XXXI
Tout s'apprend, même la vertu.
Faites que ce qui est vice chez les autres soit chez vous une vertu. Que la colère vous rende modéré, l*avarice généreux, et la débauche tempérant.
DE LA VEIITU. 421
La morale est la connaissance des règles auxquelles il nous importe de conformer non-seulement nos act.ons, mais encore nos affections. Celles-ci sont une portion si importante de notre manière d'être, que je m'étonne qu'aucun philosophe ne les ait comprises encore dans la définition de l'objet essentiel de la morale. Nos affections, en effet, sont à nos actions ce que les idées sont aux mots. Le point essentiel, en morale comme en logique, est que les premières soient bonnes.
Il faut du ciel à la morale, comme de l'air à un tableau.
J.-J. Rousseau, dans sa manière d'envisager la morale, aurait pu la définir : « L'art d'augmenter les pas- « sions avec utilité, » et il y aurait eu là deux erreurs capitales : premièrement, quant à l'utilité; car il ne peut y en avoir à augmenter les passions, c'est-à-dire à donner aux hommes plus de passions que la nature ne leur en a donné, ou des passions plus grandes qu'eux; secondement, quant aux attributions; car il peut être utile de dresser les passions à conserver, dans leurs opérations, leurs œuvres et leurs moindres mouvements, quelque droiture, quelque ordre, quelque bienséance, quelque beauté; mais attribuer un pareil soin à la morale, c'est tout confondre. La morale n'est faite que pour réprimer et contenir; elle est règle, règle immobile et immuable, et par cela même elle est barrière; elle est frein, et non aiguillon.
Nos haines et nos amours nos colères et noire dou-
ceur, notre force et notre faiblesse, notre paresse et notre activité, la morale a tout cela îi diriger.
11 y a des gens qui n'ont de la morale qu'en pièce ; c'est une étoffe dont ils ne se font jamais d'habit.
XXX VIII
La morale est le pain des âmes ; il faut la distribuer aux hommes tout apprêtée : la cribler, la moudre, la cuire, et la leur couper par morceaux.
Sans modèle, et sans un modèle idéal, nul ne peut bien faire.
Une conscience à soi, une morale à soi, une religion à soi ! Ces choses, par leur nature, ne peuvent point être privées.
Chacun ne peut voir qu'à sa lampe; mais il peutmardier ou agir à la lumière d' autrui.
Il faut sp pourvoir d'ancres et de lest, c'est-à-dire d'opinions fixes et constantes, garder son lest et rester sur ses ancres, sans dériver. Laissez d'ailleurs flotter les banderoles, et laissez les voiles s'enfler; le mât seul doit demeurer inébranlable.
Une maxime est l'expression exacte et noble d'une vérité importante et incontestable. Les bonnes maximes sont les germes de tout bien; fortement imprimées dans la mémoire, elles nourrissent la volonté.