Pensées (Ed. de 1670)
Biaise Pascal est né en 4623, à Clermont-Ferrand. Son père, président à la cour des aides de cette ville, vint s'établir à Paris dès 4626; ayant remarqué chez son fils, encore enfant, une disposition singulière pour les mathématiques, il refusa d'encourager ce penchant. Cependant Pascal, vers sa quatorzième année, trouva seul, en cachette, les trente-etune premières propositions d'Euclide, dès lors son père n'essaya plus de s'opposer à sa vocation; à seize ans Pascal composa un Traité des sections coniques qui fit l'admiration des savants du temps.
En 4647, Pascal publie ses Expériences sur le vide; il les complète, en collaboration avec son beau-frère Périer, par des travaux de physique très importants qu'il explique dans le Traité de la pesanteur de la masse de l'air et le Traité de l'équilibre des liqueurs (4652).
L'année suivante, en traversant le pont de Neuilly, les chevaux de Pascal s'emballèrent et faillirent le précipiter dans la Seine, la commotion de cet accident fut si forte qu'elle changea complètement sa vie; il se réfugia près de ses amis de Port-Royal dont il devint le redoutable défenseur. En janvier 46S6 parut la première lettre de Louis de Monlalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur Jq morale de ces Pères. Les Jésuites répondirent à cette lettre, 8t une polémique terrible s'engagea. Pascal écrivit dix-huit
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lettres connues sous le nom de Pi'ovinciales qui furent condamnées et brûlées par le bouii'eau en 1657, ce qui ne les empêcha pas d'obtenir un succès considérable.
Malheureusement, Pascal, dont la santé était délicate, se condamnait à des privations et à une austérité incroyables, il ne put résister à un régime aussi l'ude et il mourut le 49 août
Dans ses dernières années il s'occupait de réunir les matériaux d'un grand ouvrage sur la religion, ces réflexions, jetées en courant, furent réunies par ses amis qui les publièrent en 1670, c'est ce qu'on appelle les Pensées de Pascal.
Nous devons compte au lecteur des raisons qui nous ont lait choisir, pour cette réimpression des Pensées de Pascal, l'édition donnée peir MM. de Port-Royal, en 1670.
Ces raisons sont de plusieurs sortes. Nous espérons qu'elles se dégageront d'un rapide examen auquel nous allons soumettre les éditions successives des Pensées, eu nous ciidant des travaux dont l'œuvre de Pascal a été l'objet, principalement de nos jours ^.
1. Nous citerons en première ligne, lés ouvrages suivants : Des Pensées de Pascal. Rapport a l'Académie française, sur la nécessité d'une nouvelle édition de cet ouvrage, par V. Cousin. Paris, 1843, in-8. — De Pascali, an vere scepticus fuerit, disputatio acade'inica, scripsit A. Thomas. Parisiis, Grapelet, 1844, in-8. — Pensées, fragments et lettres de B. Pascal, publiés pour la première fois conformément aux 'manuscrits originaux, en grande partie '/ledits, par P. Faugère. Paris, 1844, 2 vol. in-8.— Lettres, opuscules t mémoires de 3/™ Périer et de Jacqueline, etc., Paris, 1845, in-8. — Études sur Pascal, par l'abbé Flottes. Montpellier et Paris, 1846, iu-8. — fait inédit de la vie de Pascal. L'auteur des Provinciales et le chevalier de Méré, par M. F. Collet. Paris, 1848, in-8. — Biaise Pascal, par M. V. Cousin. Paris, Pagnerre, 1849, gr. in-d8. — Pascal, sa vie et son caractère, ses écrits et son génie, par M. Tabbé Maynard. Paris, 1850, 2 vol. in-8. — Études sur Biaise Pascal, par A. Vinet, 2* édition. Paris, 1856, in-8. — Port-Royal, par Sainte- Beuve, i" édition. Paris, 1860, 5 vol. in-8. — Pensées de Pascal, édition variorum, etc., par Ch. Louandre. Paris, 1866, gr. inAS. — Pensées de Pascal publiées dans leur texte authentique, avec une introduction, des -notes, etc., par E. Havet, 2* édition du Commentaire. Paris, 1866, 2 vol. in-8, etc., etc.
Lorsque Pascal mourut, en 1662, après cette agonie de plusieurs années si admirablement racontée par sa sœur M°" Périer, la première pensée de sa famille et de ses amis dut être de recueillir ses reliquiœ pour les sauver de la dispersion et de l'oubli. L'on savait que, depuis plusieurs années, il préparait une apologie du Christianisme; un jour même il avait été amané à développer, devant quelques personnes, le plan projeté de son ouvrage, et ceux à qui il avait donné d'assister à cet entretien étaient encore sous le charme de sa parole. La préface de la première édition des Pensées, préface due au neveu de Pascal, l'abbé Etienne Périer, entre, sur ce sujet, dans des détails que nous nous bornerons à résumer. Après être parti de l'étude de l'homme, de sa grandeur et de sa misère, du désir et du besoin qu'il a de se connaître, et après avoir démontré l'inanité de^ diverses philosophies, Pascal avait amené ses auditeurs en face du peuple juif et du livre qui donne la clef de la destinée humaine par ces deux mots : chute et rédemption. Les preuves par les prophéties et les miracles, avec, pour couronnement, la démonstration de la vérité de l'Évangile, telles avaient été les grandes divisions de son discours et èelles devaient être celles de son livre.
C'est à l'aide de souvenirs et de documents de ce genre que les amis de Pascal entreprirent de coordonner ?es nombreux matériaux manuscrits trouvés à son décès ; mais il
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dut s'écouler quelques cuinéeg entre 1662 et l'au^coraplissement de leur projet. Les principaux d'entre eux, Arnauld et Nicole, étaient alors ti*op occupés aux affaires courantes du jansénisme pour pouvoir vaquer à un travail de cette nature, et, d'ailleurs, la publication qu'ils méditaient eût été, à ce moment-là, menacée de trop d'entraves. Ce ne fut qu'en octobre 1668, au début de cette courte période d'apaisement venue à la suite de la trêve ménagée par Qément IX et appelée par les contemporains la Paix de VÉglise, que l'on songea sérieusement à réunir les notes de Pascal. MM. Arnauld, Nicole, de Tréville, Du Bois et Filleau de la Chaise, assistés dti duc de Roemnez, de l'oratorien Brienne et de la famille Périer représentée auprès d'eux par Etienne Périer, fils de madame Périer, l'auteur de la Vie de Pascal, se mirent à l'œuvre, non sans avoir hésité quelque temps sur le parti à prendre pour l'exécution du travail projeté. ïln effet, ainsi que le fait remarquer la préface déjà citée, il s'agissait de choisir entre plusieurs systèmes. Devait-on, par un respect leligieux pour le texte original, donner purement et simplement les fragments recueillis dans l'ordre ou, pour mieux dire, dans le désordre de leur transcription? Devait-on, au contraire, se servir des matériaux laissés par Pascal, en se donnant carrière pour retrancher et ajouter, de manière à suppléer en quelque sorte (ce sont les expressions de la préface) l'ouvrage qu'il voulait faire? Le premier de ces systèmes fut vite abandonné ; le second avait déjà reçu un commencement d'exécution lorsqu'on se résolut à adopter « une manière entre deux, v consistant à choisir les pensées les plus claires et le» plus achevées et à les réunir par ordre de matières, en écartant ies pensées « ou trop obsaires, ou trop imparfaites. > Quant au plan de Pascd, celui du moins qui est indiqué par la tradition, il fut jugé inexécutable, d'une manière complète, avec les matériaux
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dont on disposait, et des essais récents n'ont fait qu'affirmer à nouveau cette impossibilité.
Les documents recueillis par les écrivains dont nous avons déjà cité les travaux, entre autres une lettre de Brienne *, donnent une idée assez nette des rôles à assigner à chacun de ceux qui figurèrent, à un titre quelconcpie, dans ce travail d'édition. L'on y voit, d'une part, la famille Périer moins préoccupée, peut-être, du respect du texte original que de la crainte d'un travail trop complet qui eût détourné la gloire de Pascal au profit de tel ou tel de ses arrangeurs*; d'autre part, le duc de Roannez, partisan du projet dont il a été parlé plus haut, consistant à se servir des notes recueillies pour la composition d'un ouvrage nouveau, et dont le dévouement à la mémoire de son ami se traduit par un zèle insatiable d'éclaircissements et de commentaires; enfin, au-dessus, comme modérateurs, Amauld et Nicole, peu suspects d'engouement et peu soucieux de Vejfet littéraire, mais préoccupés avant tout du désir d'assoirer au livre le caractère d'édification voulu par l'auteur et de faire oublier les dissidences récentes effacées par la Paix de VÉglise.
Là était, en effet, un des écueils de l'entreprise. Amauld s'en explique ainsi dans la lettre suivante adressée à
1. Voir cette lettre dans Sainte-Beuve : Port-Royal, 2» édition, t. m, p. 305.
8. Cette crainte est telle que Brienne se croit obligé (lettre citée) de rassurer M"" Périer : c.mais il est certain, dit-il, que s'il (Pascal) vivait encore, il souscrirait sans difficulté à tous ces petits embellissements et éclaircissements qu'on a donnés k ses pensées, et qu'il les aurait mises lui-même en cet état s'il avait vécu davantage et s'il avait eu le loisir de les repasser... C'est, Madame, ce qui a fait que je me suis rendu au sentiment de M. de Roai^aez, de M. Arnauld, de M. Nicole, de M. Du Bois et de IJ. de la Chaise qui tous convienneat d'une voix que les pensées de M. Ptscul sont mieux qu'elles étaient... •
M. Périer : c ...J'espère que tout s'ajustera et que, hors quelques endroits qu'il sera absolument bon de changer, on les (Nicole et autres) fera convenir de laisser les autres comme ils sont. Mais souffrez, Monsieur, que je vous dise qu'il ne faut pas être si difiîcile ni si religieux à laisser un ouvrage comme il est sorti des mains de l'auteur, quand on le veut exposer à la censure publique ; on ne saurait être trop exact, etc., etc.* >.
Nonobstant les difficultés résultant de la confusion des notes, en partie indéchiffrables, et malgré les tiraillements obligés de toute besogne en commun, ce travail fut assez vivement mené pour que le volume put être imprimé avant la fin de 1669, et, comme il falleiit un certain nombre à' approbations, soumis à divers prélats et docteurs. Lorsqu'il sortit de leurs mains, l'année 1670 était commencée ; c'est donc à cette dernière date et avec la mention e Achevé d'imprimer le 2 janvier > que parut la première édition des Pensées*.
L'on a cru longtemps qu'il y avait eu, cette année-là, trois
1. V. Port-Royal, par Sainte-Beuve, t. III, p. 310. Le mot exact doit s'entendre par rapport à l'orthodoxie.
2. 11 existe à la bibliothèque de la rue de Richelieu (V. un article de M. de Sacy publié dans le Bulletin du bibliophile d'avril-ma: 1852) un exemplaire des Peyisées, à la date de 16G9, qui ne contient ni eivata. ni corrections dans le texte, ni l'avertissement en lettres italiques avant le premier chapitre, ni les approbations. Les exemplaires de 1G70 ne sont probablement autre chose que ceux de 1069, complétés et munis d'un nouveau titre et des cartons exigés par les approbateurs. En elTet, M. de Sacy parle 'même article) d'un exemplaire de 1670, non cartonné, qui contient au commencement du Chap. XX (On ne connaît Dieu utilement que par Jésus-ChiHst) une rédaction i J'admire avec quelle hardiesse quelques personnes, etc. » qui, d'après M. Havet (t. II, pp. 65-66 de son édition (dernière) des Pensées), se retrouve dans le seul exemplaire connu de 1669. Ce n'est pas, du reste, le seul carton qui ait été fait : il suffit pour s'en assurer d'examiner la marge intérieure des exemplaires de 1670 ; il est visible que plusieurs feuillets ont été remplacés après coup.
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éditions pnnc«p« que M. Paugère* jugeait avoir été simultanées, tandis que M. de Sacy- établissait un ordre de date résultant de leur contenu. Dans son opinion, la première édition était reconnaissable à un errata de dix lignes portant sur des points de style, presque de doctrine ; par exemple : «... contre sa raison », correction : « ... au-dessus de sa raison ï ; la t foy », ajoutez: « parfaite », etc. Dans l'autre édition ces corrections avaient passé dans le texte et Yerrata était purement typographique. Enfin, «ne dernière édition à la même date ne contenait à'errata d'aucun genre et était supposée n'en point avoir besoin. Le Manuel de Brunet avait consacré cette hypothèse bibliographique qui a été battue en brèche par la publication d'une note du catalogue de la vente Potier (1870). Il ressort de cette note qu'il n'y a eu qu'une édition originale des Pensées, en 1670. C'est celle au nom du libraire Desprez, contenant 365 pages, 41 feuillets préliminaires et 10 feuillets de table, et citée en premier lieu par M. de Sacy. Outre cette édition, le catalogue Potier indique à la date de 1670 : 1° une contrefaçon (365 pp., 36 ff. préliminaires et 11 ff. de table), reconnaissable à un fleuron mis à la place du chiffre de Desprez ; 2» une autre contrefaçon avec le chiffre de Desprez, mais mal imité et d'une mauvaise impression ; 3" une édition (prise par Brunet pour originale) de 40 feuillets préliminaires, 10 feuillets de table et 334 (lisez 358) pages de texte. Cette édition étant absolument semblable à celle qui porte sur le titre : 2* édition, la note que nous citons en conclut que c'est la deuxième édition avec les anciens titres.
Quoi qu'il en soit, le fait de ces éditions successives, origi'