DE QUELQUES LETTRES
pour répondre à tous vos articles et bien écrire malgré mon peu de temps.
Je suis ravi de ce que vous goûtez le livre de M. de Laval et les Méditations sur la grâce. J'en tire de grandes conséquences pour ce que je souhaite.
Je mande le détail de cette condamnation qui vous avoit effrayée ; cela n'est rien du tout, Dieu mercy ; et c'est un miracle de ce qu'on ne fait pas pis, puisque les ennemis de la vérité ont le pouvoir et la volonté de l'opprimer. Peutêtre étes-vous de celles qui méritent que Dieu ne l'abcmdonne pas et ne la retire pas de la terre qui s'en est rendue si indigne ; et il est assuré que vous servez l'Église par vog prières, si l'Église vous a servi par les siennes. Car c'est l'Église qui mérite avec Jésus-Christ, qui en est inséparable, la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la vérité ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées. Je loue de tout mon cœur le petit zèle que j'ai reconnu dans votre lettre pour l'union avec le pape. Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef sans le corps ; quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps et n'appartient plus à Jésus- Christ. Je ne sais s'il y a des personnes dans l'Église pluB attachées à cette unité du corps que le sont ceux que vous appelez nôtres. Nous savons que toutes les vertus, le martire, les austérités et toutes les bonnes œuvres, sont inutiles hors de l'Église et de la communion du chef de l'Église,
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qui est le pape. Je ne me sépareray jamais de sa coramrinion ; au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce ; sans quoi je serois perdu pour jamais. Je vous fais une espèce dt profession de foy, et je ne sçai pourquoy ; mais je ne l'effacerai pas ni ne recommencerai pas.
M. Du Gas m'a parlé ce matin de votre lettre avec autant d'étonnement et de joye qu'on en peut avoir. Il ne sçait où vous avez pris ce qu'il m'a rapporté de vos paroles ; il m'en a dit des choses surprenantes et qui ne me surprennent plus tant. Je commence à m'accoutumer à vous et à la grâce que Dieu vous fait, et néantmoins je vous avoue qu'elle m'est toujours nouvelle, comme elle est toujours nouvel!» en effet. Car c'est un flux continuel de grâces que rÉcritur> compare à un fleuve et à la lumière que le soleil envoyé incessamment hors de soy et qui est toujours nouvelle, en sorte que, s'il cessoit un instant d'en envoyer, toutes celles qu'on auroit reçues disparoîtroient, et on restcroit dans l'obscurité. 11 m'a dit qu'il avoit commencé à vous répond rt et qu'il le transcriroit pour le rendre plus lisible, et qu'en même temps il l'étendroit; mais il vient de me l'envoyer avec un petit billet où il me mande qu'il n'a pu ni le transcrire ni l'étendre. Cela me fait croire que cela f-^ra mal mal écrit. Je suis témoin de son peu de loisir et ca désir qu'il avoit d'en avoir pour vous.
Je prends part à la joie que vous donnera l'affaire des***^, car je vois bien que vous vous intéressez pour i Église : vous lui êtes bien obligée. Il y a seize cents ans qu'elle gémit pour vous : il est temps de gémir pour elle et pour nous tous ensemble, et de lui donner tout ce qui nous reste de vie, puisque Jésus-Christ n'a pris la sienne que pour 1 ■ perdre pour elle et pour nous.
i . Dana le mannscrit de l'Oratoire i des religieuses.
n m% semble que yous prenez assez de part au miracle pour TOUS mander que la vérification en est achevée par l'Église, comme tous le verrez par cette sentence de M. le grand vicaire. Il y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse paroltre par ces coups extraordinaires qu'on doit bien profiter de ces occasions, puisqu'il ne sort du secret de la nature qui le couvre que pour exciter notre foi à le servir avec d'autant plus d'ardeur que nous le connoissons avec plus de certitude. Si Dieu se découvroit continuellement aux hommes, il n'y auroit point de mérite à le croire ; et, s'il ne se découvroit jamais, il y auroit peu de foi. Mais il se cache ordinairement, et se découvre rarement à ceux qu'il veut engager dans son service. Cet étrange secret, dans lequel Dieu s'est retiré impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nous porter à la solitude, loin de la vue des hommes. Il est demeuré caché sous le voile de la nature qui nous le couvre jusques à l'incarnation ; et, quand il a fallu qu'il ait paru, il s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité. Il étoit bien plus reconnoissable quand il étoit invisible que non pas quand il s'est rendu visible. Et enfin, quand il a voulu accomplir la promesse qu'il fît à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusqu'à son dernier avènement, il a choisi d'y demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, qui sont les espèces de l'Eucharistie. C'est ce sacrement que saint Jean appelle dans l'Apocalypse une manne cachée ; et je crois qu'Isaïe le voyoit en cet état, lorsqu'il dit en esprit de prophétie : Véritablement
tu es un Dieu caché. C'est là le dernier secret où il peut être. Le voile de la nature qui couvre Dieu a été pénétré par plusieurs infidelles qui, comme dit saint Paul, ont reconnu un Dieu invisible par la nature visible. Les chrétiens hérétiques l'ont connu à travers son humanité et adorent Jésus- Christ Dieu et homme ; mais de le reconnoître sous des espèces de pain, c'est le propre des seuls catholiques : il n'y a que nous que Dieu éclaire jusques là.
On peut ajouter à ces considérations le secret de l'Esprit de Dieu caché encore dans l'Écriture : car il y a deux sens parfaits, le littéral et le mystique ; et les juifs, s'arrêtant à l'un, ne pensent pas seulement qu'il y en ait un autre et ne songent pas à le chercher, de même que les impies, voyant les effets naturels, les attribuent à la nature, sans penser qu'il y en ait un autre auteur, et, comme les juifs, voyant un homme parfait en Jésus-Christ, n'ont pas pensé à y chercher une autre nature : Nous n'avons pas pensé que ce fût lui, dit encore Isaïe ; et de même enfin que les hérétiques, voyant les apparences parfaites de pain, ne pensent pas à y chercher une autre substance.
Toutes choses couvrent quelque mystère ; toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu. Les chrétiens doivent le reconnoître en tout. Les afflictions temporelles couvrent les biens spirituels où elles conduisent. Les joies temporelles couvrent les maux éternels qu'elles causent. Prions Dieu de nous le faire reconnoître et servir en tout, et rendons-lui des grâces infinies de ce que, s'étant caché en toutes chose» pour les autres, il s'est découvert en toutes choses et en tant de manières pour nous.
Je ne sçai comment vous aurez receu la perte de vo? lettres. Je voudrois bien que vous l'eussiez prise comme il faut. Il est temps de commencer à juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu, qui ne peut être ni injuste ni aveugle, et non par la nôtre propre, qui est toujours pleine de malice et d"erreur. Si vous avez eu ces sentimens, j'en serai bien content, edin que vous vous en soyez consolée sur une raison plus solide que celle que j'ai à vous dire, qui est que j'espère qu'elles se retrouveront: on a déjà apporté celle du o ; et, quoique ce ne soit pas la plus importante, car celle de M. Du Gas l'est davantage, néanmoins cela me fait espérer de r'avoir l'autre.
Je ne sçai pourquoi vous vous plaignez de ce que je n'avois rien écrit pour vous ; je ne vous sépare point vous deux, et j-e songe sans cesse à l'un et à l'autre. Vous voyez bien que mes autres lettres, et encore celle-cy, vous regardent assez. En vérité, je ne puis m'empêcher de vous dire que je voudrois être infaillible dans mes jugemens : vous ne seriez pas mal si cela étoit, car je suis bif n content de vous, mais mon jugement n'est rien. Je dis cela sur la manière dont je vois que vous parlez du bon cordelier persécuté, et de ce que fait le... Je ne suis pas surpris de voir M. N. s'y intéresser, je suis accoutumé à son zèle, mais le vôtre m'est tout à fait nouveau ; c'est ce langage nouveau que produit ordinairement le cœur nouveau. Jésus-Christ a donné dans l'Évangile cette marque pour reconnoitre ceux qui ont la foi, qui est qu'ils parleront en langage nouveau ; et en effet'le renouvellement des pensées et des désirs cause celui des discours. Ce
que vous dites des peines où vous tous êtes trouvée seule et la consolation que vous donne la lecture sont des choses que M. N. sera bien aise de sçavoir quand je les luy feray voir et ma sœur aussi. Ce sont assurément des choses nouvelles, mais qu'il faut sans cesse renouveler : car cette nouveauté, qui ne peut déplaire à Dieu comme le vieil homme ne lui peut plaire, est différente des nouveautés de la terre, en ce que les choses du monde, quelque nouvelles qu'elles soient, vieillissent en durant, au lieu que cet esprit nouveau se renouvelle d'autant plus qu'il dure davantage. Notre vieil homme périt, dit saint Paul, et se renouvelle de jour en jour, et ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité, où l'on chantera sans cesse ce cantique nouveau dont parle David dans les psaumes de Laudes, c'est-à-dire ce chant qui part de l'esprit nouveau de la charité.
Je vous dirai pour nouvelle de ce qui touche ces deux personnes que je vois bien que leur zèle ne se refroidit point ; cela m'étonne, car il est bien plus ra're de voir continuer dans la piété que d'y voir entrer. Je les ai toujours dans l'esprit et principalement celle du miracle, parce qu'il y a quelque chose de plus extraordinaire, quoique l'autre le soit aussi beaucoup et quasi sans exemple. Il est certain que les grâces que Dieu fait en cette vie sont la mesure de la, gloire qu'il prépare en l'autre. Aussi, quand je prévois la fin et le couronnement de son ouvrage par les commencemens qui en paroissent dans les personnes de piété, j'entre en une vénération qui me transit de respect envers ceux qu'il sem-ble avoir choisis pour ses élus. Je vous avoue qu'il me semble que je les vois déjà dans un de ces trônes où ceux qui auront tout quitté jugeront le monde avec Jésus-Christ, selon la promesse qu'il en a faite. Mais, quand je viens à penser que ces mêmes personnes peuvent tomber et être au contraire au nombre malheureux des jugés, et qu'il y en aura tant
qui tomberont de leur gloire et qui laisseront prendre à d'autres par leur négligence la couronne que Dieu leuravoit offerte, je ne puis souffrir cette pensée; et l'effroy que j'aurois de les voir en cet état éternel de misère, après les avoir imaginées avec tant de raison dans l'autce état, me fait détourner l'esprit de cette idée et revenir à Dieu pour le prier de ne pas abandonner les foibles créatures qu'il s'est acquises, et luy dire pour les deux personnes que vous sça- Tez ce que l'Église dit aujourd'hui avec saint Paul : Seigneur, achevez vous-même l'ouvrage que vous-même avez commencé. Saint Paul se considéroit souvent en ces deux états, et c'est ce qui lui fait dire ailleurs : Je châtie mon corps, de peur que moi-même, qui convertis tant de peuples, je ne devienne réprouvé. Je finis donc par ces paroles de Job : J'ai toujours eraint le Seigneur comme les flots d'une mer furieuse et enflée pour m'engloutir. Et ailleurs : Bienheureux est l'homme qtd est toujours en crainte l
33S LETTRES A MADEAIOISELLE DE ROAJ^NEZ
D est bien assuré qu'on ne se détache jamais sans douleur. On ne sent pas son bréis quajid on suit volontairement celui qui entraîne, comme dit saint Augustin ; mais, quand on commence à résister et à marcher en s'éloignant, on souffre bien ; le lien s'étend et endure toute la violence ; et ce lien est notre propre corps qui ne se rompt qu'à la mort. Notre- Seigneur a dit que, depuis la venue de Jean-Baptiste, c'està-dire depuis son avènement dans chaque fidèle, le royaume de Dieu souffre violence, et que les violens le ravissent. Avant que l'on soit touché, on n'a que le poids de sa conripiscence, qui porte à la terre. Quand Dieu attire en haut, ^ces deux efforts contraires font cette violence que Dieu seul peut faire surmonter. Mais nous pouvons tout, dit saint Léon, avec celui sans lequel nous ne pouvons rien. Il faut donc se résoudre à souffrir cette guerre toute sa vie : car il n'y a point ici de paix. Jésus-Christ est venu apporter le couteau, et non pas la paix. Mais néantmoins il faut avouer que, comme l'Écriture dit que la sagesse des hommes n'est que folie devant Dieu, aussi on peut dire que cette guerre, qui paroît dure aux hommes, est une pais devant Dieu : car c'est cette paix que Jésus-Christ a auDci apportée. Elle ne sera néantmoins parfaite que quand ie corps sera détruit ; et c'est ce qui fait souhaiter la mort, en souffrant néantmoins de bon cœur la ■vie pour l'amour de celuy qui a souffert pour nous et la vie et la mort, et qui peut nous donner plus de biens que nous n'en pouvons ny demander ny imaginer, comme dit saint Paul en l'épître de la messe d'aujourd'hui *.
i. Eph., III, 20.
Je ne crains plus rien pour tous, Dieu mercy, et j'ai une espérance admirable. C'est une parole bien consolante que celle de Jésus-Christ : Il sera donné à ceux qui ont déjà. Fcs cette promesse ceux qui ont beaucoup reçu ont droit d'espérer davantage, et aiosi ceux qui ont reçu extraordinai rement doivent espérer extraordinairement. J'essaye autant que je puis de ne m'afîliger de rien, et de prendre tout ce qui arrive pour le meilleur; et je crois que c'est un devoir, et qu'on poche en ne le faisant pas. Car enQn la raison pour laquelle bc péchés sont péchés, c'est -seulement parce qu'ils sont contraires à la volonté de Dieu ; et ainsi, l'essence du péché consistant a avoir une volonté opposée à celle que nous connoissons en Dieu, il est visible, ce me semble, que, quand il nous découvre sa volonté par les événements, ce seroit un péché de ne s'y pas accommoder. J'd appris que tout ce qui est arrivé a quelque chose d'admirable, puisque la volonté de Dieu y est marquée. Je le loue de tout mon cœur de la contii-uation parfaite de ses grâces, csœ je vois bien qu'elles ne diminuent point.
L'affaire du -{- ne va guère bien : c'est une chose qui fait trei-ibler ceux qui ont de vrais mouvemens de Dieu, de voir la persécution qui se prépare non seulement contre les rtersonnes (ce seroit peu), mais contre la vérité. Sans mentir» Dieu est bien abandonné. Il me semble que c'est un temps où le service qu'on lui rend lui est bien agréable. II veut que nous jugions de la grâce par la nature, et ainsi il permet de considérer que, comme un prince chassé de son propre pays par ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui
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demeurent fidelles dans la révolte publique, de même il semble que Dieu considère avec une bonté particulière ceux qui défendent aujourd'huy la pureté de la religion et de la morale, qui est là fort combattue. Mais il y a cette différence entre les roys de la terre et le roy des roys, que les princes ne rendent pas leurs sujets fidelles, mais qu'ils les trouvent tels, au lieu que Dieu ne trouve jamais les hommes qu'inlidelles, et qu'il les rend fidelles quand ils le sont. De sorte qu'au lieu que les roys ont une obligation insigne à ceux qui demeurent dans leur obéissance, il arrive, au contraire, que ceux qui subsistent dans le service de Dieu lui sont euxmêmes redevables infiniment. Continuons donc à le louer de cette grâce, s'il nous l'a faite, de laquelle nous le louerons dans l'éternité, et prions-le qu'il nous la fasse encore et qu'il ait pitié et de nous et de l'Église entière, |hors laquelle il n'y a que malédiction.
Je prens part au f persécuté dont vous parlez. Je vois bien que Dieu s'est réservé des serviteurs cachés, comme il le dit à Elle. Je le prie que nous en soyons bien et comme il faut, en esprit, en vérité et sincèrement.
Quoi qu'il puisse arriver de l'affaire de f , il y en a déjà assez, Dieu mercy, de ce qui est déjà fait pour en tirer un admirable avantage contre les maudites maximes. 11 faut que .eux qui ont quelque part à cela en rendent de grandes j^ràces à Dieu, et que leurs parens ou amis prient Dieu pour eux, adin qu'ils ne tombent pas d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a fait. Tous les honneurs du monde n'en sont que l'image ; celui-là seul est solide et réel, et néantmoins il est inutile sans la bonne disposition du cœur. Car ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvemens du cœur qui méritent et qui soutiennent les peines du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier: peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre; cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, étant avertis que le chemin du ciel, qu'ils cherchent, en est rempH, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le véritable chemin. Mais ces peines-là ne sont pas sans plaisirs, et ne sont jamais surmontées que par le plaisir. Car, de mesme que ceux qui quittent Dieu pour retourner au monde ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceur dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraîne, et, les faisant repentir de leur premier choix, les rend des pénitens du diable, selon la parole de TertuUien ; de mesme on ne quitteroit jamais les plaisirs du monde pour embrasser la croix de Jésus-Christ, si on. ne
trouvoit plus de douceur dans le mépris, dans la pauvreté, dans le dénuement et dans le rebut des hommes, que dans les délices du péché. Et ainsi, comme dit Teitullien, il ne faut pas croire que la vie des chrétiens soit une vie de tristesse; on ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands. — Priez toujours, dit saint Paul, rendez grâces toujours, réjouissez-vous toujours. C'est la joye d'avoir trouvé Dieu qui est le principe de la tristesse do l'avoir offensé et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé le trésor dans un champ en a une telle joye que cette joye, selon Jésus-Christ, lui tait vendre tout ce qu'il a pour l'acheter. Les gens du monde n'ont point cette joye que le monde ne peut ny donner, ny ôter, dil Jésus-Christ même. Les bienheureux ont cette joye sans aucune tristesse; les gens eu monde ont leur tristesse sans cette joye, et les chrétiens ont cette joye mêlée de la tristesse d'avoir suivi d'autres plaisirs, et de la" crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Et ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette joye qui modère notre crainte, et à conserver cette crainte qui modère notre joye, et, selon qu'on se sent trop emporter vers l'un, se pencher vers l'autre pour demeurer debout. Souvenez-vous des biens dans les jours d'affliction, et souvenez-vous de l'affliction dans les jours de réjouissance, dit l'Écriture *, jusqu'à ce que la promesse que Jésus-Christ nous a faite de rendre sa joye pleine en nous soit accomplie. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse, et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfactions qu'elle en remplit et l'entrée, et le progrès, et le couronnement. C'est une lumière si éclatante qu'elle