XXVI INTRODUCTION
Cependant, Bayle n'avait pas encore répondu aux accusations portées contre lui par Jurieu dans la Courte Revue. Il avait, disait-il, l'intention de présenter sa défense verbalement devant les Juges Ecclésiastiques :
« Son accusation est, I. Que je suis un ennemi de toute Religion en gênerai. (Examen, p. 35). II. Que je ne fais pas quasi de mystère de mon Athéisme (p. 50). III. Que je n'édifie le public par aucun acte de Religion. IV. Que ma première Divinité s'appelle Louis XIV (p. 37). V. Que mes Confrères dans la Cabale étendue du Midi .au Nord et moi avons toutes nos plus étroites liaisons avec des Déistes, des Spino^istes, des Indifferens et des gens suspects des plus grandes hérésies (p. 248). Ma réponse a consisté à lui demander des preuves juridiques de ces accusations. »
Les atermoiements et les intrigues de Jurieu avaient empêché Bayle de donner suite à ses projets. Il estimait aussi que son livre des Comètes contenait suffisamment en luimême la réponse aux objections de son accusateur ; enfin il méditait le projet d'en publier une troisième édition où il se serait efforcé de donner à ses doctrines encore plus de précision, en produisant « un grand nombre de nouvelles preuves, un grand nombre d'éclaircissemens nouveaux, un grand nombre de nouvelles solutions à tous les scrupules des bonnes âmes, et à toutes les chicaneries des disputeurs de mauvaise foi3 ou d'esprit faux. » Mais il apprit au mois de février 1694 que Jurieu avait fait nommer des Commissaires dans son Consistoire pour prononcer sur les extraits qu'il avait produits dans la Courte Revue. « Il ne veut plus être ma partie, dit Bayle, il veut être mon juge et faire en sorte qu'on ne parle plus d'accusation d'Atheïsme, mais qu'on examine seulement s'il y a dans mes ouvrages quelques propositions erronées, dangereuses, et punissables canoniquement. Toutes les apparences sont qu'il veut que l'on juge sans m'entendre, et sur la seule autorité de ses extraits, et des conséquences qu'il y a jointes. C'est donc à ce coup que la dispute va paroître devant les Tribunaux Ecclésiastiques, et cela sur un nouveau pied. Or comme il pourrait bien arriver que le tout se passerait sans que j'en eusse nulle connoissance, il est absolument nécessaire que je recoure à la voye d'un Factum public, qui puisse servir d'instruction aux Juges qui en voudront, et ôter à ceux qui n'en voudraient pas, tout lieu de prétendre cause d'ignorance. » (Addit. aux Pensées, p. 25.)