‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 41 sur 167 · C. Si l'on · texte numérisé non relu

C. Si l'on

trouve de la peine ; puis donc que les Comètes sont dans un eloignement prodigieux du centre du mouvement, il est juste de conclurre qu'il faudroit une peine effroyable

70 pour faire descendre quelque chose de cet endroit là jusques sur la terre : ce qui est seul capable de réfuter toutes les illusions de l'Astrologie.

Permettez-moi, s'il vous plait, Monsieur, de dire que toute la matière qu'il y a d'icy jusques au delà de Saturne

75 et des Comètes, forme un grand tourbillon ; et souffrez que je le nomme le tourbillon du Soleil ; je ne vous demande pas cela pour faire le moindre préjudice à vôtre système de Ptolomée, c'est seulement pour exprimer en moins de paroles ce que je m'en vais vous dire.

Accordons que les Comètes peuvent pousser jusques sur la terre quantité d'exhalaisons, s'ensuivra-t'il que les hommes en seront notablement altérez (1) ? Point du tout,

1. En titre, dans C : Que les exhalaisons îles Comètes, quand même elles parviendraient jusqu'à lu terre, n'y produiraient rien.

(1) « Ce sont, disent-ils, des choses narurellcs, donc elles n'ont aucun effet dans la nature. Et moy je dis, ce sont des choses naturelles et par conséquent il y a lieu de croire qu'elles peuvent avoir quelque effet boa ou mauvais dans la nature. Si c'estoit des choses surnaturelles ou spirituelles, je ne les craindrois point : mais sçachant que les corps agissent sur les corps et que les choses naturelles ont une estroite liaison les unes avec les autres, de ce que je voy que les Comètes sont de cette sorte, je prens de là occasion d'examiner si elles ne pourroient pas estre capables de quelque chose, et avoir sur moy quelque pouvoir. ... C'est pourquoy, fondé sur toutes les aparences de vray-semblance qu'on peut avoir dans ces sortes de sujets, je m'imagine que les Comètes troublant la pureté de nostre air par un mélange de matière

5 car si ces exhalaisons parcouroient des espaces aussi immenses, elles se briseroient et se diviseroient en une infinité de particules insensibles, qui se repandroient dans toute l'étendue du tourbillon du soleil, à peu prés comme les particules du sel se distribuent dans toute la masse

10 d'eau qui les dissout. Or, si nous comparons la Comète avec tout le tourbillon du soleil nous trouverons qu'elle n'est pas à l'égard de ce tourbillon ce qu'est un grain de sel à l'égard d'une lieue cubique d'eau ; et par conséquent il v a lieu de croire que si toute la Comète réduite en poudre

15 étoit mise par infusion dans le grand tourbillon du soleil, elle n'y apporterait pas une altération plus considérable, que celle qu'un grain de sel jette dans une lieue cubique d'eau, produirait dans toutes les parties de cette eau. Tout le monde sait qu'afin qu'une liqueur produise des

20 effects considérables, il ne surfit pas qu'elle soit imprégnée de certains esprits ; qu'il faut qu'elle en soit chargée jusqu'à une certaine dose. Je dis pareillement qu'afin que nôtre air reçoive de grandes altérations, il ne suffit pas qu'il soit imprégné de quelques parcelles de la Comète a

25 raison de la quantité de matière qu'il contient dans l'etendûe du tourbillon ; mais qu'il faut qu'il en reçoive une dose plus copieuse. Cependant il est seur qu'il ne peut avoir que sa part, je ne dis pas de toute la Comète, (car elle ne se dissout pas dans les liqueurs du tourbillon)

5. C. des espaces aussi immenses que ceux là. 8. A. dans toute l'étendue du tourbillon. 19. C. Personne n'ignore qu'afin.

grossière que la nature avoit reléguée comme une lie à l'extrémité des tourbillons et à laquelle, nos corps ne sont pas proportionnez, peuvent causer de médians effets sur les corps terrestres, nuire à la santé, altérer les fruits, et faire mesme quelque impression sur les esprits en en faisant sur le sang. » (Mallement de Messange, Diss. sur les Corn., p. 16.)

Pensées sur la Comète. 4

30 mais des atomes qu'elle semé deçà et delà, ce qui revient à rien pour chaque partie de nôtre monde.

Je ne crains pas que l'on m'objecte qu'il n'y a que la terre qui ait part à cela, car ce seroit supposer que les Comètes lui envoyent à elle seule toutes leurs exhalaisons

35 et qu'elles empêchent que leurs traits ne fassent aucun écart dans un trajet d'une longueur prodigieuse, ce qui ne se peut dire sans extravagance. Je ne crains pas non plus qu'on me vienne dire que peut être les Comètes ne sont pas aussi éloignées de la terre que le supposent ceux

40 qui les mettent bien loin au delà de Saturne, car cette objection n'est d'aucune force pour moi, parce que soit qu'on les pose un peu en deçà, ou un peu au delà de Saturne, il faut convenir que leurs evaporations appartiennent également à toutes les parties du tourbillon du

45 soleil, aussi bien à celles qui sont entre Jupiter et Mars, qu'à celles qui environnent la terre ; aussi bien à celles qui sont au delà de Saturne, qu'à celles qui sont au deçà. En effect si une Comète posée entre Jupiter et Saturne, a la force de chasser jusques au centre la matière dont elle

50 est environnée, elle doit avoir aussi la force de la pousser à peu prés autant du côté de la circonférence, car il n'est pas plus difficile de faire monter les corps pesans, que de faire descendre les corps légers, comme il paroit par l'exemple d'un gros ballon qu'on a tant de peine à pousser

55 dans l'eau. Ainsi nous devons faire état que les ecoulemens qui sortent de la Comète, se répandent à la ronde par toute l'étendue du tourbillon du soleil, à peu prés

33. A. supposer que les Comètes la couchent en joue particulièrement, qu'elles lui décochent à elle seule toutes leurs exhalaisons.

39. A. que je le suppose avec l'Auteur de la Dissertation, qui les met.

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