‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 75 sur 167 · C. et l'on · texte numérisé non relu

C. et l'on

40 Circulaires, de Mandemens Episcopaux ; on prechoit contre les Jansénistes, on employoit quelquefois contre eux le bras séculier, en un mot tout étoit dans une étrange confusion, lors que S. M. justement touchée de ces desordres, et voyant bien par ce grand discernement

45 et cette profonde sagesse qui lui sont propres, qu'à moins d'imposer silence aux parties, on ne verroit jamais la fin de ces divisions, interposa son autorité pour faire que l'on acquiesçât aux signatures qui avoient été faites sous certains temperamens dont la cour de Rome se contenta,

50 et pour empêcher qu'à l'avenir ses sujets ne dissent ni ne publiassent rien sur les matières contestées qui pust renouveller la querelle. Ce fut le 23 d'octobre 1668 que l'Arrêt de Pacification fut donné, et par ce coup d'une sage Politique l'on arrêta le progrés d'une Dispute qui

55 avoit agité la France plus de vingt ans et qui étoit capable de déchirer les entrailles de l'Eglise. Or comme ce grand démêlé avoit pris naissance long tems avant que les Comètes de l'an 1665 parussent, et qu'il a été heureusement assoupi trois ans après leur apparition, il seroit

60 plus à propos de soutenir que leurs influences ont été fort salutaires, puis qu'elles ont fait cesser les desordres qu'elles ont trouvés dans le monde, que de soutenir qu'elles ont été malignes.

Il n'est pas nécessaire, Monsieur, que je vous circons-

65 tancie les avantages que la France a retirés de cette pacification, car c'est une chose que vous devez sçavoir, et que vous savez effectivement mieux que moi. Quand on ne nous auroit procuré par là que la permission de lire les livres de Mrs. de Port-Royal, je soutiens qu'il nous

70 en seroit arrivé un grand avantage, non seulement parce que ce sont des livres très bien écrits, et un grand modèle d'éloquence et de raisonnement, mais aussi parce

qu'ils nous apprennent une infinité do belles choses qu'on n'avoit jamais bien éclaircies. Par exemple, aviez

75 vous jamais oui dire à vos précepteurs jusqu'où doit aller nôtre soumission pour ceux qui veillent pour nos âmes ? Aviez vous jamais oui parler exactement à d'autres qu'à ces Mrs. de la distinction du fait et du droit, et des choses qu'on est obligé de croire de foi divine, ou de foi

80 humaine ? Avouez qu'on vous avoit élevé dans une grande ignorance de ces choses, car on nous fait tant de peur dans nôtre Eglise de cet esprit qui veut connoitre et raisonner, qu'on ne nous recommande rien aussi expressément que de nous abandonner les yeux fermez à nos

85 Directeurs. Il est néanmoins certain comme ces Mrs. l'ont clairement établi, qu'il y a de la distinction à faire, et qu'il est très dangereux de donner dans ces maximes sanr discernement, si bien que nous leur avons tous des obligations immortelles de nous avoir ouvert les yeux

90 sur beaucoup de choses, que l'on nous rend suspectes mal à propos.

Quelle obligation ne leur a-t-on pas d'avoir enfin introduit en France l'usage de la parole de Dieu en langue vulgaire, et d'avoir délivré l'Eglise de la honte et de

95 l'ignominie qu'il lui faloit essuyer continuellement, par les reproches que les Protestans lui faisoient, qu'elle deroboit aux fidèles le thresor des Ecritures ? Avant que l'on eust terminé tous ces differens, la version de Mons étoit fort persécutée et faisoit peur à la plus grande partie

100 du Peuple, mais depuis la paix que le Roy a donnée à l'Eglise, on a secoué le joug et non seulement on lit sans scrupule tous les ouvrages de Port-Royal, que l'on n'osoit lire autrefois, tant on étoit épouvanté par les Confesseurs Molinistes, mais aussi on lit avec beaucoup

105 d'édification l'Ecriture Saincte que ces Mrs. ont mise en

François. Je ne dis rien de tant de beaux livres de Morale et de Controverse qu'ils ont publiés depuis l'Arrêt du 23 d'Octobre 1668 ni de tous les traittez qui ont si bien éclairci cette célèbre question de la lecture de la parole

110 de Dieu en langue vulgaire, où nos Controversistes s'étoient trouvez jusques ici extrêmement embarassez; car vous savez assez, Mr., de quel prix sont ces livres là pour être pleinement persuadé de ce que je veux vous prouver icy, savoir qu'il s'est passé des choses très avanta-

iiSgeusesau public, quelque temps après l'apparition de deux effroyables Comètes.

Considération des malheurs arrivés pendant les sept années que l'on a examiné.

Qu'on ne m'allègue point la peste de Londres de l'an 1665 ; l'embrasement de la même ville de l'année suivante ; le tremblement de terre qui abyma la Republique de Raguse en 1667; les embrasemens du Mont 5 Etna en 1669 et tels autres accidens, car ce sont des choses à la vérité funestes pour ceux qui en souffrent en particulier, mais qui ne sont ni d'une conséquence générale, ni fort extraordinaires, et il seroit facile de montrer qu'il est arrivé en d'autres tems des malheurs de cette

(a) Casus multis hic cognitus, ac jeun tritus et e medio fortanx ductus acervo. (Juven., Satyr. 13.)

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