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Les anciens disaient qu'un discours trop orné n'avait pas de mœurs, c'est-à-dire n'exprimait pas le caractère et les inclinations de ^ celui qui parlait. Toutes nos rechercbes , en effet, ne peuvent montrer que nos richesses, notre art, nos habitudes litU'raires.
Les Grecs se plaisaient à parler leur langue , et à la sentir couler ou sous leur plume
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ou (le leur l)oiulic ; ollo los clmrmail. C'est que leur langue élail aisée; et elle était aisée, parce que les constructions élégantes y étaient triviales ; le peuple et les auteurs la parlaient avec la même pureté. Aussi les allusions aux proverbes populaires sont -elles fréquentes dans les écrivains les plus polis; Platon en est plein. Or, les allusions sont ce qui donne le plus de magie au style et d'amusement à l'esprit. Il s'y égaie, s'y délasse et s'y ranime. En France, nous avons dit que les maximes étaient les proverbes des honnêtes gens. A Athènes, les maximes des honnêtes gens et les proverbes de la halle étaient une même chose.
Le rhythme s'opère par des cadences, comme l'harmonie par des sons. C'étaient des cadences et non des sons, du rhylhmc et non de l'harmonie, qu'opéraient les accents et la mesure des syllabes longues ou brèves, dans la langue des Grecs et des Latins.
Les Ijitins s'écoutaient parh'r, cl les (irecs
4o;i se regardaient dire, car ils voulaient (iiie leurs paroles ressemblassent à leuis pensées. Les premiers aspiraient au nombie , à la pompe , à la dignité, à l'élocpience; les seconds à la clarté et à la grâce.
Il y a de la rudesse dans les Latins. Lne modération noble et de bon goût distingue "r les Grecs, et surtout les Alliéniens.
Ces fiers Romains avaient une oreille dure, et qu'il fallait caresser longtemps, pour la disposer à écouter les belles choses. De là ce style oratoire qu'on trouve même dans leurs | plus sages historiens. Les Grecs, au contraii-e, étaient doués d'organes parfaits , faciles à mettre enjeu, et qu'il ne fallait qu'atteindre pour ' les émouvoir. Aussi, la plus simple parure suffisait à une pensée élégante, pour leur | plaire, et la vérité pure les satisfaisait dans les descriptions. Ils observaient surtout la maxi- •, me : Bien de trop. Beaucoup de choix et de \ netteté dans les pensées ; des paroles assor- ^ ties et belles de leur propre harmonie; enfin, la sobiiété nécessaire i)oui' (jue rien ne reliu-
dût une impression , forment le caractère de leur bonne liltéralure. Ce n'est que chez les Grecs gâtés par la vie romaine, que vous trouverez cette abondance de discours opposée à la pureté. Jamais une expression oratoire ne se présente dans leurs meilleurs historiens; et l'éloquence, dans leurs gi-ands orateurs, est plus voisine de l'histoire que, dans leurs bons conteurs , l'histoire n'est voisine de l'éloquence.
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* Les anciens , dans leurs compositions , avaient l'esprit plus à l'aise que nous. Ils n'étaient pas embarrassés de mille égards auxquels nous sommes forcés envers une foule d'ouvrages que nos lecteui's connaissent, et que nous ne pouvons nous dispenser de combattre ou de rappeler perpétuellement. Obligés ainsi de nous tenir enharmonie ou de nous mettre en désaccord avec tous les livres qui existent, nous faisons notre partie au sein delà cacophonie; eux chantaient en paix leur solo.
C'est surtout (Ui langage des anciens rpi'il i faut être scrutateur studieux.
Les livres des anciens sont une encyclopédie de style, où l'on trouve en exemples l'art de tout dire avec délicatesse , avec bon goût , avec beauté; car ils parlent de tout avec un accent doux et un beau langage. Leurs ouvrages, même les médiocres, sont tous empreints d'un beau type. Ils n'avaient pas plus de génie que nous , mais leur art valait mieux que le nôtre; il y avait dans leur pays un meilleur goût, et ils avaient hérité d'habitudes meilleures.
Il est oratoire d'employer dans le discours l'autorité des anciens, et moral de la respecter. La philosophie qui s'en sert dans ses raisonnements est plus douce, plus persuasive et plus propre à rendre meilleur. * Un esprit de sagesse s'exhale de la lecture des anciens , et pénètre l'àme ravie.