C. Il n'y a point d'apparence
(1) « Il est aussi ridicule de croire que les Comètes soient la cause, le signe ou le présage des funestes accidens qui arrivent sur la Terre que si l'on s'imaginoit que des Flambeaux qui éclairent un Théâtre, soient la cause, le signe ou le présage de la mort des Grands Hommes qui y
sont représentez.
semé
i pendant que l'air dans la nuit d'un jour de réjouissance est paré de brillantes Fusées ou d'Etoiles artificielles que l'on jetteroit de
miere des Comètes, la force d'altérer nos Elemens et de troubler la tranquillité publique. Pour ne pas dire que
*5 la lumière des Comètes n'étant que celle du Soleil extrêmement affaiblie, il est aussi absurde de luy attribuer des efîécts que le soleil luy-mème ne peut pas opérer, qu'il seroit absurde de se promettre qu'une chandelle allumée au milieu d'une place, echaufferoit tous les
2o habitons d'une grande ville, qu'un bon feu allumé dans la chambre d'un chacun ne peut pas garantir du froid (i).
Qu'il est aussi difficile aux exhalaisons de descendre que
de monter.
IV. Dira-t-on qu'il y a bien de la différence entre la terre et les Comètes et qu'encore que les exhalaisons de la
dessus la mer, nous entendions les Poissons dire en leur langage, Que de malheurs, que de désastres, mus présagent ces Feux et ces Fusées ! n'aurions-nous pas raison de leur dire, Pauvres Poissons, on ne pense pas à vous, vvwz en repos, nos fusées et nos Feux ne vous présagent aucun mal ? Appliquons-nous à nous-mesmes ce que nous leur dirions. » (Comiers, dans le Mercure Galant de janvier 1681, p. 13 5-)
(1) Raisonnement de pure logique abstraite qui procède d'ailleurs par identification hasardeuse. Bayle ne considère que les phénomènes lumineux, ne peut-il pas en exister d'autres qui échappent actuellement â nos investigations et qui se découvrent un jour aux recherches scientifiques ? C'est ainsi qu'à propos de la Comète de 1910, un savant astronome contemporain, M. Deslandres, directeur de l'Observatoire ^ de Meudon, a exposé le résultat de ses recherches personnelles et s'est appliqué à montrer que le bon sens populaire était d'accord avec la science, en attribuant aux comètes une influence directe sur l'atmosphère terrestre, notamment en ce qui concerne l'abondance des pluies.
M. Deslandres soutient que la queue des comètes est une source intense des rayons X : or, on démontre expérimentalement que les rayons X condensent les atmosphères sursaturées de vapeur d'eau. Les rayons X de la queue des comètes agissent ainsi sur notre atmosphère : en condensant la vapeur d'eau, ils provoquent les pluies.
terre ne puissent pas monter jusques à la région des Comètes, il ne s'ensuit pas que la vertu des Comètes ne 5 puisse s'étendre jusques à nous, parce qu'il est beaucoup plus facile de descendre que de monter et qu'il faut monter pour aller d'icy à la région des Comètes, au lieu qu'il faut descendre pour venir de là jusqu'icy ? Mais il n'est pas difficile de renverser cette objection ; car si elle a
10 quelque force, c'est uniquement parce qu'on suppose que la terre est au centre du monde et que tous les corps pesans ont une inclination naturelle à s'approcher de ce centre. Or, comme il n'y a rien de plus difficile que de prouver ces suppositions ; il n'y a rien aussi de plus aisé
1 5 que de détruire tous les raisonnemens que l'on fonde sur ces idées. Comment sait-on que la terre est au centre du monde ? N'est-il pas évident que pour connoitre le centre d'un corps, il en faut connoitre la superficie et qu'ainsi n'étant point possible à l'esprit humain de marquer où
20 sont les extremitez du monde, il nous est impossible de connoitre si la terre est au centre du monde ou si elle n'y est pas ?
De plus comment savons nous qu'il y a des corps qui ont une inclination naturelle à s'approcher du centre du
25 monde? Ne savons nous pas au contraire que tous les corps qui se meuvent à l'entour d'un certain centre, s'en éloignent le plus qu'ils peuvent ? Les expériences que l'on en a n'ont-elles point forcé la plus part des Sectateurs d'Aristote, de reconnoitre avec Monsieur Descartes, que
3° c'est une des loix générales de la nature ? Il n'y a donc rien de plus absurde que de supposer qu'il y a des corps qui tendent naturellement vers le centre de la terre et il est bien plus raisonnable de dire qu'ils tendent tous à s'en éloigner ; et que ceux qui ont la force de le faire, s'en eloi-
35 gnent effectivement : d'où il arrive que ceux qui ont
moins Je force sont chassez vers le centre, parce que tout étant plein, il est impossible qu'un corps s'éloigne d'un lieu, sans qu'un autre s'en approche.
Il est facile de montrer après cela qu'on se trompe bien
40 grossièrement quand on s'imagine que les exhalaisons des Comètes peuvent mieux descendre sur la terre, que les exhalaisons de la terre ne peuvent monter au ciel, car de quelque système que l'on se serve, il faut nécessairement convenir qu'il se fait dans le monde un mouvement très
45 considérable à l'entour d'un centre commun. Que ce soit à l'entour de la terre comme veulent les Philosophes de l'Université, ou à l'entour du soleil comme veulent les Sectateurs de Copernic, ou en partie à l'entour du soleil, et en partie à l'entour de la terre, comme veulent les Sec-
50 tateurs de Tycho-Brahé, peu m'importe pour le présent ; il est toujours vrai que les Comètes se font voir dans un lieu où il y a des corps qui tournent à l'entour d'un certain centre ; par conséquent tous ces corps tendent de toute leur force à s'éloigner de ce centre et ont plus de force
5 5 pour s'en éloigner, que tous les corps qui sont entre eux et la terre, d'où il s'ensuit que la matière qui est autour des Comètes n'a point de facilité à descendre sur la terre, et qu'il lui est aussi mal aisé d'y descendre, qu'il est malaisé à la matière terrestre de monter au ciel.
60 Si on consideroit la peine qu'on a à faire descendre dans l'eau un balon bien rempli d'air, on ne diroit pas universellement qu'il est plus malaisé de monter que de descendre ; cela n'est vrai qu'à l'égard des corps qui n'ont aucune force pour s'éloigner du centre du mouvement,
65 mais à l'égard de ceux qui ont eu la force de s'en éloigner prodigieusement, c'est à les faire descendre que l'on