Jér, XXXI
On ne connaît Dieu utilement que par Jésus-Christ.
La plupart * de ceux qui entreprennent de prouver la Divinité aux Impies, commencent d'ordinaire par les ouvrages de la nature, et ils y réussissent rarement; je n'attaque pas la solidité de ces preuves consacrées par l'Écriture sainte : elles sont conformes à la raison, mais souvent elles ne sont pas assez conformes et assez proportionnées à la disposition de l'esprit de ceux pour qui elles sont destinées.
- Car il faut remarquer qu'on n'adresse pas ce discours à ceux qui ont la foi vive dans le cœur, et qui voient incontinent que tout ce qpii est n'est autre ciiose que l'ouvrage du Dieu qu'ils adorent. C'est à eux que toute la nature ^ parle pour son auteur, et que les Cieux annoncent la gloire de Dieu. Mais pour ceux en qui cette lumière est éteinte, et
i. Voici le teite primitif de la première partie de cet alinéa, tel qne le domae F.: t J'admire avec quelle hardiesse ces personnes entreprennent de parler de Dieu, en adressant leurs discours aux Impies. Leur premier chapitre est de prouver la divinité par les ouvrages de la nature. » D'après M. de Sacy Bulletin du Bibliophile, numéro d'avril-mai 1852/, il existe des exemplaires de l'édition de 1 TO non cartonnés (au moins uni, où le texte original a été conservé avec cette seule différence : « Jadmire avec quelle hardiesse quelques personnes, etc. > Ce texte est également celui de l'exemplaire unique de 1669 (V. édition H., t. II, op. 65-66). La seconde partie de ce passage parait être entièrement de P. R.
2. Ici encore remaniement. Voici le commencement de cet al. dans Y . : t Je ne m'étonnerais pas de leur entreprise s'ils adressaient leurs discours au^ fidèles, car il est certain que ceux qui ont la foi vive dans le cœur voient, etc. » (Le reste comme dans P. R.).
3. « Cest à euœ que toute la nature, etc. » Cette phrase est de P. R.
dans lesquels on a dessein de la faire revivre, ces personnes destituées de foi et de charité * qui ne trouvent que ténèbres et obscurité dans toute la nature, il semble que cène soit pas le moyen de les ramener 2, que de ne leur donner pour preuves de ce grand et important sujet que le cours de la Lune et des planètes, ou des raisonnements communs, et contre lesquels ils se sont continuellement raidis. L'endurcissement de leur esprit les a rendus sourds à cette voix de la nature, qui a retenti continuellement à leurs oreilles; et l'expérience fait voir que, bien loin qu'on les emporte par ce moyen, rien n'est plus capable au contraire de les rebuter, et de leur ôter l'espérance de trouver la vérité, que de prétendre les en convaincre seulement par ces sortes de raisonnements, et de leur dire qu'ils doivent voir la vérité à découvert.
Ce n'est pas de cette sorte que l'Ecriture, qui connaît mieux que nous les choses qui sont de Dieu, en parle. Elle nous dit bien que la beauté des créatures fait connaître
1. « ... ces personnes destituées de foi et de charité. » Dans F., au lieu de charité il y a grâce. A la suite : « ... qui ne trouvent que ténèbres et obscurité, etc. » ; F.: « qui rechercfuint de toute leur lumière tout ce qu'ils voient dans la nature qui les peut "mener à cette connaissance, ne trouvent qu'obscurité et ténèbres, etc. »
2. «r 11 semble que ce ne soit pas le moyen, etc. » (jusqu'à la fin de l'ai.) ; F. : Dire à ceux-là qu'ils n'ont qu'à voir la moiyidre des choses qui les environnent et qu'ils y verront Dieu à découvert, et leur donner pour toutes preuves de ce grand et important sujet le cours de la lune ou des planètes et prétendre avoir achevé sa preuve avec un tel discours, c'est leur donner sujet de croire que les preuves de notre religion sont bien faibles, et je vois par raison et par expérience que rien n'est plus propre à leur en faire naître le mépris. » Le P. André (éd. de 1783) a remarqué que Pascal n'avait point mis dans cette phrase le cours du soleil, ce qui est une preuve qu'il admettait le système de Copernic. Le même éditeur suppose qu'en tenant un langage tout différent un peu plus loin (ch. ixii), Pascal a eu en vue de se mettre, comme les historiens sacrés, à la portée du commun des hommes de son temps.
celui qui en est l'auteur *, mais elle ne nous dit pas qu'elles fassent cet effet dans tout le monde. Elle nous avertit au contraire, que quand elles le font, ce n'est pas par ellesmêmes, mais par la lumière que Dieu répand en même temps dans l'esprit de ceux à qui il se découvre par ce moyen. Quod notum est Dei, manifestum est in illis, Deics enim illis manifestavit ^. Elle nous dit généralement que Dieu est un Dieu caché, Fere tu es Deus absconditus; et que, depuis la corruption de la nature, il a laissé les hommes dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par Jésus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu nous est ôtée. Nemo novit patrem nisi filius, aut cui voluerit fi,lius revelare^.
C'est encore ce que l'Écriture nous marque, lorsqu'elle nous dit en tant d'endroits que ceux qui cherchent Dieu le trouvent; car on ne parle point ainsi d'une lumière claire et évidente * : on ne la cherche point ; elle se découvre, et se fait voir d'elle-même.
5 Les preuves de Dieu métaphysiques^ sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent peu ; et quand cela servirait à quelques-uns, ce ne
1. « Elle nous dit bien que la beauté des créatures, etc. » Cette argumentation sur le créateur révélé par la beauté des créatures est de P. R. On ne rentre dans le texte primitif qu'à cet endroit : « Elle nous dit généralement que Dieu, etc. » D'après F. : « Elle dit au contraire que Dieu, etc. a