‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 43 sur 72 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

La vogue des livres dépend du goût des siècles. Même ce qui est ancien est exposé aux variations de la mode. Corneille et Racine, Virgile ei Lucain , Sénèque el Cicéron, Tacite

H Tite-Live, Aristote et Platon, a'onl eu la

palme que tour à tour. Que dis-je ? Dans la même vie, selon les âges, dans la même année, selon les saisons, et quelquefois dans le même jour, selon les heures , nous préférons un livre à l'autre, un style à un autre style, un esprit à un autre esprit.

* Le talent va où est la voix de la louange : c'est la syrène qui l'égaré.

L'esprit, dans nos ouvrages, s'évapore en passant à travers les siècles : il n'y a que ce qu'ils ont de vrai suc et de solidement substantiel qui puisse subsister longtemps. C'est là ce qui fait que les premières générations les recommandent aux suivantes, et que celles-ci s'accoutument successivement à les transmettre comme à les recevoir. Le mérite passé de nos livres leur lait, jusqu'à la fin, un bien présent.

L'esprit humain a, dans tous les siècles, 1rs mêmes forées, mais non pas la même indus-

trie, ni d'aussi heureuses directions. Il est des siècles où règne une température qui lui est plus favorable et lui fait produire de plus beaux fruits.

11 faut entrer dans les idées des autres, si l'on veut retirer quelque profit des conversations et des livres. Quand il y a , dans un ouvrage dogmatique, des clartés qui pourront nous plaire , il importe de souffrir les obscurités préliminaires qui pourraient nous rebuter.

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