‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 27 sur 167 · AVERTISSEMENT AU LECTEUR I · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT AU LECTEUR I

par les raisounemeus philosophiques ; ou me répondait toujours que Dieu montre ces grands Phénomènes, afin de donner le 20 tems aux pécheurs de prévenir par leur pénitence les maux qui leur pendent sur la tête. Je crus donc qu'il seroit très-inutile de raisonner davantage, à moins que je n'employasse un argument qui fit voir que les attributs de Dieu ne permettent pas qu'il destine les Comètes à un tel effet. Je méditai là-dessus, et je 25 m'avisai bien-tôt de la raison Theologiquc que l'on voit dans cet écrit. Je ne me souvenois point de l'avoir lue dans aucun livre, ni d'en avoir jamais oui parler ; cela m'y fit découvrir une idée de nouveauté qui m'inspira la pensée d'écrire une lettre sur ce sujet pour être insérée dans le Mercure Galant. 50 Je fis tout ce que je pus pour ne point passer les bornes d'une telle lettre ; mais l'abondance de la matière ne me permit pas d'être assci court, et me contraignit à prendre d'autres mesures; c'est à dire, à considérer ma lettre comme un Ouvrage qu'il faudroit publier à part. Je n'affectai plus la 35 brièveté, je m'étendis à mon aise sur chaque chose; mais néanmoins je ne perdis point de vue Monsieur de Visé (a). Je pris la resolution de lui envoyer ma lettre, et de le prier de la donner à son Imprimeur, et d'obtenir ou la permission de Mr. de la Reinie si elle pouvoit suffire pour l'impression de 40 mon Ouvrage, comme elle avoit suffi pour l'impression de quelques traite^ sur les Comètes ; ou le privilège du Roi, s'il en falloit venir là. Il garda quelque tems mou manuscrit sans sçavoir le nom de l'Auteur, et quand on fut lui en demander des nouvelles, il répondit qu'il sçavoit d'une per- 45 sonne à qui il l' avoit donné à lire, que Mr. de la Reinie ne

(a) Auteur du Mercure Galant.

prendrait jamais sur soi les suites de cette affaire, et qu'il fallait recourir à l'approbation des Docteurs avant que de pouvoir solliciter un privilège du Roi, détail pénible, long et ennuyeux, où il n avait pas le loisir de s'engager. On retira le manuscrit,

50 et comme la suppression de l'Académie de Sedan fut cause que je me retirai en Hollande pendant l'automne de 1681, je ne songeai plus à faire imprimer à Paris ma lettre sur les Comètes Vous voye\ là le motif qui me fit prendre le style d'un Catholique Romain, et imiter le langage et les éloges de

55 Mr. de Visé sur les affaires d'Etat. Cette conduite était absolument nécessaire à quiconque se vouloit faire imprimer A Paris, et je crus que l'imitation du Mercure Galant en certaines choses, rendrait plus facile a obtenir ou la permission de Mr. de la Reinie, ou le privilège du Roi. Et comme je pris

60 toutes sortes de précautions pour n être pas reconnu l'Auteur de cette lettre sur les Comètes (1), qui fut imprimée en Hollande peu de mois après mon arrivée, je ne changeai rien dans le langage dont j' ai parlé . fe crus que rien ne seroit plus propre qu'un tel langage à faire juger que la lettre sur les Comètes

65 n'êtoit point l'Ecrit d'un homme sorti de France pour la Religion.

(1) « Je ne l'avois confessé à qui que ce soit au monde », écrit-il à Minutoli. Le 26 mars 1682, il envoie à son frère aîné, à Bordeaux, un paquet « contenant trois livres curieux » : le troisième, dit-il, est une Lettre contre les Présages des Comètes que je vous prie de lire avec attention pour m' dire votre sentiment. »

Il envoie de même la Lettre à son frère cadet le 9 juillet : « C'est un livre qui a fait du bruit, mandez-moi s'il est connu à Genève. » Ce n'est que le 3 octobre qu'il se décide à s'en reconnaître l'auteur : « Pour la lettre des Comètes je vous avouerai sub sigillo confessionis que j'en suis l'Auteur. » Mais il s'empresse d'ajouter : « Il ne faut pas que vous découvriez rien de tout ceci à personne. Si vous entendez dire qu'on me l'attribue, il faut dire quelque chose qui fasse connaître qu'il n'y a pas apparence à cela. »

Ceux qui voudront prendre la peine de faire attention à ceci, trouveront sans doute tous les celai ni ssemens qu'ils auraient pu souhaiter. Je dirai encore ce mot : on insera

7° pendant l'impression un asseï grand nombre de choses qui nèioienl pas dans le manuscrit que l'on avait envoyé à l'Auteur du Mercure Galant (a) .

Passons au second article, et disons pourquoi cette troisième édition ne contient rien de ce que j'avois promis.

7 S J'avois préparé mes lecteurs (b) à la trouver augmentée d'un grand nombre de nouvelles preuves, et de nouvelles réponses aux difficulté^ etc. (i), et cependant elle est tout à fait conforme à la seconde, je n'ai rien ajouté, je n'ai rien ôté, je n'ai rien changé (c). Voici mes raisons. J'ai considéré que cet 0 Ouvrage n'étant déjà que trop semblable aux rivières qui ne font que serpenter, je n'eusse pu y joindre de nouvelles

(a) Sur tout dans ta 2° édition.

(b) Voyci V Addition aux Pensées sur les Comètes, publiée l'an 1694.

(c) Excepté l'ovtographe et l'arrangement de quelques mots eu très-peu d'endroits.

(1) Dans l'Addition aux Pensées, il expliquait en effet qu'il n'avait pas répondu à la Courte Revue de Jurieu parce qu'il avait le dessein de publier une nouvelle édition des Pensées :

« La dernière raison qui m'a obligé à laisser la Courte Revue sans réponse est qu'avant même que ce libelle parût, le Libraire qui a publié mes Pensées diverses sur les Comètes me témoigna qu'il souhaitait d'en faire une nouvelle édition et me pria d'y ajouter le plus de choses que je pourrais... Je m'engageai à cela en quelque façon : or comme si ce dessin s'exécute, (ce qui pourra bien arriver tôt ou tard) j'aurai à produire un grand nombre de nouvelles preuves, un grand nombre d'éclaircissements nouveaux, un grand nombre de nouvelles solutions à tous les scrupules des bonnes âmes et à toutes les chicaneries des disputeurs de mauvaise foi, ou d'esprit faux ; j'ai crû qu'il n'en faloit pas faire à deux fois ; et qu'il faloit renvoyer la Courte Revue au temps où les Pensées diverses reparoîtroient sur la scène avec de nouvelles décorations. » Il avait encore promis cette suite dans la 2e édition du Dict. histar. et crit., pag. 1138 et 3140. (1702). Au lieu de cette nouvelle édition, il publia la Continuation des Pensées diverses en 1704.

Pensées sur la Comète. 2

l8 PENSÉES SUR LA COMÈTE

digressions sans en rendre la lecture très-ennuyeuse. C'eût été engager mes lecteurs dans un labyrinthe (a), on les embarquer sur le Méandre, et ils n'ont que faire de cela. Je ne sçai si

85 d'autres Auteurs auroient l'adresse de faire croître un tel Ouvrage à la manière des Corps vivaus, per intus susceptionem, c'est à dire, par de nouveaux sucs répandus et distribue^ dans toute la masse avec les proportions nécessaires; mais pour moi je m'en reconnois incapable, et ainsi j'imiterai

90 la manière dont on dit que la nature fait croître les corps non vivons : ils croissent, dit-on, per juxta-positionem ; c'est à dire, par une matière qui se joint à leurs parties extérieures : je réserverai mes additions pour un nouveau tome qui sera imprimé à part dès que je serai plus avancé dans la composi-

95 tion du Dictionnaire Critique, à quoi je continue de travailler. Si je renvoyé la partie à ce tems-la, c'est qu'ayant examiné tout de nouveau les difficulté^ qu'on se peut former sur le parallèle que j'ai établi entre le Paganisme et Y Athéisme, il m'a paru qu'on les peut résoudre toutes par les principes que

100 j'ai poseï, et par l'application des réponses que j'ai déjà employées. Il n'y a donc rien qui presse. L'objection qui me semble la plus considérable, et la plus digne d'être discutée avec beaucoup d'étendue, est celle que j'examine dans la section CCXXXIV. fe ne sçai pourtant si je m'y arrêterai beatt-

105 coup dans le nouveau tome que je promets ; car c'est une matière infiniment délicate, et qu'on ne sçauroit bien éclaircir, ni bien approfondir sans remuer certaines bornes, à quoi il

(a) Non secus ac Hquidis Pbrygius Mxander xn undis ludit, et amhguo lapsu reftuitque jluitque, occurrensque sibi venturas aspicit undas, etnuncad fontes, nunc ad mare versus apertum incertas exereet aquas : ita Dxdalus implet innumeras errore vias, vixque ipse reverti ad limen potuit. (Ovidius, Metant., Jib. 8, v. 162.)

vaut mieux peut-être fie toucher pas. Il y a je ne sçai quelle fatalité qui est cause que plus ou raisonne sur les attributs de

1 10 Dieu conformément aux notions les plus claires, les plus grandes, et les plus sublimes de la Métaphysique, plus on se trouve en opposition avec une foule de passages de l'Ecriture. Quoique cette opposition ne soit pas fondée sur les choses mêmes, mais sur la différence des styles, il est pourtant

1 1 5 malaisé de la lever d'une manière qui satisfasse tous les esprits. Au fond il ne faudroit pas trouver étrange que des Auteurs qui n'ont point eu d'autre école que l'inspiration, et qui ont dû s'accommoder à la portée des peuples, ne soient point d'accord quant à toutes les idées que leurs phrases

120 semblent renfermer, avec des Auteurs qui ont étudié les règles de l'analyse, qui les observent, qui définissent d'abord les mois, qui les employait toujours au même sens, qui n'ont en veuë que l'instruction spéculative, qui ne proportionnent point leurs dogmes au besoin où sont les peuples d'être touche^ par

125 des images grossières, etc. fe dirai quelque chose là-dessus dans mon Dictionnaire à l'article de Grégoire d'Arimini.

Voilà tout l'Avertissement que j'avois à mettre ici ; mais parce que les Imprimeurs ont souhaité que je remplisse le vuide de cette page, je ferai encore une observation qui me

130 semble propre à bien réfuter l'erreur commune touchant les Comètes.

La guerre qui a duré dans l'Occident depuis l'an 1688 jusqu'à l'an 169?, a été des plus violentes, et des plus désolantes qu'on eût jamais vues. Cependant il n'a point paru de

135 Comètes, ni un peu avant qu'elle commençât, ni pendant qu'elle a duré ; mais au contraire on a vu une Comète au mois de Septembre 1698, lorsque l'Europe étoit déjà délivrée

de cette guerre, et quelle était sur le point de voir rétablir la paix entre les Chrétiens et les Ottomans. Voilà donc une

140 Comète qui s'est montrée entre deux traite^ de paix qui ont fait cesser la guerre dans tous les coins de l'Europe, et qui ont changé en mieux la situation des affaires générales : une Comète, dis-je, qui ramené les teins heureux où l'on fermoit le temple de Janus. Si nous ne pouvons pas l'espérer, souhai-

HS tons du moins qu'avec une longue durée ce soient des tems semblables à ceux qu'un Poète Latin a fait prédire :

Aspera tum positis mitescent saecula bellis, Cana fides, et Vesta, Remo cum fratre Quirinus, Jura dabunt : dirae ferro, et compagibus arctis 156 Claudentur belli portae. Furor impius intus

Sasva sedens super arma, et centum vinctus ahenis Post tergum nodis fremet horridos ore cruento (a).

Le 1. de Juin 1699.

(a) VirgiL, /En., I. I, v. 291.

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