C. mais je doute que vous ayez eu
dant qu'elle paroissoit avant le jour, sur la fin de Novem- 5 bre et au commencement de Décembre, n'attendroient pas long-tems à la voir à une heure plus commode ; car en effet, elle a commencé à reparoitre le 22. du mois passé, dés l'entrée de la nuit ; mais je doute fort que vous ayez eu raison de m'exhorter à vous écrire tout ce que je pen-
10 serois sur cette matière, et de me promettre une réponse fort exacte à tout ce que je vous en ecrirois. Cela va plus loin que vous n'avez cru : je ne sai ce que c'est que de méditer régulièrement sur une chose : je prens le change fort aisément : je m'écarte très-souvent de mon sujet :
15 je saute dans des lieux dont on auroit bien de la peine à deviner les chemins, et je suis fort propre à faire perdre patience à un Docteur qui veut de la méthode et de la régularité partout. C'est pourquoi, Monsieur, pensez y bien : songez plus d'une fois à la proposition que vous
20 m'avez faite. Je vous donne quinze jours de terme pour prendre votre dernière resolution. Cet avis et les vœux que je fais pour votre prospérité dans ce renouvellement d'année sont toutes les etreines que vous aurez de moi pour le coup.
25 Je suis vôtre, etc.
A.., le 1 de janvier 1681.
Puis qu'après y avoir bien pensé, vous persistez à vouloir que je vous communique les pensées (1) qui me vien-
1. C. Cette section est intitulée : Avec quelle méthode on l'écrira.
(1) Pensé... pensées... Cf., à la page suivante : ils font bien de faire ; ces répétitions de mots sont continuelles chez Bayle ; il ne se
dront dans l'esprit en méditant sur La nature des Comètes, et à vous engager à les examiner régulièrement, il faut se 5 résoudre à vous écrire. Mais vous souffrirez, s'il vous plait, que je le fasse à mes heures de loisir et avec toute sorte de liberté, selon que les choses se présenteront à ma pensée. Car pour ce plan que vous souhaitteriez que je fisse dés le commencement, et que vous voudriez que je suivisse
10 de point en point, je vous prie, Monsieur, de ne vous y attendre pas. Cela est bon pour des Auteurs de profession qui doivent avoir des veùes suivies et bien compassées. Ils font bien de faire d'abord un projet, de le diviser en livres et en chapitres, de se former une idée générale de
15 chaque chapitre et de ne travailler que sur ces idées là. Mais pour moi qui ne pretens pas à la qualité d'Auteur, je ne m'assujettirai point, s'il vous plait, à cette sorte de servitude. Je vous ai dit mes manières : vous avez eu le tems d'examiner si elles vous accommoderoient : après
20 cela si vous vous en troublez accablé, ne m'en imputez point la faute, vous l'avez ainsi voulu. Commençons.
Que les présages des Comètes ne sont appuyés d'aucune bonne raison.
J'entens raisonner tous les jours plusieurs personnes sur la nature des Comètes, et quoi que je ne sois Astronome ni d'effect ni de profession, je ne laisse pas d'étudier
}. A. je n'ay pas laissé d'étudier avec soin.
pique en aucune façon d'élégance de style et n'essaye même pas de corriger ces négligences dans l'édition de 1699. Les corrections de cette édition ne cherchent que la clarté et la précision.
soigneusement tout ce que les plus habiles (i) ont publié 5 sur cette matière, mais il faut que je vous avoue, Monsieur, que rien ne m'en paroit convaincant, que ce qu'ils disent contre l'erreur du peuple, qui veut que les Comètes menacent le Monde d'une infinité de désolations (2). C'est ce qui fait que je ne puis pas comprendre com-
10 ment un aussi grand Docteur que vous qui, pour avoir seulement prédit au vray le retour de notre Comète, devrait être convaincu que ce sont des corps sujets aux loix ordinaires de la nature et non pas des prodiges, qui ne suivent aucune règle, s'est neantmoins laissé entraîner
1 5 au torrent et s'imagine avec le reste du monde, malgré les raisons du petit nombre choisi, que les Comètes sont comme des Hérauts d'armes qui viennent déclarer la guerre au genre humain de la part de Dieu. Si vous étiez Prédicateur, je vous le pardonnerais, parce que ces sortes
20 de pensées étant naturellement fort propres à être revê-