‹ PenséesChapitre 5 sur 73 · Pascal, sa vie, etc., t. 111, p. 124 et suiv · texte numérisé non relu

Pascal, sa vie, etc., t. 111, p. 124 et suiv

son talent, non seulement donné l'idée de la nouvelle édition, mais même tracé en quelque sorte la voie qu'elle a suivie. Au lieu de dire à Cousin comme Dante à Virgile :

Tu duca, tu signore e tu maestro,

M. Faugère a passé trop rapidement dans son introduction sur le travail du grand écrivain qu'il s'est contenté de désigner ainsi : c un brillant critique ». En admettant que tel doive être le langage de la postérité, c'était, on en conviendra, anticiper un peu trop sur ses droits. Cette désignation, plus une note indignée dans laquelle M. Faugère, sans tenir compte des entraînements de la plume, reproche vivement à Cousin d'avoir calomnié Pascal en le représentant comme ayant été en proie à un scepticisme désolé, à une dévotion ridicule et convulsive, voilà tous les hommages rendus à l'initiative du Rapport et les causes évidentes de l'humeur de Cousin. Est-ce à dire que les reproches de te dernier soient absolument sans fondement? 11 faut distinguer. Mettons d'abord de côté les appréciations personnelles de l'éditeur, qui pourraient être contestées, telles que celle qui fait du père de Pascal un sceptique, malgré les affirmations contraires de M"' Périer^ : l'édition Faugère a pour elle d'être, comme nous l'avons dit, une reproduction littérale, sauf l'orthographe, des matériaux laissés par Pascal, une photographie de ses petits papiers (le mot est de M. de Sacy)^ à l'usage des lecteurs ignorants en paléographie ou empê-

1. V. l'abbé Flottes, Études sur Pascal, 1846, et les Mémoires de Du Fossé, Utrecht, 1739.

2. Journal des Débats de 1866, à propos de la nouvelle édition Havet en 2 volâmes.

chés de recourir au manuscrit. Hors de là, cette édition laisse, il faut bien le dire, à désirer. Pas plus que ses devanciers, M. Faugère n'a réussi à restituer le plan de Pascal. Celui qu'il a adopté est-il plus heureux ? Que de fragments rangés sous un titre qui figureraient aussi bien, sinon mieux, dans un autre chapitre I Ce désordre s'accentue d'autant plus que, dans son zèle d'éditeur, M. Faugère a tout ramassé. Pensées inachevées, interrompues, condamnées à disparaître, comme l'attestent des barres tracées par la main de Pascal, et pis que cela, des objections qui attendaient la réponse*, tout a été entassé, sans que le lecteur soit mis en garde, dans l'édition de 1844. Jamais l'épigraphe choisie par Port-Royal : Pendent opéra intemipta, n'avait été mieux en situation, c Quelquefois, dit M. l'abbé Maynard*, l'attention se divise tellement, au milieu de tous ces débris sans ordre, que ce devient un supplice et que, de fatigue, on se surprend à sauter plusieurs pages. » Quand au fait d'avoir pris pour inédit tel ou tel fragment déjà imprimé dans le Recueil d'Utrecht^, la mauvaise humeur de Cousin pouvait seule y attacher quelque importance.

Quoi qu'il en soit, le texte de M. Faugère a été adopté par M. E. Havet dans l'édition avec commentaire qu'il a donnée en 1852 (réimprimée, avec quelques changements, en 2 vol., en 1866). Averti par les tentatives infructueuses des précédents éditeurs, M. Havet a renoncé à restituer le plan de Pascal. Suivant lui, « l'ordre véritable des fragments est

i. * Improvisations d'un esprit très soudain mais profondément préoccupé, qui se propose à tout moment des objections, sans avoir le temps d"y répondre, !ct sans savoir s'il y répondra. » Çh. Nodier (Bulletin du Biblioz)hile de iai3) cité par l'abbé Flottes, Études, etc., 1846.

Page 1