C. qu'on sache
sont la peste, la famine, les victoires, etc. Il n'y a que Dieu qui puisse nous en donner des présages, ou en nous taisant connoitre les causes d'où ces evenemens dépendent
30 nécessairement, ou en nous avertissant que telle chose nous est montrée pour nous avertir de tel malheur. Si donc les éclipses étoient des présages des maux à venir, il faudroit que Dieu nous les eust données pour signes, ou en nous faisant connoitre que ces maux dépendent des
55 éclipses comme de leur cause naturelle, ou en nous disant qu'il veut que nous soyons avertis de nos malheurs par le moyen des éclipses. Dieu n'a fait ni l'un ni l'autre, par conséquent les éclipses ne sont point des signes. 11 est clair aussi que Dieu ne nous a point avertis qu'il vouloit
40 que les éclipses nous servissent de présages, non seulement parce que cela n'a point été révélé, mais aussi parce que les éclipses n'ont rien qui nous porte raisonnablement à les prendre pour des signes, et c'est ma seconde raison.
Remarques pour connoitre si une chose est un signe envoyé
de Dieu.
En effet quelle apparence que Dieu ait choisi pour les signes de ses chàtimens, une chose qui arrive des quatre et cinq fois l'année, et qui le plus souvent ne vient à la connoissance de personne ? Il faut que ces signes pour 5 avoir de quoi faire impression sur des créatures raisonnables, soient rares, soient destinés non pas à présager les incommoditez ordinaires qui traversent la vie de l'homme tous les ans, mais à dénoncer les fléaux dont
Dieu visite les hommes dans sa plus grande colère. 11 taut
10 qu'ils ne paraissent pas dépendre purement et simplement du cours naturel des causes secondes, et qu'ils ne se produisent pas sous des nuages, ou de nuict pendant que les hommes sont couchez. Comment ne voit on pas qu'une chose qui arrive tous les ans ne peut pas moins être prise
15 pour un signe de bonheur que pour un signe de malheur? Si un Historien s'en vouloit donner la peine, ne trouveroit-il pas des éclipses à sa poste pour leur faire présager le mariage de son Prince, les feux de joye allumez dans tous ses Etats pour la naissance de ses enfans, les vic-
20 toires remportées sur les Ennemis, les renouvellemens d'Alliance, les Traittez de paix, la cessation de la peste, la guerison des personnes de la famille Royale, et tout ce qu'on appelle des prosperitez publiques. J'ai déjà raporté (a) qu'Origene fait mention d'un Philosophe qui
25 fit un livre pour montrer que la plus part des Comètes avoient présagé de grands bonheurs : il serait encore plus aisé de montrer la même chose touchant les éclipses et comme on dit qu'un Auteur (b) fort versé dans l'Astrologie ayant dressé l'Horoscope de tous les grands hommes
30 de l'antiquité a fait voir que par les règles de l'art ils dévoient être tout autres que l'Histoire ne les représente : il serait facile de montrer que les éclipses ont été suivies par des evenemens tout differens de ceux qui les dévoient suivre selon ces mêmes règles. Si vous voulei deviner
35 (disoit autrefois Martianus) dites justement le contraire de ce que disent les Astrologues.
(a) Cy-dessus, § 47.
(b) Sextns ab Heminga.
24. A. Origene fait mention (Lib. I, contra Cehum.) 33. C. ceux qui les doivent suivre.
Application aux Comètes de ce qui a été dit touchant les éclipses.
Si vous y prenez garde, Mr., je n'ay rien dit contre les éclipses qui ne porte coup contre les Comètes (i), et c'est la raison pour quoi j'en ay tant dit. Voulez vous vous réduire à soutenir que les Comètes ne causent point les malheurs 5 qui les suivent, mais seulement, qu'elles les présagent, j'y consens, je ne demande pas mieux, et je vous prépare une belle Tablature sur cela. En attendant permettez moi de remarquer, comme j'ay fait touchant les éclipses, que les Comètes sont accompagnées de quelques circonstances 10 qui les empêchent d'être des présages.
Elles sont fort fréquentes (2). On en conte sept depuis
Ci) Calvin, tout en s'élevant contre l'Astrologie, fait une distinction entre les éclipses et les Comètes : « Qu'on puisse par les éclipses, dit-il, deviner ce qui doit avenir aux Royaumes et aux Principautez, ou aux hommes particuliers : c'est à faire aux idiots de le penser...
Que s'il faut qu'il y ait miracle extraordinaire pour signifier, comment trouveront-ils telle propriété et vertu en l'ordre commun ? Il en est quasi autant des Comètes, combien que non pas du tout. Tant y a, que ce sont inflammations qui se procréent, non point à terme prefix, ains selon qu'il plait à Dieu. En cela desja on voit combien ies Comètes différent des estoiles : veu qu'elles se .procréent de causes survenantes. Et néanmoins je n'accorde pas que leurs prédictions soyent certaines, comme aussi l'expérience le monstre. Car si une Comète est apparue et que tantost après un Prince meure : on dira qu'elle l'est venue adjourner. S'il ne s'ensuit nulle mort notable, on le laisse passer sans mot dire. Cependant je ne nie pas, lorsque Dieu veut estendre sa main pour faire quelque jugement digne de mémoire au monde qu'il ne nous advertisse quelquesfois par les cornettes ! » Calvin, Discours contre l'Astrol. judiciaire, p. 1291, 1292, de ses opuscules, édit de Genève, 1611, cité par Bavle, Contin. des Pensées aiv., i XLII.)
(2) Comiers, dans le Mercure, résume ainsi son opinion :
« Ces Devins et faux Prophètes... ne remarquent pas que ces signes prophétisez doivent estre extraordinaires et que les Comètes ne sont
l'an 1298. jusqu'à l'an 13 14. Vint et six depuis l'an 1500. jusqu'à l'an 1543. Quinze ou seize depuis l'an 1556. jusqu'à l'an 1597. H en a paru tous les ans pendant plusieurs
15 années de suite. Ce n'est point une chose fort rare d'en voir deux dans une même année, soit en differens mois, soit à différentes heures d'un même jour. On en vit quatre tout à la fois l'an 1529. On en conte huit ou neuf pour la seule année 161 8. Nous croyons nous autres qui ne
20 sommes pas Astronomes qu'il n'en a point paru depuis l'an 1665. jusqu'à 1680. Cependant il en a paru aux Astronomes dans les années 1668. 1672. 1676. et 1677 (a). Il y a des Comètes qui se vont plonger dès le second jour dans les rayons du Soleil, et ne paroissent plus. Il est
25 probable même qu'il y en a qui font toute leur promenade sans se faire voir, à cause qu'elles se tiennent toujours auprès de cet astre. De ce nombre étoit celle dont parle Seneque que l'on vit par hazard pendant une éclipse de Soleil, et qu'on n'eust point veùe sans cela (b).
30 Avouez moi, Mr. que ces circonstances ne conviennent gueres à un signe que Dieu fait exprez pour nous avertir de nos malheurs. Faut il que les signes soient si frequens ? Ne perdent ils pas leur force dés qu'on s'y accoutume ? Et si les hommes n'ont pas laissé de croire que ce sont
35 des signes, quoi qu'ils en ayent veu vingt-six dans l'espace de quarante-trois ans, n'est-ce pas à cause qu'ils ne font aucun usage de leur raison ? Faut-il que Dieu nous
(a) Voyei le Traittè de Mr. Comiers, de la nouvelle science des Comètes.
(b) Multos Cometas non videmus, quod obscurantur radiis solis, quo déficiente, quemdam Cometen apparaisse quem soi vicinus obtexerat, Possidonms tradit. (Seneca, lib. J, natural. Quxst., cap. 20.)
pas de ce nombre, puisqu'elles n'arrêtent pas sur un lieu particulier et qu'elles paroissent très fréquemment et mesme plusieurs à la fois, dans un même temps. » (Comiers, Disc, sur les Com.,Merc. Gai., Janv. 1681, p. 106.)
envoyé des signes, qui ne sont reconnus pour signes, que parce que l'homme est ignorant ? Pourquoi tant de
40 Comètes en une même année ? N'est-ce pas assez qu'il paroisse un signe d'une certaine espèce en même tems ? Mais sur tout pourquoi ces Comètes, qui ne sont veùes que par deux ou trois Astronomes ? N'est-ce pas un signe perdu que celui-là, et qui frustre la Providence des fins
45 qu'on dit qu'elle se propose ? Comment se peut-on imaginer que Dieu envoyé aux hommes des signes invisibles(i), ou que voulant les faire connoitre à deux ou trois personnes, il choisisse justement des Astronomes qui n'y ont aucune foy, et qui assurément n'exhorteront personne à
40 la repentance ? Pourquoi souffrir que des signes qui ne peuvent servir aux usages ausquels on les destine, qu'entant qu'ils sont veus de tout le monde, se jettent à corps perdu dans un endroit du ciel où le Soleil les rend invisibles ?
55 Examinez bien tout cecy, Mr. et vous verrez que la Providence de Dieu infiniment sage ne fait pas des inutilitez comme celles-là.
Ne m'allez pas dire que ce n'est pas à nous à gloser sur ce que Dieu fait; car je vous avertis que c'est une chicane
60 toute pure, comme je vous le montrerai dans la suitte. Reconnoissez plutôt que pour se tirer des difficultez que