A. l'étendue du grand tourbillon
comme les parties d'un morceau de sucre que l'on tiendroit suspendu dans un verre d'eau, se repandroient au
60 dessus et au dessous dans toute la capacité du verre, et cela d'autant plus aisément que toute la matière du tourbillon est dans un mouvement continuel. Puis donc que toute la Comète liquéfiée dans le fluide du tourbillon ne seroit pas comme un grain de sel liquéfié dans une lieue
65 cubique d'eau, qui est une proportion dans laquelle je na croi pas que ni l'antimoine ni aucun venin conservent leurs qualitez actives ; il est vrai de dire que les influences des Comètes, qui contiennent si peu de substance en comparaison des Comètes mêmes, ne seroient pas capables
70 d'un grand effect, quand même elles parviendroient jusques à nous.
V. Dira-t-on enfin qu'il n'est pas impossible que les Comètes envoyent sur la terre une matière ou une qualité
71. A. A la suite du § XIV de B : Or afin que l'on ne me dise pas que tout ce que je viens de repondre au Célèbre Cartésien, n'est qu'un des arguments à la personne, qui ne décident point le fond de l'affaire, je veux bien que l'on sache qu'il n'y a point de secte contre laquelle je ne me puisse servir de ma réponse ou en tout ou en partie, parce qu'il n'y a désormais personne qui puissent nier I. que les Planètes ne soient suspendues au milieu d'une matière fluide, ce qui montre que les corps massifs et compacts ne tendent pas vers la terre, et par conséquent que les exhalaisons des Comètes ne sont pas déterminées par leur pesanteur à descendre sur la terre. II. Que les Planètes ne tournent autour du Soleil, ce qui montre qu'il y a un tourbillon de matière dans nôtre monde dont le soleil occupe le centre. III. Que tous les corps qui tournent a l'entour d'un centre commun ne s'en éloignent le plus qu'ils peuvent, ce qui montre que les parties de la matière qui sont dans la région de Saturne, et dans celle des Comètes, ont plus de force pour s'éloigner du soleil et de la terre, que toutes celles qui sont au dessous de cette région.
1. En titre, dans C : Réfutation de ceux qui disent que cela n'est pas impossible, ou qui voudraient soutenir que les influences ne sont pas des corpuscules.
fort active ? C'est tout ce qu'on peut avancer de plus rai- S sonnable et cependant ce n'est rien dire, parce qu'il est non seulement possible, mais aussi très apparent que les Comètes n'envoyent sur la terre ni qualité, ni matière capables d'une grande action, et que dans les choses où il n'y a point plus de raison d'un côté que d'autre, le tort
io est toujours plutôt du côté de ceux qui affirment, que du côté de ceux qui suspendent leur jugement. Si bien que n'y ayant aucune raison positive qui nous porte à croire l'influence des Comètes et y en ayant au contraire plusieurs qui nous portent à la rejetter, ceux qui prennent le
15 premier parti ont tout le tort de leur côté.
Je vous prie, Monsieur, de bien prendre garde que je viens de distinguer les qualitez produites par les Comètes d'avec les corpuscules qu'elles envoyent, pour m'accommoder à la Philosophie de l'Université, et de peur que
20 vous ne veniez à croire que mes objections ne seroient d'aucune force si je supposois les principes ordinaires touchant la propagation des accidens. Pour prévenir cela je déclare icy qu'encore que dans toute la suitte de cet écrit je ne réfute les influences des Comètes, que sous
25 l'idée d'atomes et de corpuscules, je prétends neantmoins que mes raisons doivent avoir la même force contre des influences, qui consisteroient en pures qualitez distinctes de la matière. Et môme dans le cas présent j'aurois beaucoup plus d'avantage contre un Peripateticien, parce que
30 s'il veut raisonner consequemment, il est obligé de dire que dés que la Comète n'est plus, les qualitez malignes qu'elle avoit produittes au dehors, sont entièrement detruites par les formes substantielles de chaque sujet, qui