mais pour la Religion, peu. »; F. : « point
4. « Ou ne pusse point dans le monde, etc. » ; le texte primitif était par trop elliptique ; « On ne passe point dans le monde pour se connaître en vers, si l'on n'a mis l'enseigne de poète, de maUiéniatieien, etc. »
5. « ... mais les vrais honnêtes gens ...» ; F. : «... les gens universels... »
6. « Ils ne sont point appelés ni, etc. » ; F. : t Les cens universels ne sont appelés ni poètes, ni géomètres, mais ils sont tout cela et jugent, etc. »
7. « Ils parleront de« choscj dont Von parlait, etc. > ; F. ; • ... de c<s qu'on parlait, etc. »
parlent bien, lorsqu'il n'est pas question du langage, «t qu'on dise d'eurc qu'ils parlent bien, quand il en est question. C'est donc une fausse louange quand on dit d'un homme, lorsqu'il entre, qu'il est fort habile en poésie ; et c'est une mauvaise raarq\ie quand on n'a recours à lui que lorsqu'il s'agit de juger de quelques vers*. L'homme est plein de besoins. 11 n'aime que ceux qui peuvent les remplir*. C'est un bon mathématicien, dira-t-on ; mais je n'ai que faire de mathématique^. C'est un homme qui entend bien la guerre*; mais je ne la veux faire à personne. Il faut donc un honnête homme qui puisse s'accommoder à tous nos besoins". î Quand on se porte bien, on ne comprend pas comment on pourrait faire si on était malade" ; et quand on l'est, on prend médecine gaiement; le mal y résout. On n'a plus les passions et les désirs des divertissements et des promenades que la santé donnait, et qui sont incompatibles avec les nécessités de la maladie. La nature donne alors des passions et des désirs conformes à l'état présent. Ce ne sont que les craintes que nous nous donnons nous-mêmes, et
1. € ... et c'est «ne mauvaise marf]ne quand on n'a recours à lui que lorsqu'il s'apit de juger de quelques vers ». F. : « Et c'est une mauvaise marque quand on n'a pas recours à lui <iuand il s'agit de juger de iiuel.iues vers. » P. R. a-t-il bien rendu l'intention de Pascal, dont la conclusion paraît, comme on vient de le voir, toute diirérente dans le texte original ? ("-elle de P. R. a pour elle d'être amenée par ce qui précède, et nous croyons qu'on doit s'y tenir.
2. « Il n'aime que ceux qui peuvent les remplir » ; F. ajoute : « tous. »
8. « ... mais je n'ai que faire de mathématique... » F. : « /T me prendrait pour une proposition ».
4. « C'est un homme qui entend bien la guerre, mais je ne la veux faire à personne. » F. : « C'est un bon guerrier. Il méprendrait x>our une place assiégée. »
5. « ... qui puisse s'accommoder à tous nos besoins » ; P. : « à tous mes besoins généraleynent. »
6. « Quand on se porte bien on ne comprend pas comment, etc. » F. ; • ... on admire comment, ete. «
non pas la nature, qui nous troublent, parce qu'elles joignent à l'état où nous sommes les passions de l'état où nous ne sommes pas.
^ Les discours d'humilité sont matière d'orgueil aux gens glorieux, et d'humilité aux humbles. Aussi ceux de Pyrrhonisme et de doute sont matière d'affirmation aux affîrmatifs. Peu de gons parlent' de l'humilité humblement; peu de la chasteté chastement ; peu du doute en doutant*. Nous ne sommes que mensonge, duplicité, contrariétés. Nous nous cachons et nous déguisons à nous-mêmes.
5 Diseurs de bons mots, mauvais caractère.
Le mot de moi dont l'auteur se sert dans la pensée suivante, ne signifie que l'amour-propre. C'est un terme dont il avait accoutumé de se servir avec quelques-uns de ses amis.
5 Le moi est haïssable. Ainsi ceux qui ne l'ôtent pas', et qui se contentent seulement de le couvrir, sont toujours haïssables. Point du tout, direz-vous, car, en agissant comme nous faisons obligeamment pour tout le monde, on n'a pas sujet de nous haïr. Cela est vrai, si on ne haïssait dans le moi que le déplaisir qui nous en revient. Mais, si je le hais parce qu'il est injuste et qu'il se fait centre de tout', je le haïrai toujours. En un mot, le vioi a deux qualités :
1. € Pende gens parlent, etc. » ; F. : t Peu parlent, etc. » î. t ... peu du doute, etc. » ; F. : peu du Pyrrhonisme, etc. » 3. t ... ainsi ceux qui ne l'ôtent pas, etc. » Voici le texte prira:ti correspondant : « Vous Mito.x, le couvrez, vous ne l'ôtez pas pour cela, vous êtes donc toujours haïssable. » Voir sur ce Mitoii la préface de H. et la note 3 de la page 76 du l" vol. de son édition, 011 il le présente comme un hommo à la mode dans la société aristocratiiiue et lettrée contemporaine de Pascal. On lit dans les Menagiana (t. 1, p. ISi. de l'édition de 17iS)i : • M. d-e Segrais disait i|ue de notre temps trois personnes, quoi(|ue d'une naissance médiocre, n'avaient pas laissé de mériter l'amitié et l'estime des princes et des grands. Ces trois personnes étaient : M. de Voiture, M. Miton et M. de Gourville. > *. « ... centre de tout... » ; F. ; « ... du tout. •
il est injuste en soi en ce qu"il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres en ce qu'il les veut asservir, car chaque moi est l'e'^nerai et voudrait être le tyran de tous le» autres. Vous en ôtez l'incommodité, mais non pas l'injuslice; et ainsi vous ne le rendez pas aimable à ceux qui en haïssent l'injustice' : vous ne le rendez aimable qu'aux injustes, qui n'y trouvent plus leur ennemi ; et ainsi vous demeure?, injuste, et ne pouvez plaire qu'aux injustes.
î Je n'admire point un homme* qui possède une vertu dans toute sa perfection, s'il ne possède en même temps, dans un pareil degré, la vertu opposée r tel qu'était Épaminondas, qui avait l'extrême valeur jointe à l'extrême bénignité ; car autrement ce n'est pas monter, c'est tomber. On ne montre pas sa grandeur pour être en une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois et remplissant tout l'entre-deux. Mais peut-être que ce n'est qu'un soudain mouvement de l'âme de l'un à l'autre de ces extrêmes, et qu'elle n'est jamais en effet qu'en un point, comme le tison de feu que l'on tourne ^. Mais au moins cela marque l'agiUté ie l'âme, si cela n'en marque l'étendue
5 Si notre condition était véritablement heureuse, il ne faudrait pas nous divertir d'y penser*.
î J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des scien-
4. € ... à cenx qni en haïssent l'injustice... »; en ajouté par P. R.
5. t Je n'admire point un homme, etc. » ; F. : c Je n'admire point l'excès d'une vertu, comme de la valeur, si je ne vois en même iemp9,Vcxcès de la vertu opposée, comme en Epaminondas, etc. » ; (la suite comme dans P. R.).
3. « ... comme le tison de feu que Von tourne... » Ces derniers Mots ajoutés par P. R.
4. € ... il ne faudrait pas nous divertir d'y penser... »; F. ajoute : • poumons rendre heureux. » Pascal avait fait précéder cette ptjnsée d'une citation de V Ecclésiastique (XXIV, H) : * *n omnibus requiem quœsivi... »
tes abstraites : mais le peu de gens * avec qui on en peut communiquer m'en avait dégoûté. Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant, que les autres en les ignorant ; et je leur ai pardonné de ne s'y point appliquer. Mais j'ai cru trouver au moins' bien des compagnons dans l'étude de l'homme, puisque c'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a encore moins qui l'étudient que la Géométrie.
5 Quand tout se remue également, rien ne se remue en apparence; comme en un A-aisseau. Quand tous vont vers le dérèglement, nul ne semble y aller. Qui s'arrête fait remarquer l'emportement des autres, comme un point flxe.
^ Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité ^. Il se contente de cela, parce qu'il voit qu'il ne se trompait pas et qu'il manquait seulement à voir tous les côtés. Or, on n'a pas de honte de ne pas tout voir*, mais on ne veut pas s'être trompé : et peut-être que cela vient de ce que naturellement l'esprit ne se peut tromper dans le côté qu'il envisage 5, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.
1. « ... mais le peu de gens avec qui on en peut communiquer... » ; F. : « ... et le peu de communication qu'on en peut avoir... •
2. € ... mais j'ai cru trouver au moins bien des compagnons dans l'étude de l'homme, puisque c'est celle qui lui est propre... » ; F. : € ... et que c'est celle qui lui est propre... » .\insi que le remarque H., P. R. a altéré le sens par la substitution de puisque à et.
3. « ... et lui avouer cette vérité... » ; F. ajoute : « mais lui découvrir le côté par où elle est fautse. »
4. « On M'a pas de honte de ne pas tout voir. » ; F. : • On ne se fâche pas de, etc. »
5. t ... et peut-être que cela vient de ce que naturellement l'esprit ne se peut tromper, etc »; F : « ... et peut-être que cela vient de c« ^ue natufjlleraent Vhomme nt peut tout voir, et do ce que naturellemeat il ne se peut tromper, etc. >
^ La vertu d'un homme* ne se doit pas mesurer par fes efforts, mais par ce qu'il fait d'ordinaire.
5 Les grands et les petits ont mêmes accilcnts, mêmes fâcheries et mêmes passions. Mais les uns sont au haut de la roue, et les autres près du centre, et ainsi moins agités par les mémos mouvements.
5 On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a trouvées soi-même que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.
^ Quoique les personnes n'aient point d'intérêt à ce qu'ils disent, il ne faut pas conclure de là absolument qu'ils ne mentent point, car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir.
î L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas tant fait de continents que celui de son ivrognerie a fait d'intempérants. On n'a pas de honte de n'être pas aussi vertueux que lui^, et il semble excusable de n'être pas plus vicieux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans les vices du commun des hommes, quand on se voit dans les vices de ces grands hommes ; et cependant on ne prend pas garde qu'ils sont eu cela du commun des hommes. On tient à eux par le bout pai où ils tiennent au peuple. Quelqu'élevés qu'ils soient, ils soni unis au reste des hommes par quelque endroit-'. Ils ne sonI pas suspendus en l'air et séparés de notre société *. S'ils
1. « La vertu d'un homme, etc. n Ce passage est ainsi dans F. : « (7« Que peut là verlvi d'un homme ne se doit pas mesurer par se| efforts, mais par son ordinaire. »
2. « On n'a pas de honte de n'être pas aussi vertueux, etc. » ; P. 1 « Il n'est pas honteiuc de, etc. La correction de P. W. est bonne. Dans le texte primitif, Pascal semble approuver ce sentiment dab.scncj de tionte, ce qu'il n'a évidemment pas voulu. »
3. « ... Us sont unis au reste des hommes, etc. >;?.:< ... si sont-iH (c'est à dire : pourtant ils sont) unis aux moindres des hommes, etc. »
4. i ... et séparés de notre société. S'ils sont plus grands, etc. »; P. : c ... et tout abstraits de notre société. Non, non, s'ils :>ont, clc. i
sont plus grands que nous c'est qu'ils ont la tête plus «levée, mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres. Us sont tous à naême niveau et s'appuient sur la même terre; et par cette extrémité ils sont aussi abaissés que nous, que les enfants, que les bêtes.
^ C'est le combat qui nous plaît*, et non pas la victoire. On aime à voir les combats des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et dès qu'elle est arrivée on en est saoul. Ainsi dans le jeu ; ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions; mais de contempler la vérité trouvée, point du tout. Pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la faire voir naissant de la dispute. De même dans les passions, il y a du plaisir à en voir deux contraires se heurter ; mais quand l'une est maîtresse, ce n'est plus que brutalité. Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. Ainsi, dans la comédie, les scènes contentes sans crainte ne valent rien, ai les extrêmes misères sans espérance, ni les amours brutales^.
^ On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes gens, et on leur apprend tout le reste ; et cepenca it ils ne se piquent de rien tant que de cela ^. Ainsi ils ne se piquent de savoir que la seule chose qu'ils n'apprennent point.
î Le sot projet que Montagne a eu de se peindre ; et cela non pas en passant et contre ses maximes, comme il arrive
1. € Cest le combat qui nous plaît, et non pas, etc. t ; F. : « Rien ne nous plaît que le combat, mais non pas, etc. »
2. « ... ni les amours brutales... » ; F. : « brutaux. » Le même texte ajoute : t ni les sévérités âpres. » Comédie, dans ce passage, s'eutend du théâtre en général.
3. « ... et cependant ils ne se piquent de rien tant que de cela, »; F. : « ... ils ne se piquent jamais tant de tiQJXsavoir du reste, comme d'être honnêtei hommes. »
à tout le monde de faillir ; mais par ges propres maximes, et par un dessein premier et principal ; car de dire des sottises par hasard et par faiblesse, c'est un mal ordinaire ; mais d'en dire à dessein *, c'est ce qui n'est pas supportable, et d'en dire de telles que celles-là '.
î Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature, et ils la croient suivre : comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord s'éloignent^. Le langage est pareil de tous côtés. Il faut avoir un point fixe pour en juger. Le port règle ceux* qui sont dans un vaisseau ; mais où trouverons-nous ce point dans la morale?
5 Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence ; au contraire, on est bien aise de pouvoir se rendre ' ce témoignage d'humanité, et s'attirer la réputation de tendresse, sans qu'il en coûte rien^ : ainsi ce n'est pas grand chose.
5 Qui aurait eu l'amitié du Roi d'Angleterre, du Roi de Pologne et de la Reine de Suède, aurait-il cru pouvoir manquer de retraite et d'asile au monde ^ ?
i. « ... mais d'en dire à dessein, etc. »; F. : « ... par dessein, etc. »
2. « ... et d'en dire de telles que celles-là. »; F. .- t ...(\ae celles-ci. » Pascal se proposait sans doute d'en citer.
3. « ... que ceux qui sont au bord s'éloignent .. t ; F. : «...fliient... »
4. « Le port règle ceux, etc. « ; F. : « ... juge ceux, etc. • A la suite : « Mais où irouverona-ROus ce point, etc. » ; F. : « Mais où prenc?rons-nous un point, etc. »
5. € ... On est bien aise de pouvoir se rendre ce témoignage d'humanité et s'attirer, etc. » ; F. : « ... on est bien aise d'avoir à rendre ce témoignage d'a^attié et à s'attirer, etc. »
6. • ... sans qu'il en coûte rien... «; F. : » ... sans rien donner... » La lin de l'ai. : « ainsi ce n'est, etc. », est de P. R.
7. Les trois souverains dont il est question c'an< ce passage sont: Charles 1", décapité en 1649; Jean-Casimir, dépossédé jusqu'ea 1656, et Christine, qui abdiqua en 1654.
PENSEES MORALES 2Ti
^ Les choses ont diverses qualités, et l'âme diverses inclinations ; car rien n'est simple de ce qui s'offre à l'àme, et l'àme ne s'offre jamais simple à aucun sujet. De là vient qu'on pleure et qu'on rit quelquefois d'une même chose.
5 Nous sommes si malheureux que nous ne pouvons prendre plaisir à une chose qu'à condition de nous fâcher si elle nous réussit mal, ce que mille choses peuvent faire et font à toute heure. Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans être touché * du mal contraire aurait trouvé le point.
î II y a diverses classes de forts *, de beaux, de bons esprits et de pieux, dont chacun doit régner chez soi ^, non ailleurs. Ils se rencontrent quelquefois ; et le fort et le beau se battent sottement à qui sera le maître l'un de l'autre ; car leur maîtrise est de divers genres. Ils ne s'entendent pas, et leur faute est de vouloir régner partout. Rien ne le peut, non pas même la force : elle ne fait rien au royaume des savants : elle n'est maîtresse que des actions extérieures.
î Ferox gens nullam esse vitam sine arniis putat *. Ils aiment mieux la mort que la paix : les autres aiment mieux la mort que la guerre. Toute opinion peut être préférée à la vie 5 dont l'amour paraît si fort et si naturel.
* Qu'il est difficile de proposer une chose au juge-
1. « ... sans être touché du mal contraire... » ; F. : « ... sans se fâcher du mal contraire... » A la fin de ce passage, il y a dans F. : « C'est le mouvement perpétuel » ; c'est-à-dire, sans doute, que ee point est aussi impossible à trouver.
i. * Il y a diverses classes de forts, etc. » ; F. : diverses chatnbrei de forts, etc. »
3. « ,.. dont chacun doit régner, etc. »; F. : « ... dont chacuE règne, etc. »
4. € ... sine armts putat. » ; F. : • ... sine ar^nis ratl > (Tite-Livc. XXXIV, d7, cité par Montaigne, liv. 1, ch. 40).
5. € Toute opinion peut être préférée à la vie... » i F. : t ... préférable, etc. »
ment d'un autre sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer ! Si on dit : je le trouve beau, je le trouve obscur *, on entraîne l'imagination à ce jugement, ou on l'irrite au contraire. Il vaut mieux ne riea dire ; car alors il juge selon ce qu'il est, c'est-à-dire selon ce qu'il est alors, et selon que les autres circonstances ^ dont on n'est pas auteur l'auront disposé ; si ce n'est que ce silence ne fasse aussi son effet selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur d'y donner ^, ou selon qu'il conjecturera de l'air du visage * et du ton de la voix * : tant il est aisé de démonter un jugement" de son assiette naturelle, ou plutôt tant il y en a pevtde ferme et de stable.
î Les Platoniciens, et même Épictètc et ses sectateur», croient que Dieu est seul digne' d'être aimé et admiré; et cependant ils ont désiré* d'être aimjs et admirés d' hommes. Ils ne connaissent pas leur corruption. S'ils s sentent portés à l'aimer^ et à l'adorer, et qu'ils y trouven leur principale joie, qu'ils s'estiment bons à la bonne heure.
1. « ... je le trouve obscur... » ; F. ajoute ; « ou autre clwse semblable. »
2. e ... selon que les autres circonstances... l'auront disposée " , F. : t ... y auront mis, mais au moisis on n'y aura rienmis. »
3. « ... l'interprétation qu'il sera en humeur d'y donner... » ; F. : « ... de lui donner. »
4. « ... selon qu'il conjecturera de l'air du visage »; F. : «... selon qu'il le conjecturera des mouvetneyiis et air du visage. >
5. f ... ou du ton de la voix. » ; F. ajoute : « selon qu'il sera physionomiste. »
6. « ... tanl il est aiséûe démonter, etc. »; F. : « ... tant il est difficile de ne point démonter, etc. »
7. Dans le texte primitif, ce passage a pour titre -. Philosophes, et commence ainsi : « Ils croient que Dieu est seul, etc. »
8. « ... et cependant ils ont désiré, etc. » Les mots soulignés ont été ajoutes par P. R.
9. « S'ils se sentent portés à l'aimer, etc. »; F. : « s'ils se sentent pleins de sentiments pour l'aimer, etc. »
Mais s'ils y sentent de la répugnance *, s'ils n'ont aucune pente qu'à se vouloir établir dans l'estime des hommes, et que, pour toute perfection, ils fassent seulement que sans forcer les hommes ils leur fassent trouver leur bonheur à les aimer, je dirai que cette perfection est horrible. Quoi ! ils ont connu Dieu, et n'ont pas désiré uniquement que les hommes l'aimassent : ils ont voulu que les hommes s'arrêtassent à eux * : ils ont voulu être l'objet du bonheur volontaire des hommes !
î Que l'on a bien fait de distinguer les hommes par l'extérieur plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? Qui cédera la place à l'autre ? Le moins habile ? Mais je suis aussi habile que lui. Il faudra se battre sur cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un. Cela est visible; il n'y a qu'à compter; c'est à moi à céder, et je suis un sot si je le conteste. Nous voilà en paix par ce moyen, ce qui est le plus grand des biens.
î Le temps amortit les afflictions et les querelles ^, parce qu'on change et qu'on devient comme une autre personne *. Ni l'offensant ni l'offensé ne sont plus les mêmes ^. C'est comme un peuple qu'on a irrité et qu'on reverrait après deux générations. Ce sont encore les Français, mais non les mêmes.
i. « ... mais s'ils y sentent de la répugnance... • ; F. : f ... s'ils s'y trouvent répugnants... »
!. « ... ils ont voulu que les hommes s'arrêtassent à eux, etc. j Les mots soulignés ajoutés par P. R.
3. a Le temps amortit les afflictions et les querelles, etc. » ; F. : « Le temps guérit les douleurs et les querelles, etc. »
4« ... et qu'on devient comme une autre personne... i> ; F. :
...on n'est plus la mêyne personne. »
5. « Ni l'olTensant ni l'offensé ne sont plus les mêmes » ; F. :
... eita^mêmes. »
5 II est indubitable que l'âme est mortelle ou immortelle. Cela doit mettre une difTérence entière dans la morale. Et cependant les Philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel étrange aveuglement * !
5 Le dernier acte est toujours sanglant*, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tète, et en yoilà pour jamais.
i. « Quel étrange aveuglement i, addition de P. R. 8. « Le dernier acte est toujours sanglant, etc. » ; toujours ajouté par P. R.
Pensées sur la mort, qui ont été extraites d'une lettrt écrite par Monsieur Pascal sur le sujet de la mort de Monsieur son Père*-.
Quand nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avions de l'affection, ou pour quelqu'autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher de la consolation dans nousmêmes, ni dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé; mais nous la devons chercher en Dieu seul. Et la raison en est que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux, mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritible cause, l'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source, et remonter jusqu'à l'origine, pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte, et que nous considérions cette mort qui nous afflige, non pas comme un effet du hasard, ni comme une nécessité fatale de la nature, ni comme le jouet des
■1. Ce chapitre a été composé avec une lettre du i7 octobre 1651, adressée à M. et à M"» Périer. Pour en f;ure un chapitre des Pensées, P. R. a été obligé d'ajouter un préambule de quelques lignes. € Quand nous sommes dans l'affliction... ou pour quelque autre malheur qui nous ai~ynve... » A la suite : « nous ne devons pas diercher de la consolation dans nous-mêmes... mais nous la devons chercher en Dieu seul ■> ; F. : c nous devons chercher la consolatioH à nos maux non pas dans nous-mème, non pas dans les hommes, non pas dans tout ce qui est créé, mais dans Dieu. >
éléments et des parties qui composent l'homme (car Diew n'a pas abandonné ses élus au caprice du hasard)*, mais comme une suite indispensable', inévitable, juste et sainte, d'un arrêt de la providencj cIl Dieu^, pour être exécuté dans la plénitude de son temps; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps présent et préordonné en Dieu* : si, dis-je, par un transport de grâce, nous regardons cet accident, non dans lui-même et hors de Dieu, mais hors de lui-même et dans la volonté même de de Dieu^, dans la justice de son arrêt, dans l'ordre de sa providence qui en est la véritable cause, sans qui il ne fut pas arrivé, par qui seule il est arrivé et de la manière dont il est arrivé, nous adorerons dans un humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets, nous vénérerons la sainteté de ses arrêts, nous bénirons la conduite de sa providence, et, unissant notre volonté à celle de Dieu même, nous voudrons avec lui, en lui et pour lui, la chose qu'il a voulue en nous et pour nous de toute éternité.
5 II n'y a de consolation qu'en la vérité seule. Il est sans doute que Senèque et Socrate n'ont rien qui nous puisse persuader et consoler dans ces occasions®. Ils ont été aous
i. « ... au caprice du hasard » ; F. : « au caprice et au hasard. »
2. « ... une suite indispensable inévitable, juste et sainte • ; P. ajoute : « utile au bien de VÉfjUse et à l'exaltation du nom et de la grandeur de Dieu. »
3. ... d'un arrêt de la providence de Dieu, pour être exécuté dans la plénitude de son temps, etc. » ; F. : «... d'un arrêt... connu (texte H. : conçu) de toute éternité pour être exécuté dans la plénitude de son temps, en telle année, en tel jour, en telle heure, en tel lieu, en telle manière. »
4. « ... a été de tout temps présent et préordonné, etc. » ; F. : « ...presçu (H. : prévu), et, etc. »
5. • ... et dans la volonté même de Dieu » ; F. : « ... et dans X'intlme de la volonté de Dieu. »
6. € ... n'ont rien qui nous puisse persuader et consoler dans ces occasions » ; F. .- t ... n'ont de persuasif en cette occasion. »
l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier; ils ont tous pris la mort comme naturelle à l'homme; et tous les discours qu'ils ont fondés sur ce faux principe sont si vains et si peu solides qu'ils ne servent qu'à montrer*, par leur inutilité, combien l'homme en général est faible, puisque les plus hautes productions des plus grands d'entre les hommes sont si basses et si puériles.
II n'en est pas de même de Jésus-Christ : il n'en est pas ainsi des livres Canoniqueb. La vérité y est découverte, et la consolation y est jointe aussi infailliblement qu'elle est infaiUiblement séparée de l'erreur. Considérons donc la mort dans la vérité que le Saint-Esprit nous a apprise. Nous avons cet admirable avantage de connaître que véritablement et effectivement la mort est une peine du péché, imposée à l'homme pour expier son crime, nécessaire à l'homme pour le purger du péché ; que c'est la seule qui peut délivrer l'àme de la concupiscence des membres, sans laquelle les Saints ne vivent point en ce monde*. Nous savons que la vie, et la vie des Chrétiens, est un sacrifice continuel qui ne peut être achevé que par la mort; nous savons que Jésus-Christ, entrant au monde 3, s'est considéré et s'est offert à Dieu comme un holocauste et une véritable victime ; que sa naissance, sa vie, sa mort, sa résurrection, son ascension, sa séance éternelle à la droite de son Père, et sa présence dans l'Eucharistie, ne sont qu'un seul et unique sacrifice : nous savons que ce qui est arrivé en Jésus-Christ doit arriver en tous ses membres.
1. « ... et toas les discours... sont si vains et si peu solides qu'ils, etc. » ; F. : « ... sont si futiles qu'ils, etc.
2. c ... sans laquelle les Saints ne vivent point en ce monde » F. : « ... ne viennent point dans ce monde. »
3. « ... que J.-C. entrant a.n monde, etc. •:«... que comme J.-C. étant au monde, etc. »
28 V PENSÉES SUR LA .fORT
Considérons donc la vie comme un sac/ifîce; et que les accidents de la vie ne fassent d'impression dans l'esprit des Chrétiens qu'à proportion qu'ils interrompent ou qu'ils accomplissent ce sacrifice. N'appelons mal que ce qui rend la victime de Dieu victime du diable, mais appelons bien ce qui rend la victime du diable en Adam victime de Dieu ; et sur cette règle examinons la nature de la mort.
Pour cela *, il faut recourir à la personne de Jésus- Curist; car comme Dieu ne considère les hommes que par le médiateur Jésus-Christ ", les hommes aussi ne devraient regarder, ni les autres, ni eux-mêmes, que médialement par Jésus-Christ.
Si nous ne passons par le milieu, nous ne trouvons en nous que de véritables malheurs, ou des plaisirs abominables; mais si nous considérons toutes choses en Jésus-Christ, nous trouverons toute consolation, toute satisfaction, toute édification.
Considérons donc la mort en Jésus-Christ, et non pas sans Jésus-Christ. Sans Jésus-Christ elle est horrible, elle est détestable, et l'horreur de la nature. En Jésus-Christ elle est toute autre : elle est aimable, sainte, et la joie du fidèle. Tout est doux en Jésus-Christ, jusqu'à la mort; et c'est pourquoi il a souffert et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances; et comme Dieu et comme homme il a été tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject, afin de sanctifier en soi toutes choses, excepté le péché, et pour être le modèle de toutes les conditions.
i. f Pour cela il faut, etc. » ; F. : Pour cette considération il faut, etc. »
2. »... car, comme Dieu ne considère, etc. » ; F. : « ... car tout ce Qui est da/ns les hommes est abominable, et comme Dieu ne considère, etc. »
Pour considérer ce que c'est que la mort et la mort en Jésus-Christ, il faut voir quel rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans interruption, et pour cela remarquer que dans les sacrifices la principale partie est la mort de l'hostie. L'oblation et la sanctification qui précèdent sont des dispositions ; mais l'accomplissement est la mort, dans laquelle, par l'anéantissement de la vie, la créature rsnd à Dieu tout l'hommage dont elle est capable, en s'anéantissant devant les yeux de sa Majesté, et en adorant sa souveraine xistence ^, qui existe seule essentiellement. Il est vrai qu'il
a encore une autre partie, après la mort de l'hostie, sans laquelle sa mort est inutile : c'est l'acceptation que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit dans l'Écriture : et odoratus est dominus odorem suavitavis^ : « et Dieu a reçu l'odeur du sacrifice ^. » C'est véritablement celle-là qui couronne l'oblation; mais elle est plutôt une action de Dieu vers la créature que de la créature vers Dieu, et elle n'empêche pas que la dernière action de la créature ne soit la mort.
Toutes ces choses ont été accomplies en Jésds-Christ en entrant au monde. Il s'est offert : obtulit semetipsum per Spiritum Sanctum *. Ingrediens mundum dixit ^ : « Hostiam et oblationem noluisti. » Tune dixi : « Ecce venio : in capite libri scriptum est de me ut faciam, Deus, volunfatem tuam. î II s'est offert lui-même par le Saint-Esprit. Entrant dans le monde, il a dit : « Seigneur^ les sacrifices ne vous
1. « ... sa souveraine existence, qui existe seule essentiellement. » ; F. : « qui seule existe réellement. >