‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 22 sur 72 · XCV1I · texte numérisé non relu

XCV1I

Le yrai caractère du style épistolaire esl l'enjouement et L'urbanité,

XCY1II.

Le slyle familier est ennemi du nombre, et il faut rompre celui-ci pour que celui-là paraisse naturel.

C'est par les mots familiers que le style mord et pénètre dans le lecteur. C'est par eux que les grandes pensées ont cours et sont présumées de bon aloi , comme l'or et l'argent marqués d'une empreinte connue. Ils inspirent de la confiance pour celui qui s'en sert à rendre ses pensées plus sensibles ; car on reconnaît à un tel emploi de la langue commune, un homme qui sait la vie et les choses , et qui s'en tient rapproché. De plus, ces mots font le style franc. Ils annoncent que l'auteur s'est depuis longtemps nourri de la pensée ou du sentiment exprime', qu'il se les est tellement appropriés et rendus habituels , que les expressions les plus communes lui suffisent pour exprimer des idées devenues vulgaires en lui par une longue conception. Enfin , ce qu'on dit en paraît plus vrai; car rien n'est aussi clair, parmi les mots , que (eux qu'on nomme familiers , et la clarté est tellement un des carae-

tèrcs de la vérité, que souvent on la prend pour elle.

Les idiotismes semblent, par leur familiarité même , témoigner une plus grande sincérité. Ils plaisent parce qu'ils montrent encore plus l'homme que l'auteur. Mais ils doivent se placer dans le style , comme des plis dans une draperie; des largeurs autour d'eux peuvent seules les excuser.

Le style bour soufflé fait poche partout ; les pensées y sont peu attachées au sujet , et les paroles aux pensées. Il y a entre tout cela de l'air, du vide, ou trop d'espace. L'épitbète /tour sou/lé, appliquée au style, est une des plus hardies, mais des plus justes métaphores qu'on ait jamais hasardées. Aussi tout le monde L'entend , et personne ne s'en étonne. Le style enflé est autre chose. II a plus de consistance que l'autre, il est plus plein ; mais sa plénitude est difforme, ou du moins excessive. Il est trop gros, ou trop gras, ou même trop grand.

* Il est tel auteur qui commence par faire

sonner son style, pour qu'on puisse dire de lui : 11 a de l'or.

cm.

Il n'y a point de beau et bon style qui ne soit rempli de finesses , mais de finesses délicates. La délicatesse et la finesse sont seules les véritables indices du talent. Tout s'imite, la force, la gravité, la véhémence, la légèreté même ; mais la finesse et la délicatesse ne peuvent être longtemps contrefaites. Sans elles, un style sain n'annonce rien qu'un esprit droit.

ciy.

Ce n'est pas assez de faire entendre ce qu'on dit, il faut encore le faire voir: il faut que la mémoire, l'intelligence et l'imagination s'en accommodent également.

Si l'on veut rendre apparent ce qui esl 1resfin, il faut le colorer.

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