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L'esprit humain doif à la religion ee qu'il v a de plus élémentaire <'t de plus pur dans
les expressions de la nature morale , je veux dire le sentiment de la maternité unie à la virginité : idée inconnue à l'art ancien , qui n'en a point traité où fussent exigées autant de délicatesse et de retenue ; idée où l'art moderne, épuisant toutes les beautés , sous les pinceaux de Raphaël, a peut-être surpassé toutes les merveilles précédentes.
Quand le peintre veut représenter un événement, il ne saurait mettre en scène un trop grand nombre de personnages; mais il n'en saurait employer trop peu, quand il ne veut exprimer qu'une passion.
Les sculpteurs et les peintres ne nous montrent guère que des corps inhabités. Les plus habiles, comme Gérard, prennent la vie pour dernier but , et ne font que des corps vivants. Et pourtant, il ne suffit pas même, pour atteindre l'objet de l'art, qu'un personnage semble animé d'une passion : il faut une passion où l'âme participe. Tout peintre et tout statuaire qui ne sait pas montrer, dans toutes ses ligures, l'immatérialité et l'immortalité
tle l'àiue , ne produit rien qui soit vraiment
beau.
C'est une si belle chose que la lumière , que Rembrandt, presque avec ce seul moyen, a fait des tableaux admirables. On ne conçoit point de rayons et d'obscurité qui appellent plus puissamment les regards. Il n'a , le plus souvent , représenté qu'une nature triviale , et cependant on ne regarde pas ses tableaux sans gravité et sans respect. Il se fait, à leur aspect, une sorte de clarté1 dans l'âme, qui la réjouit, la satisfait et la charme. Ils causent à l'imagination une sensation analogue à celle (jue produiraient les plus purs rayons du jour, admis, pour la première fois, dans les yeux ravis d'un homme enfermé jusque-là dans les ténèbres. Dans ses belles figures, comme son Rabbi, la lumière, il est vrai, n'est plus l'objet principal dont l'imagination soit occupée : mais elle est encore le principal moyen employé par l'artiste pour rendre le sujet frappant. C'est elle qui dessine ces iraiis, ces cheveux, criic barbe , ces rides et ces sillons qu'a creusés le lemps. Ce que Rembrandt a fait avec le clair-obscur, Rubens l'a fait avec Pincar-
nat. Rubensa régné par les couleurs, comme
Rembrandt par la lumière. L'un savait rendre tout éclatant, l'autre tout illuminer; l'un est splendide, l'autre est magique; et si Pâme n'est pas toujours charmée par eux , l'œil huniain leur doit, du moins, ses pins brillantes illusions.
Pour qu'un groupe se forme et soit réel à l'œil , il faut qu'il y ait une liaison entre le mouvement de chaque figure et de celle qui la suit; que les attitudes des personnages s'enchaînent l'une à l'autre ; qu'il y ait dans les caractères de leur couleur, de leurs traits ou de leurs expressions , une gradation bien ménagée et des nuances qui se fondent; que l'esprit, aussi bien que l'œil, les embrasse d'un seul regard, et qu'enfin, suivant qu'il y a dans le tableau un seul ou plusieurs groupes, les personnages forment une seule ou plusieurs unités bien distinctes et dont le souvenir soit facile. Dans le Délisaire, la femme, l'enfant et le vieillard groupent parfaitement; mais le soldat ne groupe ni avec eux, ni avec les personnages peints dans le lointain, ni avec le lieu, ni, pour ainsi dire, avec
lui-même. Pour qu'une ligure groupe avec elle-même, en effet, il faut qu'elle ait une vérité d'expression comme de conformation, qui la replie sur son propre individu, et lui donne un mérite absolu , indépendant. C'est ce que celle-ci n'a aucunement; son attitude et son expression sont fausses et mentent à la nature encore plus qu'au sujet. C'est peutêtre par la même raison qu'elle ne groupe pas avec le lieu. Je me propose de l'examiner ailleurs.