XIII
IV. Dira-t-on avec un célèbre sectateur de Mr. Descartes (1), (Mr. de Mallement de Messange, Dissert, sur les Comètes, p. 12), (il voudra bien que je le nomme ainsi, nonobstant le beau talent qu'il a pour les pensées originales, qui peut lui donner une envie légitime de ne philosopher sous la bannière de personne) qu'une Comète rencontrant à la Circonférence d'un Tourbillon une matière fort grossière, et se veautrant avec beaucoup de rapidité dans cette espèce de fange, en excite un nuage à l'entour d'elle, et par son mouvement la pousse si loin que tout le
(1) Claude Mallemans de Messange, né à Beaune en 1653, entrai l'Oratoire en 1674 et fut pendant trente quatre ans professeur de philosophie au Collège du Plessis. Il composa en 1679 un Traité pljysique du Mcmde. En 1680, Bayle écrivait à son frère : « Il paroit un Livre assez nouveau qui explique physiquement l'Histoire de la Création du Monde rapportée par Moïse. L'Auteur s'appelle M. Mallement de Messange, jeune homme de grand esprit Ii donna au commencement de l'année passée un nouveau Système du Monde qui est fort bien imaginé : il pose le Soleil au nombre des Planètes et la Terre aussi donnant à chacun un mouvement à l'entour d'un même centre. » Mallemans publia en i68t sa Dissertation sur les Comètes, à monsieur le Procureur général du Grand Conseil, en 1698 son célèbre Problème de la quadrature du Cercle. Il prit parti, dans la Querelle du Dictionnaire de l'Académie, contre Furetière qui le malmena dans l'Apothéose du Dictionnaire. Il répondit en 1696 par une véritable invective: Réponse à une critique satirique. Il mourut en 1723.
plus pur fluide du grand Tourbillon en est infecté, et que les hommes mêmes en peuvent recevoir du mal ; comme il a veu quelquefois dans le fonds d'un clair ruisseau, un petit animal qui se rouloit dans du sable, en pousser si loin les parties, que cette eau la plus belle et la plus claire qu'on vit jamais en fut toute troublée dans un moment, ce qui put sans doute incommoder les poissons : et comme on voit aussi qu'on ne sauroit donner un coup, pour nettoyer une chambre poudreuse qu'on n'eleve la poudre jusqu'au plancher, quoi qu'elle ait une pente naturelle vers le bas d"où elle s'eleve.
Mais il est facile de repondre qu'il n'y a point assez de proportion entre ces choses pour en tirer une parité fort probable. Car encore une fois, la terre a beau tourner sur son centre avec une rapidité merveilleuse, elle a beau pousser la matière grossière dont elle est environnée ; tout cela se termine à épaissir l'air jusques à 2 ou 3 lieues de hauteur plus ou moins ; les parties du petit tourbillon de la terre qui sont au dessus des plus hautes nues ne s'en sentent aucunement. Quelle apparence donc que les Comètes quand même ou les supposeroit deux cent fois plus grandes que la terre, puissent du haut de la région de Saturne éloignée de la terre de plus de 6 millions de lieues, pousser des matières épaisses dans nôtre air ? On m'avouera que la poussière et la fumée qui s'elevent dans une plaine où se donne une bataille, quelque incommodes qu'elles soient aux Combatans, ne troublent pas néanmoins la pureté de l'air sur les montagnes voisines, et que si on regardoit le combat du sommet d'une de ces montagnes, plus haute de demie-lieùe en droite ligne que la plaine, on ne seroit nullement incommodé ni de la poussière ni de la fumée. Pourquoi donc s'imagine-t'on que les brouillards épais qu'une Comète peut exciter à l'entour d'elle, se peuvent écarter par toute l'étendue immense du grand Tourbillon ?
Il faut remarquer une chose à quoi on ne prend pas assez garde ; c'est qu'encore qu'un certain degré de force suffise pour élever les corps pesans jusqu'à une certaine hauteur, il ne s'ensuit pas qu'on puisse les élever une fois plus en employant le double de force, ou une fois autant, en employant la même force, car il se peut faire que plus on monte, plus on s'éloigne de l'équilibre. On se tromperoit fort, par exemple, si on croyoit après avoir plongé 2000 1. pesant d'or, dans une cuve remplie de
vif argent, d'eau et d'huile, faire remonter cet or 4. pieds au travers de l'huile avec le double de la force qu'il auroit fallu, pour le faire monter 2. pieds au travers du vif argent. Et par une raison semblable on se tromperait fort si on croyoit pouvoir enfoncer un balon 4. pieds dans le vif argent de cette cuve, avec une puissance double de celle qui l'auroit enfoncé 2. pieds dans l'huile. Je suis seur que le petit animal qui en se roulant sur le sable troubla le petit ruisseau, ne fit gueres monter dans l'air, des particules de sable : et il est fort apparent que s'il se fust roulé avec 20. fois plus de force dans le fonds d'une rivière 10. fois plus large et plus profonde que ce ruisseau, il n'eust pas troublé toute l'eau de la rivière comme il fit celle du ruisseau. Pour la poussière qui s'eleve dans une chambre au moindre coup de balay, je suis seur qu'on m'avouera qu'elle pourroit à la vérité, s'élever 2. ou 3. fois autant si on donnoit un coup avec 2. ou 3. fois plus de force, mais qu'enfin la force des coups ne seroit plus en raison réciproque des espaces parcourus par la poussière : et cela me suffit pour prouver qu'encore qu'une Comète pousse la matière crasse qui l'environne avec une force cent mille fois plus grande, par exemple, que celle d'un cheval qui marche sur un lieu poudreux, elle ne chasse pas pourtant cette matière jusqu'à une distance cent mille fois plus grande que l'espace jusqu'où s'eleve la poussière frappée par un cheval. L'Auteur de la Dissertation a fort bien insinué la raison de tout cecy ; qui est que la poudre et le sable sont en un certain équilibre avec les parties de l'air et de l'eau, et que pour peu qu'on les ayde, elles l'emportent. Mais comme cet équilibre ne subsiste plus après une certaine élévation, ce petit secours quand même il seroit continué, ne servirait plus de rien : du moins ne fairoit-il pas monter la poussière à l'infini. Aussi voyons nous que la poussière communiquant peu à peu de son mouvement aux parties de l'air, perd bientôt son avantage, et ne demeurant pas même en équilibre avec elles, est repoussée vers le centre. Il est fort apparent qu'il se passe quelque chose de semblable dans le Tourbillon de la Comète. Les parties qui l'environnent étant en un certain équilibre avec celles d'alentour, peuvent s'éloigner de la Comète, pour peu qu'on les pousse : et même s'en éloigner beaucoup si on les pousse vivement. Mais comme elles ne sauraient s'éloigner de la Comète sans perdre peu à peu la force qui leur a été imprimée, il faut que tôt ou tard elles
s'arrêtent, et qu'ayant moins de force pour s'éloigner, que les corps qu'elles rencontrent, pour demeurer à leur place, elles soient repoussées vers la Comète, à l'exemple des corps que nous jettons dans l'air, qui peu après sont repoussez vers la terre. Mais n'y regardons pas de si près. Accordons que la Comète peut écarter les corpuscules qui l'environnent, aussi loin de sa superficie, à proportion, qu'un cheval écarte loin de luy la poussière qu'il remue de son pied. Accordons que comme la poussière s'étend à l'entour d'un cheval dans un espace dont le Diamètre perpendiculaire à l'Horizon sera si on veut 5. ou 6. fois plus grand que le cheval : de même aussi les corpuscules agitez par la Comète s'étendent à l'entour d'elle dans un espace dont le Diamètre qui nous regarde, est 6. fois plus grand que le Diamètre de la Comète. Voila bien des passedroits que nous faisons, car on ne pourrait jamais prouver cela sur le pied des evaporations terrestres qui nous sont connues. Cependant il ne s'en suivra pas que les Comètes puissent seulement chasser hors de leur propre tourbillon, les corpuscules qui les environnent, car le diamètre du tourbillon de la terri contenant pour le moins 30. fois le diamètre de la terre, il est raisonnable de supposer que le diamètre du tourbillon de la Comète contient aussi 30. fois pour le moins le diamètre de la Comète : si bien que tous les deplacemens des corpuscules grossiers qui sont à l'cntoui des Comètes, se fairont dans un espace très éloigné de la circonférence de leurs tourbillons, bien loin de s'étendre jusques à nous.
Soyons encore plus faciles ; accordons que la Comète peut chasser entièrement hors de l'enceinte de son tourbillon cette matière grossière qui l'environne. S'ensuivra-t-il que notre air en sera tout infecté ? Je n'y voi nulle apparence, car puis que cette matière a eu la force de se ranger à la circonférence du grand tourbillon, il faut qu'elle ait une solidité naturelle, qui la rend capable de repousser vers le centre, tous les globules et tous les corps qui sont entre Saturne et le soleil, et par conséquent que la force qu'elle a de s'éloigner du soleil soit autant supérieure à la force qu'ont les corps qui environnent la terre, de s'éloigner du soleil, que Saturne s'est plus éloigné du soleil, que la terre : c'est à dire que selon le système de Copernic qui fait la moindre distance d'entre le soleil et la terre de 700. diamètres terrestres, et d'entre le soleil et Saturne de 6400. dia-
mètres ; il faut que la matière dont il s'agit, ait pour le moins 9. fois plus de force que les globules qui sont à la circonférence de l'Orbe de la terre. Or, le moyen de s'imaginer que l'impulsion communiquée à cette matière par les Comètes la puisse conduire vers le centre par une traverse de plus de 16. millions de lieues, toujours par un pays où elle rencontre des corps qui ont incomparablement plus de disposition qu'elle à être proche du centre ? Il n'y a point d'imagination qui puisse fournir à cela, sur tout quand on considère que de quelque force qu'on pousse un ballon dans l'eau, il remonte tout aussitôt si on ne pesé dessus continuellement. Et on veut que la Comète ayant une fois poussé vers les parties inférieures du tourbillon, des corps qui tendent avec beaucoup de force à s'en éloigner, ces corps là s'avancent en suitte vers le centre sans fin et sans cesse ?
L'exemple des fleurs et du musc dont se sert le même Autheur, ne prouve pas le contraire de ce que je pretens établir, car ce qui fait que les odeurs se répandent au long et au large n'est pas l'impulsion que les fleurs communiquent à leurs corpuscules : c'est l'impulsion qui est premièrement communiquée à ces corpuscules par certains dissolvans qui passent par les pores des fleurs : et puis l'agitation qui leur vient des parties de l'air qui leur servent de véhicule. Mais bien loin que les atomes poussez par les Comètes puissent trouver un véhicule qui les porte vers le centre du grand Tourbillon, qu'au contraire ils trouvent par tout des corps qui ayant plus de disposition qu'eux à demeurer près de ce centre, les en éloignent continuellement.
Poussons nôtre complaisance plus loin : accordons que les Comètes peuvent pousser jusques près du centre du grand Tourbillon la matière sur quoi elles se roulent ; s'ensuivra-t-il que l'Atmosphère de la terre en sera notablement altéré et les hommes aussi? Point du tout, car si cette matière parcourait des espaces aussi immenses, elle se briseroit et se diviserait en une infinité de particules insensibles, etc. (La suite comme au § XIV de B.)
Voici le passage auquel fait allusion Bayle :
Il m'est arrivé quelquefois de voir dans le fond d'un clair ruisseau un petit animal se rouler dans un sable très fin, mais grossier en comparaison de la pureté de l'eau qui couloit dessus ;
ce petit animal par son mouvement qui n'estoit pas si grand assurément que celuy d'une Comète après avoir formé autour de luy à une médiocre estenduë comme un petit nuage de sable, il le poussa si loin que cette eau la plus belle et la plus claire qu'on vit jamais, fut en un moment toute troublée, dont les petits poissons qui y estoient en fort grande quantité purent sans doute estre incommodés, comme nous le serions d'un mauvais air qu'on nous feroit respirer ; puisque nous sommes justement dans l'air comme les poissons sont dans l'eau. S'il est donc permis de faire une comparaison, ce ruisseau est un air ou une matière céleste ; le sable du fond est la matière grossière reléguée à l'extrémité, et comme au fond du grand tourbillon, et le petit animal sera une grosse Comète qui se veautre dans cette fange. Elle en excite un nuage à l'entour d'elle, et par son mouvement la pousse si loin, que tout le plus pur fluide du grand tourbillon en est infecté et que les hommes mesmes en peuvent recevoir de l'incommodité.
(Mallement de Messange, Diss. sur les Coin. , p. 12).
Voici encore un long passage de l'édition de 1682 qui a été supprimé dans la première édition des Pensées.
Fin du § XLVI.
La raison est en cecy tout à fait contre le sentiment commun, car on ne voit pas en vertu dequoi la Lune allant successivement et imperceptiblement de la conjonction à l'opposition, et de l'opposition à la conjonction, doit changer tout à coup la température de l'air justement lorsqu'elle est arrivée au point de l'opposition et de la conjonction. Il faudroit pour cela que son mouvement fust semblable à celui des roues d'une horloge, qui ne fait sonner les heures que lors qu'il est arrivé précisément à un certain point, ce qu'aucune raison ne nous persuade, étant bien plus probable au contraire que si une certaine situation de la Lune a quelque vertu, on ne doit pas attendre à s'en sentir, qu'elle y soit parfaitement arrivée, comme il n'est pas nécessaire que le soleil soit arrivé précisément au méridien, afin qu'il nous fasse sentir la chaleur. Nous la sentons augmenter à mesure qu'il s'en approche, sans pourtant qu'elle diminue à proportion qu'il s'en éloigne, car le chaud est souvent plus insupportable à 2. et à 3. heures après midy, qu'à midy même. Pourquoi donc ne sentirions nous par degrez la vertu d'une certaine position de la Lune ? Ajoutez à cela que la nouvelle Lune ne sauroit changer la température du tems sans faire cesser la pluye en un endroit, et la faire commencer en un autre, et ainsi du reste. Or on ne voit pas par quelle raison tous ces differens changemens peuvent résulter d'un certain aspect de la Lune, lequel est presque le même que les aspects d'un peu devant et d'un peu après, qui ne peuvent rien produire de semblable. On
voit encore moins par quelle vertu la température de l'air produire par ce certain aspect de la Lune peut demeurer en son état pendant 15. jours, quoi que la Lune ne retienne point ce même aspect, et qu'elle change au contraire perpétuellement sa demeure. A l'égard des marées on explique fort bien pourquoi elles sont plus grandes dans les Conjonctions et dans les Oppositions, en supposant que la Lune se trouve alors dans les extremitez du petit Diamètre de son Orbe, mais cela ne tire pas à conséquence pour les pluves, pour le froid et pour le chaud. Outre qu'il est bien vrai que les plus grandes marées arrivent les jours de la pleine et de la nouvelle Lune, mais de telle sorte, qu'elles croissent ou décroissent journellement, selon que la Lune s'éloigne, ou s'approche des quadratures, ce qui ne se fait point à l'égard de la pluye, ou du beau tems.
Ayant fait ces objections à de fort honnêtes gens, je n'ay eu pour toute réponse, si non qu'il faut bien que cela soit ainsi, puisque nos anciens l'ont cru, qu'il n'y a pas apparence que cette opinion eût pu s'établir de main en main dans tous les siècles, si l'expérience ne l'eût soutenue. Et comme je leur ay fait souvent remarquer que le mauvais tems ayant continué 2. ou 3. jours après la nouvelle Lune, le reste du mois n'avoit pas laissé d'être fort beau, ils m'ont repondu qu'il ne faloit par y regarder de si prés, et qu'on pouvoit fort bien entendre par nouvelle Lune les 2. ou 3. jours qui précèdent et qui suivent sa conjonction avec le soleil.
A cela Mr. je ne trouve pas qu'il soit nécessaire de répliquer autre chose si ce n'est qu'il faut bien que nos Anciens se soient trompez puis que l'expérience n'est pas conforme à leur Tradition, car je ne voi pas qu'il y ait lieu de croire que la Nature ait assez changé pour être en ces choses là toute différente de ce quelle étoit autrefois ; du reste qu'il n'est pas étonnant qu'une erreur devienne générale veu le peu de soin qu'ont les hommes de consulter la raison quand ils ajoutent foy à ce qu'ils ententendent dire à d'autres, et le peu de profit qu'ils font des occasions qui leur sont offertes de se détromper.
Ne sortons pas de nôtre sujet pour voir des preuves de cela. Combien y a-t'il de gens qui ont peu remarquer en mille rencontres la fausseté des prédictions de l'Almanach, qui pourtant «n achètent tous les ans, et le consultent jour par jour, et soutiennent qu'il rencontre tout : jusques là qu'on en voit qui sont
prêts à faire des paris l'un pour son Almanach de Liège, l'autre pour son Almanach de Milan, un troisième pour son Almanach de Basle, de Troyes ou de quelque autre lieu, comme font les Anglois pour leurs Cocqs. Et moi je leur soutiens et suis prêt à parier tout ce qu'ils voudront pourveu qu'ils m'apportent un Almanach qui entre dans le détail de chaque journée, qu'il arrivera tout le contraire de ce qu'il dira. Que l'Astrologue fasse de son mieux pour observer les aspects de toutes les Planètes, je suis seur que s'il particularise l'état de chaque journée, disant par exemple, il faira un tel vent le lundi ; le tetns sera serain jusqu'à 10. heures ; après quoi nous aurons une petite pluye qui finira à soleil couché ; la nuit sera sans nuages, et sans aucun vent ; il s' élever a des brouillards le lendemain, qui dureront jusqu'à midy ; il gèlera en suitte, ou il neigera jusques à l'entrée de la nuict ; je suis seur, dis-je, que s'il veut entrer ainsi dans le détail, et ne se pas contenter de dire en gros, il faira chaud au mois de juillet, etc. il perdra plus de fois que moi qui serai appointé contraire avec lui. Car selon les reigles du bon sens il faut qu'il perde beaucoup plus souvent que moi, parce que pour gagner il faut qu'il rencontre un certain vent déterminé parmi les 32. vents de la boussole, au lieu qu'il peut perdre soit qu'on sente aucun vent, soit qu'on sente quelqu'un des 3 1 . vents qui restent, c'est à dire que sur le chapitre du vent il doit perdre 32. fois contre moi une, car à ne point considérer la disposition particulière d'un certain lieu qui le rend sujet à certains inconnus ailleurs, à quoi aussi les Astrologues n'ont point d'égard, il est 32. fois plus probable qu'un tel jour il ne faira pas un certain vent donné, qu'il n'est probable qu'il faira ce certain vent.
Vous aurez encore une autre remarque sur cette matière. Tous ceux qui attendent de la Lune le changement du tems, observent certaines Lunaisons tout autrement que les autres ; la Lune de Noël, par exemple, celle de Mars, et celle de St. Jean. Ils disent que la Lune de Mars est fort bourrue et sujette à faire des incartades, fondez apparemment sur ce qu'on a remarqué que le mois de Mars est plein d'irregularitez, à cause quu le soleil s'aprochant de nous bien plus sensiblement chaque jour qu'il ne faisoit auparavant, acquiert en peu de tems une augmentation sensible de forces, qui fait qu'il eleve de la terre remplie deshumiditez de l'hyver, quantitez de vapeurs et d'exhalaisons qui, faute de pouvoir être cuites et digérées, eau-
sent diverses altérations dans l'air, et comme une espèce de recheute dans la saison rigoureuse, comme il arrive à ceux qui mangent trop au sortir d'une maladie. Passe pour cela ; je consens puis qu'ils le veulent que la Lune de Mars soit bourrue.
Mais ils veulent de plus que la Lune qui est devenue nouvelle les derniers jours de Février, ne soit point la Lune de Mars, et n'ait aucune influence redoutable, quoi qu'elle règne dans le mois de Mars. Ils prétendent qu'alors c'est à la Lune qui règne dans le mois d'Avril à faire la capricieuse. C'est ce que je ne leur saurois passer, car il s'ensuivroit de là que la Lune se reigle sur le Kalendrier de Jules César, et qu'elle suspend quelquefois pour 30. jours les effects de sa colère, à cause que par un usage le plus arbitraire du monde, il nous plait d'allonger le mois de Février tous les 4. ans, comme si quatre doigts de parchemin contenant un ordre de commencer un certain mois plutôt ou plus tard, étoient capables de rompre toutes les mesures que la Lune auroit prises pour nous nuire.
Ils prétendent outre cela que quand la Lune est deux fois nouvelle au mois de Mars, comme elle le fût l'année passée, la seconde de ces Lunes est aussi bourrue que la première, et continue ses incartades tout le mois d'Avril. C'est encore ce que je ne leur saurois passer, et c'est dequoi je me moquai l'année passée tout mon saoul, voyant des gens d'étude, des gens d'esprit, des gens de qualité, dans ce misérable panneau, dont ils pouvoient se délivrer en considérant seulement que s'il avoit plù aux Romains de mutiler le mois de Mars comme ils firent le mois de Février (ce qui leur étoit aisé) la nouvelle Lune du 30. Mars 1680. eût été la Lune d'Avril. En ce cas-là cette Lune n'eust pas du être bourrue puis qu'elle n'eust pas été la Lune de Mars. Elle fut donc bourrue l'année passée non à cause du point du Ciel où elle avoit fait sa conjonction, ni à cause de l'état où elle trouva la région Elémentaire, car c'eust été toute la même chose si Mars eust eu la destinée de Février ; mais à cause que les Romains avoient donné le nom de Mars à un certain nombre de jours, dequoi sans doutte la Lune qui en étoit avertie voulût profiter, pour avoir plus de loisir de décharger sa mauvaise humeur, et pour se venger du mauvais tour que lui joue quelquefois l'intercalation du Bissexte, en diminuant le règne de ses boutades. Pour ce qui est de la Lune du 1. de Mars 1680. qui n'échappa le Bissexte que de quelques
heures, elle a cecy de remarquable c'est qu'elle ne deut être quinteuse que dans les Pays Catholiques, car de quel droit eûtelle fait sentir ses bizarreries aux Protestans qui n'ont pas reçeu la Reformation du Kalendrier, puis qu'elle étoit Lune de Février à leur égard.
Tout ce développement est supprimé dans B et remplacé par : Mais j'ayme mieux me servir de l'expérience, jusqu'à : Permettez moi de vous demander Mr.