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A. ils ne repondent pas... mais aux points

patriote Bayer le Cœlum stellatum Cbristianum (1627) où il proposait de substituer aux dénominations empruntées à la mythologie païenne des noms tirés des Saintes Ecritures. C'est ainsi qu'il donne aux douze signes du Zodiaque les noms des douze Apôtres.

Les Tonquinois ont une certaine Idole à laquelle ils offrent plusieurs sacrifices quand ils veulent bâtir une maison. Si bien que dans les principes de ces gens là, les circonstances d'un bâtiment commencé ont de merveil-

105 leuses influences pour sa bonne fortune. Pourquoi donc leurs Astrologues ne pourroient ils pas deviner la bonne fortune d'une maison par le thème du Ciel, ou par l'ascendant sous lequel ont été posées les premières pierres ? Tous les peuples des Indes Orientales ont à peu prés le

no même entêtement pour l'Astrologie que les Chinois.

Du crédit de l'Astrologie parmi les Chrétiens.

Mais qu'avons nous à faire de nous écarter dans le Pays des Infidelles abrutis d'une infinité d'erreurs chymeriques, et de remonter au tems du vieux Paganisme, où il n'est pas étrange que l'Astrologie ait régné, puis que la supers- 5 tition y étoit si prodigieuse, qu'on croyoit que les entrailles d'un veau apprenoient mieux quand il falloit donner bataille, que la capacité d'un Annibal, comme ce grand Capitaine (a) le reprocha de bonne grâce au Roy Prusias. Il ne faut pas aller si loin pour trouver ce que nous cher- 10 chons : car n'a-t-on pas veu nôtre Occident parmi les lumières du Christianisme tout infatué d'Horoscopes pendant plusieurs siècles ? Albert le Grand, Evesque de Ratisbonne, le Cardinal d'Ailly, et quelques autres n'ont

(a) Cicerc, lib. 2 de Divinat.

j6 PENSÉES SUR LA COMÈTE

ils pas eu la témérité de faire l'Horoscope de Jésus Christ,

15 et de dire que les aspects des Planètes luv promettoient toutes les merveilles qui ont éclaté en sa personne : ce qui est visiblement faux, puis que les vertus et les miracles du fils de Dieu sont d'un ordre tout à fait surnaturel ? N'ont ils pas fait l'Horoscope non seulement des fausses

20 Religions, mais aussi de la Religion Chrétienne, et jugé de la destinée de chacune par les qualitez de sa Planète dominante ? Car ils ont distribué les Planètes aux Religions. Le Soleil est echeu à la Religion Chrétienne, et c'est pour cela que nous avons le Dimanche en singulière

25 recommandation ; que la Ville de Rome est Mlle solaire et Ville sainte ; et que les Cardinaux qui y résident, sont habillez de rouge, qui est la couleur du Soleil (1). Avoir dit cela impunément, n'est-ce pas avoir vécu dans un siècle prévenu d'une grande foy pour l'Astrologie ? Combien

30 pourrois-je nommer de Princes Chrétiens qui reigloient toutes leurs démarches sur l'avis de leurs Astrologues, un Mathias Corvin, Roy de Hongrie (a) qui ne faisoit rien que de leur consentement, un Louis Sforce, duc de Milan (b), qui ne commençeoit aucune affaire qu'au tems

35 qui lui étoit prescrit par son Astrologue, dont il suivoit les ordres avec tant de ponctualité, qu'il n'y avoit ni pluye, ni grêle, ni boue, ni orage qui l'empêchassent de

(a) Bonfinius, Decad. 4, Renan Hungar.. 1. S.

(b) Cardan, in Ptol. de Aslror. ;';«/., /. 1. iex. 14.

(1) Cette interprétation ne souffre pas la discussion, il est superflu de le dire. Dans la symbolique chrétienne, le rouge signifie « la charité qui est ardente comme le feu et qui porte à verser notre sang pour la gloire de Dieu. C'est aussi l'image de la dignité et de l'autorité. A la Pentecôte, le Saint-Esprit, sous l'apparence de langues de feu, communique aux Apôtres la plénitude de la puissance et leur inspire un amour ardent de Dieu ». (Abbé Regnaud, Somm. du Catéchiste, IV, p. 725.)

monter à cheval avec toute sa Cour, afin de se retirer au lieu que l'Astrologue lui marquoit : ce qui n'empêcha 40 pas qu'il ne tombast entre les mains de ses ennemis qui le détinrent jusques à sa mort dans une dure captivité ? Cette foiblesse d'un Prince Chrétien ne vaut pas mieux que celle du grand Cha-Abas, de laquelle j'ay fait mention, il n'y a pas longtems (a).

Du créait de l'Astrologie eu France.

Que dirai je de nôtre Pays (i)? N'a-t-il pas été un tems où la Cour de France même, qui par le caractère de la Nation naturellement fortifiée contre les Disciplines superstitieuses, est moins susceptible de ces erreurs que

(a) Cy-dessus, p. 7;.

42. La dernière phrase : « Cette faiblesse d'un Prince » n'est pas dans A, ainsi que la i™ phrase de XXI.

2. A. où la Cour de France même, moins susceptible de ces erreurs que toutes les autres, par le caractère de la nation naturellement fortifiée contre les Disciplines superstitieuses étoit toute pleine.

(1) « Toutes proscrites qu'elles sont par l'Ecriture, les Conciles, les Papes, les Saints Pères, les Théologiens, elles ne laissent pas (les superstitions) d'avoir par tout des partizans et des sectateurs. Elles trouvent accès chez les grands ; elles ont cours parmi les personnes médiocres ; elles sont en vogue parmi le simple peuple ; chaque roïaurae, chaque province, chaque diocèse, chaque ville, chaque paroisse a les siennes propies. Tel les observe qui n'y pense nulLement, tel en est coupable qui ne les croit pas. (Traité \ des superstitions | selon l'écriture sainte | les décrets des conciles \ et les sentimens des saints Pcres \ et des Théologiens | par M. Jean Baptiste Ti.'iers, Docteur | en Théologie et curé de Vibraie. Paris, Ant. De^ollierj 1679. Préface). Ci', encore, Thiers, I, Liv. III, ch. VU).

5 toutes les autres, étoit néanmoins toute pleine d'Astrologues, que l'on consultoit sur tout, et qui avoient prédit, à ce que l'on pretendoit, tout ce qui étoit arrivé ? Le P. Martin del Rio (a) si connu par sa grande littérature et par sa pieté, nous asseure qu'il a vu à la Cour de France

10 du tems de Catherine de Medicis, que les Dames n'osoient rien entreprendre sans avoir consulté les Astrologues, qu'elles appelloient leurs Barons.

Le mal s'accrut de telle sorte qu'il fallut non seulement employer les menaces de l'Eglise, mais aussi l'autorité du

15 bras séculier pour empêcher le débit des Almanachs, où les Astrologues se donnoient la liberté de prédire tout ce qu'ils trouvoient à propos (b). En effet le Concile Provincial de Bourdeaux de l'an 1583 deffend de lire et de garder cette sorte d'Almanachs et d'y ajouter foy. Celui

20 de Toulouse de l'an 1590 fait la même chose, ordonnant de plus l'observation exacte d'une Bulle du Pape Sixte V de l'an 158e qui enjoint aux ordinaires des lieux et aux Inquisiteurs de punir selon les Constitutions Ecclésiastiques tous ceux qui se mêlent de prédire les choses avenir.

25 Dans les Etats d'Orléans de l'an 1560 et dans ceux de Blois de l'an 1579 il fut ordonné que l'on procederoit extraordinairement et par punition corporelle contre les Autheurs de tels Almanachs, et deffenses furent faites de les imprimer ou débiter à peine de prison, et d'une

30 amende arbitraire.

Mais les Astrologues ne furent pas decreditez pour cela, car il est constant que la Cour du Roy Henry IV étoit toute pleine de prédictions. Ce n'étoient pas seulement les femmes qui, par cet esprit de crédulité et de curiosité

35 qui leur est propre, s'informoient de leur destinée : les

(a) Disquisit Magic, part. 2, quxst. 4, sert. 6.

(b) Voye\ Mr. Thiers, Traite des supers!., cb. 22.

hommes les plus braves le faisoient aussi, comme vous diriez le Maréchal de Biron que le Roy Henri IV appela h plus tranchant instrument de ses victoires, en l'envoyant Ambassadeur à Londres, et qui étoit dans le fond un des

40 plus courageux hommes de la terre, et fort savant outre cela. Henri IV lui même, tout Henri le Grand qu'il étoit, n'a pas toujours connu, comme il a fait dans la suitte, la vanité de cet art. Je trouve dans les Mémoires de Mr. de Sully, que la Reine étant accouchée d'un fils qui a

45 régné si glorieusement sous le nom de Louis le Juste, Henri le Grand commanda à son premier médecin, nommé la Rivière, grand faiseur d'Horoscopes, de travailler à celle du Dauphin nouveau né. Il s'en deffendit, mais il falut obéir : et comme il ne rendait point conte de son

50 travail, le Roy lui commanda absolument et sous la peine d'encourir son indignation, de lui dire ce qu'il avoit trouvé, et il le fit (1). Peu à peu nôtre Nation s'est guérie de

(1) « L'on ne saurait nier que le Cardinal de Richelieu et des personnes d'un rang encore plus relevé que le sien n'ayent fait beaucoup de cas des prédictions Astrologiques de Jean-Baptiste Morin. 11 paroit par un ouvrage in-folio imprimé à Padouë Tau 1684, que Monsieur Reinaldini. mathématicien du grand Duc, et Professeur en philosophie à Padouë s'est hautement déclaré l'Apologiste de l'Astrologie judiciaire, et qu'il a donné beaucoup de tems à faire des horoscopes. On sait que Monsieur le Noble n'est point bigot ou superstitieux, ou engagé dans les erreurs populaires ; qu'il a infiniment de l'esprit, beaucoup de lecture ; qu'il scait traiter une matière galamment, cavalièrement ; qu'il connaît l'ancienne et la nouvelle Philosophie. Cependant il a bien voulu faire savoir au public non pas qu'il adopte toutes les chimères des Astrologues, mais qu'il croit qu'ils peuvent prédire les evenemens contingens. 11 se vante d'avoir fait beaucoup d'horoscopes qui ont réussi et il s'attache avec soin à maintenir le crédit de l'Astrologie judiciaire. (Uranie eu les tableaux des Philosophes depuis le 20, chap. du 5, livre jusques à la fin du 6, livre.) Son Ouvrage fut imprimé à Paris l'an 1697. Personne n'ignore combien les sciences et nommément la Philosophie fleurissent en Angleterre, néanmoins l'Astrologie n'y manque pas de sectateurs et de protecteurs. Témoin le livre imprimé à Londres l'an 1690, sous le titre de Astro-mctereologia sana. » (Cont. des Pensées div. § XL.)

cette foiblesse (i), soit que nous aimions le change, soit que l'attachement qu'on a eu pour la Philosophie dans ce

5 5 siècle icy, nous ait fortifié la raison, que toutes les autres sciences qu'on cultivoit avec tant de gloire depuis François I n'avoient gueres délivrée du joug des préjugez. Aussi faut-il avouer qu'il n'y a qu'une bonne et solide Philosophie (2) qui, comme un autre Hercule, puisse exter-

60 miner les monstres des erreurs populaires : c'est elle seule qui met l'esprit hors de Page.

Que l'entêtement général pour l'Astrologie, deeredite l'autorité qui n'est fondée que sur le grand nombre.

Ne vous semble-t'il pas, Mr. que c'est icy une digression fort inutile ? Mais prenez y garde, vous verrez bien

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