VI
L'intelligence doit produire des effets semblables à elle, c'est-à-dire des sentiments et des idées, et les arts doivent prétendre aux effets de l'intelligence. Artiste! si tu ne causes que des sensations, que fais-tu avec ton art , qu'une prostituée avec son métier, et le bourreau avec le sien, ne puissent faire aussi bien que toi ? S'il n'y a que du corps dans ton œuvre, et qu'elle ne parle qu'aux sens, tu n'es qu'un ouvrier sans âme , et n'as d'habile que les mains.
A l'exception de quelques représentations , où la médiocrité suffit à l'usage , comme dans les tableaux d'église, par exemple, tout le reste
est inutile dans les ails y si le beau suprême ne s'y trouve pas,
Le vrai commun^ ou purement réel, ne peut être Tobjet des arts. L'illusion sur un fond vrai , voilà le secret des beaux-arls.
Il y a dans l'art beaucoup de beautés qui ne deviennent naturelles qu'à force d'art.
Il faut bannir des arts tout ce qui est rigoureusement appréciable , et pourrait être aisément contrefait; on ne veut pas y voir trop clairement d'où viennent les impressions. La naïade y doit cacher son urne ; le Nil y doit cacher ses sources.
Un ouvrage de l'art doit être un être, et non une chose arbitraire. Il doit avoir ses proportions , son caractère et sa nature ; un commencement , un milieu , des accessoires et une lin. Il faut qu'on y distingue un tronc, des membres , une statue , une personnalité enfin.
Dans une œuvre de Tart^ quelle qu'elle soit^ la symétrie apparente ou cachée esl le fondement visible ou secret du plaisir que nous éprouvons* Tout ce qui est composé a besoin de quelque répétition dans ses par* ties, pour être bien compris, bien retenu par la mémoire, et pour nous paraître un tout. Dans toute symétrie, il y a un milieu; or, tout milieu est le nœud d'une répétition, c'est-à-dire, de deux extrémités semblables.
Les belles lignes sont le fond^nent de toute beauté. Il est des arts où il but qu'elles soient visibles, comme l'architecture, qui se contente de les parer. Il en est d'autres , comme la statuaire, où l'on doit les déguiser avec soin. Dans la peinture, elles sont toujours suflisamment voilées par les couleurs. La nature les cache, les enfonce et les recouvre dans les êtres vivants. Ceux-ci , pour être beaux , doivent peu montrer leurs lignes , car le squelette est dans les lignes , et la vie dans les contours.
Cherchez dans les arts cette ligne de vie et de beauté, qui, même en n'y exprimant rien, embellit les corps qu'elle embrasse et les surfaces qu'elle parcourt. Elle doit se dérouler, sans se briser , dans notre tête ; mais il n'est pas possible à la main de la tracer sans s'interrompre et s'y reprendre à plusieurs fois.
L'élégance vient de la clarté dans les formes , qui les rend fociles à saisir, et même faciles à compter.
Être naturel dans les arts , c'est être sincère.