‹ Pensées. Éd. complèteChapitre 6 sur 85 · DES LIVRES SALNTS ET DES PRETRES · texte numérisé non relu

DES LIVRES SALNTS ET DES PRETRES

et pour l'entendre, il faut rêver. 11 ne faut qu'un moment, je ne dis pas d'attention, mais d' écoutement , pour comprendre et recevoir en soi les beautés de la Bible, beautés qui s'étendent ou se resserrent , en quelque manière, selon la diverse disposition et la capacité diverse des esprits; en sorte qu'elles entrent dans les plus petits, et remplissent les plus grands tout entiers, et que l'intelligence du même homme, selon qu'elle est elle-même mieux ou moins bien disposée, en reçoit une plénitude dès qu'elle leur ouvre un accès.

La Bible apprend le bien et le mal; l'Evangile, au contraire, semble écrit pour les prédestinés; c'est le livre de l'innocence. La première est faite pour la terre, l'autre semble fait pour le ciel. Selon que ces livres sont, l'un ou l'autre, plus répandus dans une nation, ils y nourrissent des humeurs religieuses diverses.

Il y a dans l'Ecriture beaucoup de choses qui, sans être d'une clarté parfaite, sont cependant toutes vraies. Il était nécessaire de nous entretenir, par l'obscurité, dans la crainte et dans le mérite de la foi. Il faut insister sur ce qui est clair, et glisser sur ce qui est obscur; éclaircir ce qui est incertain par ce qui est manifeste ; ce qui est trouble par ce qui est serein; ce qui est nébuleux par ce qui est lucide ; ce qui embarrasse et contrarie la raison par ce qui la contente. Les jansénistes ont fait tout le contraire : ils insistent sur ce oui est incertain, obscur, affligeant, et glissent sur le reste; ils éclipsent les vérités lumineuses et consolantes par l'interposition des vérités opaques et terribles. Application : Mvlti vocati, voilà une vérité claire; Pauci electi, voilà une vérité obscure. « Nous sommes enfants de colère, »

voilà une vérité sombre, nébuleuse, effrayante. « Nous « sommes tous enfants de Dieu ; il est venu sauver les « pécheurs, et non les justes; il aime tous les hommes « et veut les sauver tous ; » voilà des vérités où il y a de la clarté, de la douceur, de la sérénité, de la lumière. Rappelons et confirmons la règle : 1» H y a beaucoup d'oppositions et même d'apparentes contradictions danrl'Ecriture et dans les doctrines de l'Église, dont cependant aucune n'est fausse; 2» Dieu les y a mises ou permises, pour tenir, par l'embarras et l'incertitude, dans la crainte et le mérite de la foi. Il faut tempérer ce qui eôraye la raison par ce qui la rassure, ce qui est austère par ce qui console. Les jansénistes troublent la sérénité, et n'illuminent pas le trouble. On ne doit cependant pas les condamner pour ce qu'ils disent, car cela e^ vrai, mais pour ce qu'ils taisent, car cela est vrai aussi, et même plus vrai, c'est-à-dire d'une vérité plus facile à saisir, et plus complète dans son cercle et dans tous ses points. La théologie, quand ils nous l'exposent, n'a que la moitié de son disque, et leur morale ne regarde . Dieu que d'un œil.

Les jansénistes ont porté dans la religion plus d'esprit de réflexion et plus d'approfondissement que les jésuites, ils se lient davantage de ses liens sacrés. Il y a dans leurs pensées une austérité qui circonscrit sans cesse la volonté dans le devoir; leur entendement, enfin, a des habitudes plus chrétiennes. Mais ils semblent aimer Dieu sans amour, et seulement par raison, par devoir^ par justice. Les jésuites, au contraire, semblent ï'aimer par pure inclination, par admiration, par reconnaissance, par tendresse, enfin par plaisir. Il y a de la joie dans leurs livres de piété, parce que la nature

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