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impossible à retrouver, par une raison soureraine qui est que cet ordre n'a jamais existé, même dans l'esprit de l'auteur*. » Comme il fallait une distribution quelconque, le nouvel éditeur a adopté celle de Bossut, par égard pour les habitudes du public, tout en faisant disparaître la grande division en Pensées philosophiques et Pensées religieuses, division qui jurait avec ce que nous savons du plan de Pascal, et en séparant des Pensées, comme M. Faugère, du reste, ce qui appartient aux Opuscules ou aux Lettres. Grâce à l'adoption de l'ordre de Bossut aussi bien qu'au rejet des pensées trop manifestement inachevées, l'édition de M. Havet présente, au point de me de la clarté, une supériorité incontestable sur l'édition Faugère. Le commentaire, souvent ingénieux et toujours savant, qui est joint au texte, achève de porter la lumière dans les demi-jours de Pascal ; mais ce commentaire n'est, à bien prendre, qu'une respectueuse et sympathique réfutation. L'admiration pour l'écrivain voile mal ou ne voile pas du tout une absolue différence de point de vue, différence telle qu'on se demande s'il n'aurait pas mieux valu, malgré tout le talent déployé par M. Havet, que ce travail n'eût pas été entrepris. On souffre à s'imaginer Pascal ayant conscience des interprétations modernes de sa pensée. « J'ai souvent pensé, dit Sainte- Beuve-, combien Pascal aurait souri de pitié et d'iixinie s'il avait pu voir comment le livre tout d'édification et de guérison intérieure qu'il méditait était venu, deux siècles après, en se dispersant en feuilles légères, à partager seulement les curiosités oisives pour un intérêt littéraire et philoso-
i. Ed. Havet, 1866, t. 1, p. xcix.
2. Portraits contemporains, t. Ili, sur l'êditioa des Pensées de
M. Faugère, 1844.
phique si loin du but réel. » Et que fut devenu sur les lèvres de Pascal ce sourire de pitié et d'ironie en présence non plus de discussions littéraires ou philosophiques ayant son livre pour objet, mais de la négation la plus absolue de sa croyance ? Que dire également de cette thèse, devenue banale, qui consiste à le présenter comme sceptique, lui dont toute la vie est un acte de foi plus ou moins bien dirigée ? Et, chose curieuse, c'est dans un livre où il se proposait de démontrer la vérité du christianisme que l'on puise cette accusation de scepticisme. Singulier sceptique que celui qui entreprend un tel ouvrage * I Nous préférerions, à tout prendre, l'hypothèse de Condorcet et du docteur Lélut*, hypothèse qui a au moins le mérite de la logique : Pascal fou ! Il y a longtemps, du reste, que saint Paul avait dit : Nos stulti !
L'ordre adopté par M. Havet a été suivi dans l'édition pubhée en 1838 par M. Lahure, et, avec quelques modifications, dans celle de M. Louandre {Paris, Charpentier 1866), qu'il eut été injuste de passer sous silence. Nous devons également une mention toute spéciale à l'édition publiée (1873) à Tours, par le libraire Mame. Cette édition, qui est due aux soins de M. l'abbé Y. Rocher, a été faite avec le texte publié par M. Faugère, et se distingue particulièrement par une tentative de classification des Pensées suivant le plan indiqué dans la préface de l'abbé Périer, et par des notes théologiques qui prêtent à cette publication une Taleur doctrinale, qui manquait aux précédentes éditions. Les indi-
1. Contre cette accusation de scepticisme il faut lire d'éloquentes considérations de M. Vinet, p. 257 et suiv. de ses Études, etc., édit. de 1856.
2. De l'amulette de Pascal, étude sur les rapports de la santé de ce c^'cind homme à son génie. Paris, 1846, in-8.
cations données par l'abbé Périer, sont tellement sommaires, que l'on ne s'étonnera pas si le nouvel éditeur a dû forcément user de beaucoup d'arbitraire dans le classement des matières. Quant aux notes, en se plaçant au point de vue de l'exactitude (pour nous servir du terme d'Arnauld cité plus haut), elles étaient nécessaires du moment que l'on rompait avec les sages tempéraments apportés à la version originale par les éditeurs de 1670.
Un écrivain que ^ous avons déjà eu occasion de citer dans le cours de cette notice, et dont le savoir et le goût font autorité dans les questions qui touchent à la littérature du xvn' siècle, M. de Sacy, a, si nous avons bonne mémoire, déclaré s'en tenir, en fait d'éditions des Pensées, à celle de Port-Royal *. Avant M. de Sacy, l'on s'était contenté de plaider, en faveur de Port-Royal, les circonstances atténuantes. Dans ses Portraits contemporains ^, Sainte-Beuve s'était exprimé ainsi, en parlant des premiers éditeurs : « Il y aurait beaucoup à d.ire en leur faveur, à leur décharge et à titre de circonstances très atténuantes. On le sait, la Paix de l'Église venait d'être conclue ; les Arnauld, les Nicole, les Sacy, sortaient à peine de la retraite ou de la prison. On leur propose de s'occuper des papiers de Pascal mort depuis