CXXXII
Il n'est pas nécessaire qu'il y ait de l'amour dans un livre, pour nous charmer; mais il est nécessaire qu'il y ait beaucoup de tendresse.
Tu seras toujours contente de toi : voilà la récompense que les arts d'imitation doivent montrer à la vertu. Ce serait lui faire une promesse imprudente et menteuse que de lui dire :
Toujours tu seras contente du sort.
CttïV.
Hélas ! il faut , pour plaire aux peuples corrompus, leur peindre des passions désordonnées comme eux. Ces âmes, à qui leur désordre a rendu les grandes émotions néces saires, sont avides d excès, dans leur implacable faim. C'est ainsi que les hommes accoutumés à la crainte de la tempête, à l'espérance du calme, à tous les grands mouvements qu'apportent de longues et périlleuses navigations, ne goûtent plus le repos de la terre , et demandent sans cesse la mer et ses écueils , l'orage et ses horreurs.
Peignez au moins, dans les passions exclu sives et dominantes, le cri de la nature qu'elles tourmentent , et l'effort de l'àme qu'elles épuisent.
(WXYII.
Il n'y a pas eu un seul siècle littéraire dont le goûl dominant ne lui malade. Le suecès des auteurs excellents consiste à rendre agréable ;« des goûts malades des ouvrages sains.
CXXXVlH.
Un goût sûr est relui qui sait distinguer la matière de la forme, et séparer les vires de la forme de l'excellence du fond , les vices du fond de l'excellence de la forme.
Dans toutes les sortes d'ouvrages de goûï el de génie, la forme est la partie essentielle, <*i le fond n'est qu'un accessoire.
Les choses littéraires sont du domaine intellectuel ; en parler avec les passions de celui-ci est contraire à la convenance , aux pro portions, au bon esprit et au bon sens. Le zèle amer de certains critiques pour le bon goût, leurs indignations, leurs véhémences, leurs flammes sont ridicules; ils écrivenl sur les mots comme il n'est permis d'écrire que sur les mœurs. 11 faut traiter les choses de l'esprit avec l'esprit , et non avec le sang , la bile, les humeurs.
Où n'est pas l'agrément et quelque sérénité,
là ne sont plus les belles-lettres. Quelque aménité doit se trouver même dans la critique. Si elle en manque absolument , elle n'est plus littéraire.
GXLII.
La critique sans bonté trouble le goiïl ri empoisonne les saveurs.
ÇXLIII.
La critique est un exercice méthodique du discernement.
La connaissance des esprits est le cbarme de la critique ; le maintien des bonnes règles n'en est que le métier et la dernière utilité.
Les critiques de profession ne sauraient distinguer et apprécier ni les diamants bruts, ni l'or en barres. Ils sont marchands, et ne connaissent, en littérature, que les monnaies qui ont cours. Leur critique a des balances , un trébuche! ; mais elle n'a ni creuse!, ni pierre de louche.
' Certains critiques ressemblent assez à ces
gens qui, toutes les fois qu'ils veulent rire. monlront do vilaines dents.
Le goût est lu conscience littéraire de L'âme.
Le goût sert plus souvent de mesure au plaisir que do discernement do ee qui ost bien.
Que de gens, en littérature, ont l'oreille juste, et chantent faux !
" Le bon jugement en littérature est une tacuîté très-lente , et qui n'atteint que fort tard le dernier point do son accroissement.
L'homme raisonnable vont la solidité l'homme d'esprit l'apparence, l'homme de
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goût la saveur. La matière suffit à l'un, la forme à l'autre; il faut au dernier les délices et la salubrité.