C. fait pis que les autres. Voyez l'essai ou le modèle
1. En titre, dans C : Si je me prevaus du témoignage des Poètes.
7. A. et qu'ils en devenoient plus criminels. L'endroit de Virgile où je vous renvoyé est si éloquent, qu'il étoit de l'intérêt de sa veine poétique, que ces prodiges fussent arrivez, et il a eu tant d'envie de se faire honneur de ces pompeuses descriptions et d'en faire sa cour à Auguste, qu'il les a fourrées dans un ouvrage d'Agriculture, aimant mieux en faire un Episode très mal placé que d'attendre fort long tems une occasion plus favorable : si bien que son témoignage n'est guère propre à établir la certitude du fait à moins qu'on n'aye égard à la circonstance du tems où il a écrit, qui est fort voisin de celui où il asseure que ces prodiges arrivèrent. Mais c'est de quoi je me mets fort peu en peine, non seulement parce que je pourrais vous citer le témoignage des plus célèbres Historiens, au lieu de celui de
en devenoient plus criminels. Outre cela je puis vous dire, qu'il me seroit aussi aisé de vous alléguer le temoi-
10 gnage des plus célèbres Historiens, que celui des Poètes. Et déplus il est d'une si grande notoriété publique que les Payens regardoient comme des présages de mauvais augure, et dont il faloit détourner l'effet par mille cérémonies de leur fausse Religion, cent choses qui arrivent
1 5 naturellement, et qui sont tout à fait indifférentes, qu'il n'est pas nécessaire de le justifier par leurs livres, ni de renvoyer personne à Julius Obsequens, bon et fidèle compilateur en cette matière.
Comment les hommes eussent peu d'eux-mêmes prendre certaines choses pour des prodiges.
Je remarquerai seulement, que les Démons n'avoient pas beaucoup de peine à persuader aux hommes, qu'il y avoit du mystère et du prodige par tout. Car il faut avouer à la honte de nôtre espèce, qu'elle a un penchant 5 naturel à cela (a). Et apparemment le terroir étoit si bon pour cette sorte de fruicts, qu'il en eust produit en abondance sans être cultivé. Je comprens fort bien que les hommes plongez dans l'ignorance, se fussent portez d'eux mômes à craindre pour l'avenir, en voyant des 10 éclipses de Soleil et de Lune, et que l'idée naturelle que
(a) Facile erat vincere non répugnantes.
Lucain et de Virgile, mais aussi parce qu'il est d'une si grande notoriété publique que les Anciens Payens ont regardé comme des présages de mauvais augure, etc.
nous avons d'un Dieu dispensant par sa Providence les biens et les maux, les eust fait penser que cette lumière céleste qui se cachoit ainsi à la terre, leur signifioit quelque indignation qui eclateroit dans la suite. Je comprens aussi 15 que les tonnerres et les foudres les eussent remplis de terreur, et pour le présent, et pour l'avenir, dans la pensée que le Maitre du monde declaroit par ce bruit horrible dont ils ignoroient les causes, qu'il n'étoit pas content du genre humain.
20 Primus in orbe Deos fecit titnor, ardua cœlo
Fulmina atin caderent, àiscussaque mxnia flammis Atque ictus flagrant Athos (a).
Je dis la même chose des tremblemens de terre, des inondations, des ouragans, des tempêtes, et des feux
25 sortans impétueusement d'une montagne. Et parce que des esprits saisis de frayeur pour des sujects qui le méritent, sont facilement ébranlez par d'autres qui ne le méritent pas tant, il me semble aussi que les hommes ayant été une fois saisis de peur pour ces grands spec-
30 tacles, eussent peu s'étonner dans la suite pour de moindres choses, et insensiblement passer dans une crainte générale de tout ce qui n'eust pas été commun ; ne sachant pas, faute d'être bons Philosophes, que les erïects peu ordinaires, comme la production des monstres, sont
35 aussi bien de purs effects de la Nature, que ceux qui se produisent journellement ; de sorte que la même loi naturelle qui fait qu'en certaines circonstances il nait un chien d'une chienne, fait qu'en d'autres circonstances il nait d'une chienne un animal monstrueux (1).
(a) Petronius.
(1) Sut les Monstres, cf. Malebranche, Méditations chrétiennes et metaphysiques, VII, xix, p. 139.
PENSÉES SUR LA COMÈTE l"Jl
Que ce qu'on appelle des prodiges, est souvent aussi naturel que les choses les plus communes.
Ceux qui savent cela se tirent aisément d'affaire et
voyent bien que soit qu'un animal produise un monstre, soit
qu'il produise son semblable, l'Auteur de la Nature va
toujours son grand chemin, et suit la loy générale qu'il
5 a etabiic(i). D'où ils concluent que la production d'un
(i) Jurieu reproche à Bayle » son dessein d'établir que Dieu ne fait jamais de prodiges et de choses extraordinaires pour être des présages de l'avenir, et que les tremblemens de terre, les météores extraordinaires, les signes qui se voyent au ciel et en la terre, les apparitions, les voix, les monstres, les debordemens, les inondations extraordinaires, se font par des voyes naturelles et nécessaires, et que Dieu n'a aucunement dessein de présager par ces sortes de choses ses jugemens à venir sur les hommes, ni même de manifester sa Divinité ». Bayle répond : « Je ne pretens point nier que Dieu ne fasse jamais en aucun pais du monde ce qu'on appelle prodiges, présages : je pretens seulement que les choses qui paraissent également et indifféremment parmi les nations infidelles et parmi les enfants de Dieu, ne sont point des productions miraculeuses destinées à menacer le genre-humain... On n'a qu'à lire la page où après avoir remarqué qu'on serait impie si l'on soûtenoit que Dieu a pour but d'avertir les Idolâtres par l'apparition des Comètes, qu'il les châtiera rudement en cas qu'ils ne rallument point leur dévotion pour leurs fausses Divinitez, j'ajoute tout aussi-tôt : Bien entendu que s'il y a quelque part des feux extraordinaires, visibles seulement ou à quelque ville ou à quelque païs qui connaisse le vrai Dieu, comme il en parut autrefois sur la ville de Jérusalem, on peut les prendre pour des signes envoyez par une Providence toute particulière. » Il montre ensuite que le principe sur lequel il se fonde est la perfection infinie de Dieu : « N'est-ce point poser un Dieu infini en ses perfections, que de rejetter une doctrine parce qu'on la trouve peu conforme aux attributs infinis de Dieu ? Or je rejette la doctrine des Comètes, parce que je la trouve peu conforme aux attributs infinis de Dieu ; il faut donc nécessairement que je pose pour la base, et pour le principe de mon raisonnement, l'existence d'un Dieu infini en ses perfections ».
Jurieu établit la croyance aux présages par quatre raisons : i° Par le sentiment commun des hommes. 2" Par le sentiment de toute l'Eglise.
monstre n'est pas une marque de sa colère, puis que cette production est tellement dans l'ordre de la loy qu'il a établie, que pour empêcher qu'elle n'arrivast, il eût fallu déroger à cette loi, c'est à dire faire des miracles. Ce
10 qui fait voir que la production de ce monstre est aussi naturelle que celle d'un chien, et qu'ainsi l'une ne nous menace pas plus que l'autre de quelque calamité. La même chose se peut dire des éclipses : car il n'est pas plus naturel à la Lune d'illuminer la terre dans les circons-
IS tances où elle l'illumine, et de se trouver dans ces circonstances lors qu'elle s'y trouve, qu'il luy est naturel d'être sans lumière lors qu'elle n'en a point, et d'être dans la situation, qui la prive de lumière, lors qu'elle est dans cette situation ; et je ne doute nullement qu'il n'y eust
20 eu des éclipses de Soleil et de Lune, quand même les hommes n'auroient jamais péché : d'où s'ensuit que ce ne sont pas là des menaces faites à l'homme. Cela est si vray, que quand Dieu a voulu que le Soleil rendist témoignage
3° Par le chapitre 24 de Saint Matthieu. 40 Par l'histoire ancienne et nouvelle. « On ne peut rien voir de plus mince que ces raisons, répond Bayle ; car le sentiment commun, celui de l'Eglise, le chapitre 24 de S. Matthieu, l'Histoire ancienne et nouvelle ne sont pas moins favorables aux présages des éclipses et à ceux des Comètes, qu'aux autres espèces de présages, et néanmoins je suis bien sûr que ma partie n'oseroit soutenir que les éclipses soient des présages des fléaux de Dieu, car il est désormais trop manifeste qu'elles arrivent naturellement. Pour ce qui est des Comètes, Mr Desmarets (1) Professeur en Théologie à Groningue, l'homme du monde le plus rigide contre tout ce qui avoit la moindre apparence d'hétérodoxie, n'a-t-il pas soutenu publiquement qu'elles ne présagent rien ? Monsieur Grasvius n'a-t-il pas soutenu la même chose, dans une harangue qu'il a dédiée aux Etats d'Utrecht ? N'a-t-il pas même réfuté nommément et expressément les objections que quelques Ministres empruntoient de l'Ecriture ? Ainsi les 4 raisons du délateur ont été publiquement méprisées par les plus célèbres Professeurs du Païs-Bas à l'égard du phénomène qui a été le plus universellement reconnu pour un présage. »
(1) Samuel Desmarets est allé jusques à dire que c'est le Diable qui a fomenté parmi les Payens l'opinion des présages des Comètes. Mr Grœvius le cite.
par ses ténèbres aux mystères adorables de la passion de 25 Jésus Christ, il a choisi un tems où ces ténèbres ne pouvoient être naturelles. Mais comme il faut de la Philosophie pour s'élever à ces sortes de connoissances, je comprens aisément que le Peuple se fust porté de luymême à l'erreur et à la superstition, en voyant des effects 30 de la Nature moins communs que les autres.
De la prodigieuse superstition des Payais sur le chapitre
des prodiges.
Pour revenir aux dispositions superstitieuses que le Diable a trouvées dans l'esprit humain, je dis que cet ennemi de Dieu et de nôtre salut a tellement poussé à la roue, et tellement profité de l'occasion, pour faire de ce
5 qu'il y a de meilleur au monde, sçavoir de la Religion, un amas d'extravagances, de bizarreries, de fadaises, et de crimes énormes, qui pis est, qu'il a précipité les hommes par ce penchant là, à la plus ridicule et à la plus abominable Idolâtrie qui se puisse concevoir.
10 Ce ne lui a pas été assez que les hommes regardant pour des signes malencontreux, les éclipses, les orages et les tonnerres, ayent établi plusieurs faux cultes de Religion, dans la veùe d'éviter le mal dont ils croyoient avoir des présages : il a voulu encore les rendre ingénieux à
15 inventer des cérémonies superstitieuses, et à multiplier le nombre des Dieux à l'infini, en leur faisant trouver pal tout matière de bien et de mal, en leur suggérant qu'un tel Dieu declaroit sa volonté par le vol des oiseaux, un
autre par les entrailles des bêtes, un autre par la rencontre
20 d'une corneille à droite ou à gauche, un autre par un eternuement, par un mot dit à l'aventure, par un songe, par le cri d'une souris et par une infinité d'autres moyens qu'il seroit ennuyeux de dire ; de sorte que ce n'étoit jamais fait. Le songe d'une femme tourmentée, peut-être,
2 s des maux de mère, faisoit faire cent consultations de Religion, et obligea une fois (a) le Sénat de Rome à ordonner la réparation d'un Temple de Junon. La nouvelle du moindre prodige mettoit quelquefois en défaut le grand Pontife et tous ses Prêtres, car il arrivoit
30 qu'après avoir bien égorgé des victimes, selon qu'ils l'avoient trouvé à propos, une disgrâce survenue à l'armée apprenoit que l'expiation n'avoit pas été faite et qu'il falloit recommencer. Annibal ayant gagné la bataille de Thrasymene, le Dictateur Fabius Maximus représenta
35 au Sénat, que ce malheur avoit été attiré sur la Republique bien plus par la négligence des cérémonies de la Religion, que par la témérité, ou par l'incapacité du General de l'armée. Sur quoi les livres des Sybilles ayant été consultez, on trouva que le vœu solemnel qui avoit
40 été fait au Dieu Mars, n'avoit pas été exécuté dans les formes, et qu'il faloit y revenir tout de nouveau, et même avec plus d'appareil, et faire plusieurs autres actes de Religion, dont le détail se peut voir dans le 22. livre de Tite-Live.
45 II y avoit outre cela tant de choses qui pouvoient empêcher l'expiation, qu'il est étonnant qu'on ait peu vaquer à autre chose qu'au culte des fausses Divinitez.
(a) Cicero, lib. I de Divinat.