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(1) 0 La duchesse de Bouillon ne fut décrétée (dans l'affaire des Poisons de 1680) que d'ajournement personnel, et n'était accusée que d'une curiosité ridicule, trop ordinaire alors, mais qui n'est pas du ressort de la justice. L'ancienne habitude de consulter des devins, de fairer tirer sou horoscope, de chercher des secrets pour se faire aimer, subsistait encore parmi le peuple et même chez les premiers du royaume.
Nous avons déjà remarqué qu'à la naissance de Louis XIV ou avait fait entrer l'Astrologue Morin dans la chambre même de la reinemère, pour tirer l'horoscope de l'héritier de la couronne. Nous avons vu même le duc d'Orléans, régent du royaume, curieux de cette charlatanerie qui séduisit toute l'antiquité et toute la philosophie du célèbre comte de Boulainvilliers ne put jamais le guérir de cette chimère. » (Il est l'auteur d'une Pratique abrégée des jugements astronomiques et d'une Pratique abrégée des jugements astrologiques sur les nativités.) (Voltaire, Siècle de Louis XII'. I£d. Rebelliau et Maria», p. 435.)
(2) Voilà une des premières fois que le mot Philosophie est nettement pris dans le sens que lui donnera le xvmc siècle.
PENSÉES SUR LA COMÈTE 8l
tôt qu'elle fait à mon sujet. Car mon principal but doit être de decrediter l'autorité des opinions qui n'est fondée 5 que sur le grand nombre. Or je ne le saurois mieux faire, qu'en faisant voir que l'Astrologie qui n'a jamais peu s'appuyer sur un principe à tout le moins probable, n'a pas laissé d'infatùer la plus grande partie du monde dans tous les siècles. Et comme en tournant la médaille il est
10 vrai de dire, qu'encore que le grand nombre soit pour l'Astrologie, la foy qu'on ajoute à ses prédictions est néanmoins fausse et ridicule : il est pareillement vrai de dire que les prédictions que l'on fonde sur les Comètes sont nulles de toute nullité, quelque grand que soit le
1 5 nombre de ceux qui les croyent, puis qu'elles n'ont autre appui que les principes de l'Astrologie. Ainsi quand vous devriez m'accuser de donner dans le lieu commun, je dirai pourtant que veu l'expérience de plusieurs erreurs générales, il n'y a point d'homme qui ne soit en droit de
20 demander qu'on l'écoute parlant lui seul pour son sentiment, sauf à ceux qui l'ecouteront de se bien deffendre, non pas par la prescription, ou par le préjugé de leur nombre, mais en examinant le fond de l'affaire. J'excepte comme vous pouvez penser, et comme vous penseriez
25 asseurement quand même je ne m'en expliquerois pas ; j'excepte, dis-je, les matières de foy. Dans les autres toute la faveur qu'on doit faire à la longue possession et au grand nombre, c'est de luy donner la préférence, toutes choses étant égales dans le reste : et s'il falloit s'arrêter au préjugé
30 je le trouverais plus légitime pour celui qui seroit seul de son sentiment, que pour la foule (a), parce que les veritez naturelles étant beaucoup moins propres à reveil-
(a) Argumentum pessimi turba est.