CUV
Dans les moments d'émotion universelle, il n'est pas un seul homme qui n'ait (h\ goût. Voyez, aux spectacles, combien les Ames ('mues ont le tact rapide et le discernement exquis !
Le mauvais goût consiste à aimer ce qui n'est pas aimable, et le faux enthousiasme, à
s'enllammer pour ce qui naturellement n'en flamme point.
Lorsqu'il naît, dans une nation, un individu capable de produire une grande pensée , il en naît un autre capable de la comprendre
et de l'admirer.
CLVH.
Nous trouvons éloquent dans les livres , non-seulement tout ce qui augmente nos passions , mais aussi tout ee qui augmente nos opinions.
Les écrivains qui ont de l'influence ne sont que des hommes qui expriment parfaitement ce que les autres pensent, et qui réveillent dans les esprits des idées ou des sentiments qui tendaient à éclore. C'est dans le fond des esprits que sont les littératures.
CLÏX.
Ne réprouvons pas ce qui sort du bon goût, pour entrer dans le grand goût. L'esprit a parfois de grands traits, des mouvements, des eoups de maître qui ne dépendent pas de lui. Parfois se produisent de eertaines beautés d'i-
imagination ou de sentiment absolument nouvelles. On les remarque, elles étonnent, el leur nouveauté rend indécis; ou craindrai! , eu les approuvant, de hasarder sou jugement, de compromettre l'honneur de son opinion ; on n'ose donc les goûter, et on laisse l'épreuve se faire. Puis on est lout étonné, un jour, longtemps après qu'on les a vues pour la première fois, de se sentir charmé et subjugué* par elles. C'est qu'il y a, dans les beautés littéraires, quelque chose qui vient du eiel, et qui échappe aux efforts des hommes, quand ils veulenl le dépriser.
* I/exception est de l'art aussi bien que la règle. L'une en défend el l'autre en étend I*' domaine.
Quand on se souvient d'un beau vers, d'un beau mot , d'une belle phrase , on les voit (levant soi , et les yeux semblent les suivre dans l'espace. Un passage vulgaire, au contraire, ne se détache point du livre où on Ta lu, ci c'esf là que la mémoire !<■ voit d'abord, quand on
le cite.
La mémoire n'aimé que ce qui est excellent.
Le je ne sais quoi, en littérature , se moule à chaque esprit , à chaque goût ; c'est comme un mets exquis, où se trouvent réunies toutes les sortes de saveurs , et qui se change , au goût de ceux qui s'en nourrissent, en l'aliment que chacun d'eux préfère.