LUI
Que les Eclipses ne peuvent pas être le signe d'aucun mal.
Voyons maintenant si à tout le moins les éclipses peuvent être un signe des maux qui affligent le monde. Je dis que non Mr. (1) et c'est icy que je vous attens, car je sai que c'est la dernière ressource de ceux qui tiennent
5 pour la malignité des éclipses et des Comètes. Je me contente pour les chasser de ce dernier retranchement dédire deux choses. La I. est que les éclipses sont un etfect d'un ordre si naturel, qu'il n'y a si petit Astrologue qui ne prédise l'heure, le jour et l'endroit du ciel où elles arri-
10 veront, plusieurs siècles avant qu'elles arrivent. La IL est qu'il en arrive en tout tems, et en tout Pays ; quelquefois plus de quatre dans une même année ; souvent à des
(1) Petit avait déjà démontre « que les Eclipses ne pronostiquent point les maux qui arrivent après. » p. 341, sqq.
heures où personne ne s'en apperçoit excepté des gens payez pour cela ; souvent aussi lors que les nues empêchent
1 5 tout le monde de les observer.
Je trouve bien forte la I. de ces deux raisons, car enfin Mr. si les éclipses sont une suitte nécessaire et naturelle du mouvement des Astres, elles arrivent independemment de l'homme et sans aucune relation à ses mérites ou à
20 ses démérites, et par conséquent elles arriveroient tout de même, soit que Dieu ne voulust point châtier les hommes, soit qu'il voulust les châtier, de sorte que ce ne peut point être un signe précurseur de la justice divine. De plus il faut renoncera la raison ou demeurer d'accord,
25 qu'un effet de la Nature ne peut être le signe de quelque chose si ce n'est lors qu'il produit cette chose là, ou qu'il en est produit lui même, ou qu'ils dépendent tous deux d'une même cause. Nous examinerons ailleurs les autres manières de signifier. Pour le présent je me contente de
30 dire que les éclipses ne signifient point les maux à venir, en aucune de ces manières, puis que j'ay montré qu'elles ne sont point la cause d'aucun mal. Ce seroit abuser de la patience d'un habile homme que de luy expliquer cecy plus au long. Mais comme je me souviens d'un passage
35 de Plutarque (a) qui porte que les Philosophes ont tort de penser qu'en expliquant la cause naturelle d'un effect, on lui ôte toute sa vertu significative, j'en toucherai ici quelque chose.
(a) Plutarch. in ej. vita.
En quel sens un effet naturel est un signe de quelque chose.
Je dis donc que pourveu que les Philosophes n'excluent pas les evenemens qui dépendent de cette même cause naturelle, ils ont raison. Par exemple si ayant trouvé la 5 véritable cause des mouvemens de certaines bêtes que l'on dit présager la pluie, ils trouvoient que cette même cause produit la pluie, ou qu'elle a une liaison nécessaire avec celle qui produit la pluie, ils auroient tort de nier, que les mouvemens de ces bêtes présagent la pluie ;
10 autrement ils fairoient fort bien de le nier, car c'est sur ce pied là que l'on a raison de rejetter les superstitions des anciens Payens, qui s'imaginoient que le vol d'un oiseau presageoit le gain ou la perte d'une bataille. Plutarque ajoute que l'industrie des hommes fait divers
15 ouvrages pour signifier quelque chose, comme il paroit par l'exemple des quadrans : d'où on peut inférer qu'encore que l'on sache comment une chose se fait, on ne doit pas nier qu'elle n'ait été faite pour être le signe d'une autre. La réponse est aisée. Les hommes peuvent
20 convenir d'un certain signe comme bon leur semble, et se servir pour cela des qualitez naturelles d'un corps, desquelles ils savent le Principe, mais ce n'est qu'à l'égard des choses qui dépendent d'eux. Par exemple, ils peuvent se servir de l'ombre d'un quadran, pour signifier qu'il
25 faut aller au sermon. Ce n'est pas la même chose pour les evenemens qui ne sont pas en leur puissance, comme