‹ Pensées. Éd. complèteChapitre 9 sur 85 · DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE L'AMB · texte numérisé non relu

DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE L'AMB

Les passions humaines se font toujours entendre au cœur humain ; elles y retentissent comme dans leur écho.

Il faut purger les passions; toutes peuvent devenir innocentes, si elles sont bien dirigées et modérées. La haine même peut être une affection louable» quand elle n'est causée en nous que par le vif amour du bien. Tout ce qui rend les passions plus pures les rend plus fortes, plus durables et plus délicieuses.

Nous employons aux passions l'étoffe qui nous a été donnée pour le bonheur.

Les passions de l'esprit et les ambitions du corps offrent à l'attention deux horribles déplacements.

Les passions ne sont que nature; c'est le Don-repentir qui est corruption

DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE L'amE. 65

Le repentir est un effort de la nature qui chasse de notre âme les principes de sa corruption.

Le remords est le châtiment du crime ; le repentir en est l'expia^'ion. L'un appartient à une conscience tourmentée; r Autre à une âme changée en mieux.

Les hommes trouvent des motifs de défiance dans leur ignorance et dans leurs vices, et des motifs de confiance dans leurs lumières et leurs vertus. La défiance est le partage des aveugles.

Quand on a trop craint ce qui arrive, on finit par éprouver quelque soulagement lorsque cela est arrivé.

Toutes les passions cherchent ce qui les nourrit : la peur aime l'idée du danger.

Le sentiment rend insipide tout ce qui n'est pas lui; c'est là son inconvénient. C'est aussi le grand inconvénient du plaisir : il dégoûte de la raison.

Celui qui craint les plaisirs vaut mieux encore que celui qui les hait.

Il entre, dans toute espèce de débauche, beaucoup de froideur d'âme ; elle est un abus réfléchi et volontaire du plaisir.

La crainte est la grâce de la débauche.

Rien ne rapetisse l'homme comme les petits plaisirs^

Page 1