d'avancer le beau Ganymede qu'il avoit enlevé, pour satisfaire l'amour infâme qu'il lui portoit : tantôt les fai-
25 sant blesser par des hommes : et tantôt les faisant manquer de mémoire, et suer d'enthan à comprendre une difficulté ; ce qui a donné occasion à Lucien, de feindre que Jupiter demeura tout court dans une assemblée des Dieux, et ne put jamais se resouvenir du commencement
30 de la harangue qu'il avoit préparée, au lieu de quoi il leur débita par une application assez violente, quelques périodes d'une oraison de Demosthene contre Philippe, qu'il savoit par cœur. Je consens qu'on ne juge de rien sur ces autoritez-là, puisqu'il est certain que les Poètes se
35 sont mis en possession de falsifier tout, et que si on examinoit à la rigueur les vers de nos Poètes Chrétiens sur d'autres matières, que sur des sujets pieux, à peine leur resteroit-il un Sonnet, une Ode, ou une Chanson, qui ne fussent pas infectez d'heresie, d'impiété, ou de flateries
40 profanes. De sorte que nous avons intérêt pour la gloire des maximes de la morale Chrétienne, qu'on ne condamne pas une Religion sur ce que les Poètes ont dit. Et plust à Dieu, que nous n'eussions à nous plaindre que des vers profanes de nos Poètes. Car le grand mal est que leurs
4 S vers de dévotion font souvent plus de tort à l'Evangile que les autres, tant ils sont pleins d'extravagances et de bassesses, et de fictions ridicules, qui au lieu d'honorer la