LXXXV1II
Mêlez, pour bien écrire, les métaphores trop vives à des métaphores éteintes, et les symétries marquées à des symétries effacées.
LXXXÏX.
Le style concis appartient à la réflexion. On moule ce qu'on dit , quand on l'a pensé fortement. Quand on ne songe pas , ou quand on songe peu à ce qu'on dit , l'élocution est coulante et n'a pas de forme ; ainsi ce qui est
naïf a île la grâce et manque de précision.
Concision ornée, beauté unique du style.
Ceux qui ne pensent jamais au delà de ce qu'ils disent , et qui ne voient jamais au delà de ce qu'ils pensent, ont le style très-décidé.
XCU.
Remarquez comme , dans la dispute , chacun donne à son opinion un tour sentencieux. C'est que, de toutes les formes du discours, c'est la plus solide. Elle répond à la forme carrée en architecture. Et comme, dans la dispute, chacun cherche à se fortifier, chacun asseoit son opinion de la manière que l'instinct lui indique cire la plus propre à résister à l'attaque. Quant aux choses d'une vérité reconnue, et qui n'ont à craindre aucune contradiction, aucune hostilité, si j'ose ainsi dire, on leur donne ordinairement une certaine rondeur, une expression à contours, forme qui réuni! la grâce à la solidité-, et la simplicité à la richesse. Or, dans le style, il
faut établir les vérités comme si elles étaient universellement reconnues.
* L'urbanité sérieuse est le caractère du style académique ; c'est le seul qui convienne à un homme de lettres , parlant à des hommes de lettres.
11 est un style livrier, qui sent le papier et non le monde, les auteurs et non le fond des choses.
XCY.
Le style oratoire a souvent les inconvénients de ces opéras dont la musique empêche d'entendre les paroles : ici les paroles empêchent de voir les pensées. Il entraîne celui qui écrit , et le fait se mentir à lui-même, comme il entraîne celui qui lit, et le dispose à se laisser tromper.
Défiez-vous des piperies du style.