‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 8 sur 167 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

de la Foy manquant aux Gentils, la seule crainte leur faisoit révérer les Habitans du Ciel, comme dit Lucrèce; mais les Philosophes chrestiens et tous ceux qui ont un peu de sens commun croyent que les Comètes ne présagent ni bien ni mal. »

Mallement de Messange démontrait que les comètes sont des phénomènes naturels et non des miracles de Dieu et il concluait : « que les Phénomènes que nous prenons mal à propos pour un effet de l'application particulière de ce grand Estre ne sont qu'une suite peu surprenante des règles de la nature. »

Enfin S. Lubieniecki établissait le raisonnement suivant :

Si Cornets mala denunciant, aut ut causae illa denunciant, aut ut effectus, aut ut coeffectus.

Sed nec ut causas, nec ut effectus, nec ut coeffectus Cornets denunciant mala.

Ergo nequaquam ea denunciant.

On peut conclure de tout ce qui précède, en premier lieu que la Comète de 1680 ne provoqua en France qu'une épouvante très atténuée ; ensuite que le phénomène des Comètes avait déjà été étudié par de nombreux auteurs qui presque tous avaient abondamment prouvé qu'elles étaient soumises aux lois naturelles.

Il est donc permis d'affirmer que Bayle ne se trouva en aucune manière obligé de répondre, comme il le prétend, « aux questions de plusieurs personnes curieuses ou alarmées » ; il saisit avec empressement le prétexte que lui offrait la Comète pour exposer des idées philosophiques auxquelles il songeait depuis longtemps, en les rattachant très ingénieusement à la question « d'actualité ». Les Pensées sur la Comète pourraient porter comme titre explicatif le nom de Traité contre la superstition ; or un fragment d'une lettre de Bayle à Minutoli, datée de 1679, prouve que dès cette époque il se préoccupait de ces questions :

« Messieurs Spanheim, vos illustres Compatriotes, se signalent, de mieux en mieux, par leurs savans ouvrages. On m'écrit que l'Aine fait imprimer à Amsterdam un Traité sur les Sibylles, pendant que M. Vossius, Chanoine de Windsor, en fait imprimer un autre sur le même sujet à Oxford. Je crois qu'ils donneront sur les doigts d'une étrange façon au Jésuite Crasset (a) qui a écrit

(a) Dissertât, sur les Oracles des Sibylles. [Paris, Michallet, 1678.]

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