CLXX
Il résulte de tous les ouvrages bien faite une sorte de forme incorporelle, qui s'attache aisément à la mémoire.
Ce ne sont pas les opinions des auteurs, el
l;i pailie de leurs doctrines qu'on peut appe 1er des assertions , qui instruisent et nourrissent le plus l'esprit. Il y a, dans la lecture des grands écrivains , un suc invisible et caché ; c'est je ne sais quel fluide inassignable, un sel, un principe subtil plus nourricier que tout le reste.
11 est des poëmes et des tableaux où il n'y a pas précisément une belle poésie et une belle peinture, mais ils en donnent l'idée, et tout ce qui donne l'idée du beau charme l'esprit. On rencontre dans l'art et dans la nature, des individus et des ouvrages qui plaisent plus qu'eux-mêmes, en quelque sorte , parce qu'ils appartiennent visiblement à un beau genre; c'est l'espèce alors qui , belle par elle-même , embellit seule la personne ou la chose qui en est empreinte. Anacharsis, par exemple, donne l'idée d'un beau livre et ne l'est pas. Racine et Fénelon eux-mêmes donnent de leur génie ou de leur âme une idée supérieure à ce qu'ils en laissent voir.
H est des livres où l'on respire un air exquis.
Quand ou lit un ouvrage bien fait, il y a toujours dans l'esprit une netteté de plus , ne lïït-ce que par Vidée ou le souvenir que l'on en garde.
* 11 faut, si l'on veut lire avec fruit, rendre son attention tellement ferme qu'elle voie les idées comme les yeux voient les corps.
Entré l'estime et le mépris , il y a, dans la littérature, un chemin tout bordé de succès sans gloire, qu'on obtient aussi sans mérite.
CLXXY1I.
Peu de livres peuvent plaire toute la vie. Il y en a dont on se dégoûte avec le temps, la sagesse ou le bon sens.