‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 9 sur 167 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

depuis un an en ça contre M. Blondel en faveur des Oracles attribuez aux Sibylles. On m'a parlé de plusieurs doctes Dissertations de M. Spanheim le Professeur comme De l'incrédulité des Juifs, de la Conviction des Athées, du passage de Josephe en faveur de Jesus-Christ.

M. Thiers vient de composer un ouvrage sur la Superstition où il dit plusieurs choses qui n'ont pas plu au* Moines ni aux Bigots. »

(A M. Minutoli. Sedan, 26 mai 1679).

C'est du reste ce qu'il reconnaît à peu près lui-même dans une de ses lettres que je citerai plus loin (p. xvi).

Quoi qu'il en soit, Bayle résolut d'ajouter une nouvelle Dissertation aux nombreux traités qu'avait déjà inspirés la Comète. Pour donner le piquant de l'originalité à son argumentation, il s'avisa d'un raisonnement ingénieux : c'est que si Dieu formait miraculeusement les Comètes pour réchauffer la ferveur religieuse des peuples, il aurait par des miracles confirmé l'Idolâtrie. Cette idée lui parut neuve : « Il ne se souvenoit point de l'avoir lue dans aucun Livre ni d'en avoir jamais ouï parler. » Il résolut d'en faire le sujet d'une Lettre qu'il désirait faire insérer dans le Mercure Galant. Il se mit au travail en janvier 1681.

Son plaidoyer contre la croyance aux présages l'entraîna tout naturellement à développer quelques-unes des idées philosophiques qu'il méditait depuis longtemps. Il rattacha tant bien que mal ces pensées aux idées relatives à la Comète et s'excusa du désordre de sa composition en alléguant un penchant irrésistible qui l'entraînait aux digressions. « Je ne sais ce que c'est que de méditer régulièrement sur une chose : je prens le change fort aisément: je m'écarte très souvent de mon sujet : je saute dans des lieux dont on auroit bien de la peine à deviner les chemins». Ne nous y laissons pas tromper; il n'a que faire d'accuser ici son esprit primesautier : c'est quand il semble s'écarter de son sujet, qu'il le traite véritablement et les digressions sont bien l'essentiel de l'ouvrage. Ce sont elles qui en ont fait le succès, qui lui donnent sa portée et qui lui conservent encore aujourd'hui son intérêt. (Cf. Y Avis au Lecteur, p. 7.)

Grossi de ce grand nombre d'idées en apparence accessoires, l'ouvrage dépassa de beaucoup les proportions d'une Lettre. Bayle persista néanmoins dans son projet de le faire éditer et il l'envoya le 27 mai à de Visé pour obtenir la permission de la

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