INTRODUCTION XXV
vaise foi du monde. » Le Consistoire « composé presque tout de gens qui n'entendent ni le François ni autre chose qu'un peu de Lieux Communs de Théologie » se contenta de consulter la Version qui lui était soumise. Bayle fut condamné et le Consistoire le dénonça aux Bourgmestres. Le 30 octobre 1693, les Magistrats lui ôtèrent sa charge de Professeur avec la pension de cinq cents florins qui y était attachée ; ils révoquèrent même la permission qu'on lui avait donnée d'enseigner en particulier. « Par là, dit-il, on a bouché les deux sources de ma subsistance. Je n'ai jamais eu un sou de mon patrimoine, jamais eu l'humeur d'amasser du bien, jamais été en état de faire des épargnes. Je me fondois sur ma pension que je crovois devoir durer autant que ma vie. » Bayle se plaint surtout d'avoir été condamné sans même avoir été entendu : « Tout cela s'est fait avec un grand mystère, et sans m'avertir de rien, et sans avoir égard aux déclarations publiques que j'ai cent fois renouvellées aux Bourguemestres, aux Ministres, etc. en conversation, que j'étois prêt de montrer que mes Comètes ne contiennent rien qui soit contraire ou à la droite Raison, ou à la Confession de Foi des Eglises Réformées. Une infinité d'honnêtes gens sont ici dans l'indignation d'une conduite si violente, et qui ne se pratique point dans l'Eglise Romaine : car on y écoute un Auteur accusé d'Hétérodoxie, et on l'admet à donner des éclaircissemens, ou à rétracter ses erreurs. Cela, mon cher Cousin, doit diminuer vos regrets de n'être point sorti de France. Vous serez cent fois meilleur Réformé si vous ne voiez nôtre Religion qu'où elle est persécutée : vous seriez scandalizé si vous la voyiez où elle domine. »
(A M. de Naudis, 28 décembre 1693).
« Les Bourguemestres qui sont quatre en nombre et tirés de ces vingt-quatre (qui composent le Conseil de la Ville) me firent savoir cette resolution sans me dire pourquoi ils m'ôtoient ce qu'ils m'avoient accordé l'an 1681 ... Le prétexte dont ils colorent leur conduite quand on leur en parle en particulier et qui fut même allégué par quelques-uns en opinant le jour qu'on m'ôta ma charge, est que le Livre que je publiai ici en 1682 sur les Comètes contient des propositions pernicieuses, et telles qu'il n'est pas d'un Magistrat chrétien de souffrir que les jeunes gens en soient imbus. »