‹ Pensées et notes critiques extraites du journal des mes voyages dans l'empire du sultan de Constantinople, dans les provinces russes géorgiennes et tartares du Caucase et dans le royaume de PerseChapitre 4 sur 4 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

— SWi

HOTBS.

NOTE r« (tome i*spage 2a:J.

La variété de dos langues, de nos alphabets et de nos ortho^apbtt est cause d'une confusion fort triste, dont le tort principal est de séparer les hommes en une multitude de sociétés hostiles.

Cest un fait qui peut paraître étonnant que , pour ne pas parier ia même langue, les peuples soient disposés à se témoigner oioitt de bienveillance réciproque ; mais, d'abord, le fait est incontestaUe, et puis^ en y réfléchissant, il s'explique d'une manière naturelle. Eo effet, deux hommes ou deux peuples, ou deux autres êtres, de quelque espèce que soient ces êtres, se conviennent d'autant mieux qu'ils ont plus de qualités communes; or, si on remarque que les instraments de l'intelligence, qu'on appelle les langues, sont Jes moyeas dont nous nous servons pour faire mutuellement et de génératiOB ea génération notre éducation sociale, il faut bien avouer que les diflërences de ces instruments peuvent exercer une influence des plus décisives sur l'état présent de nos sociétés, et conséquemmeot w ks rapports intellectuels et moraux qui sont entre elles, d'où résnltcol leurs sympathies et leurs haines involontaires.

Qu'importe que le télégraphe transmette l'expression de nos pea* sées avec toute la vitesse que le cerveau met ii les conceroir ; quloiporte que la machine è vapeur nous lance nous-mêmes sur des roules de fer ou sur la surface des océans avec la rapidité d'un signe télégraphique, si la différence de nos langues rend inutiles ces sublinesef* forts de l'industrie? — N'est-il pas étrange que l'on songe è rasseoliler des capitaux par centaines de millions, que l'on s'empresse à ptroer des montagnes, à niveler les plus longues routes et à achefar des travaux d'art immenses, pour faire voyager un ballot, et puis quefoa néglige d*étaMir entre l«s hommes des relations plus générales^ <^ doa

moins utiles» proiiablaineoly sans qu'il en coûte rien qu'un effort de volonté ? Il y a dans ce contraste quelque chose de très^bumiliant pour la raison humaine et pour les académies qui U représentent ; car c'est à elles qii^appartient Tinitiative des idées grandes et généreuses, et elles ont souffert que nos relations, fondées sur rintelligence, devinssent, par hasard, Tœuvre des banquiers, et le résultat secondaire d'une spéculaliop de bourse où d'abord eljes n'étaient comptées pour rien.

Tout pareils, comme nous le sommes, par l'organisation et par les besoins qui en dérivent, ne devrions nous pas adopter enfin la même langue parlée et la même langue écrite? Gel açt;ord serait le premier pas considérable fait vers l'union pacifique des peuples.

Nous ayons admis dans notre dictionnaire moderne une foule de mots altérés d'une façon qui n'est pas tolérable. Les uns ont une racine étrangère et les autres ont une origine française. L'altération des premiers est souvent provenue ou de ce que nous avons emprunté k une langue l'orthographe de ses mots, sans en conserver la manière de les lire, ou bien encore de ce que nous manquons de signes alphabétiques pour figurer la prononciation. A Fégard des langues turque et arabe en particulier, les Italiens nous ont fait écrire par u le son de l'oi», dans les mots de l'Asie que nous avons reçus d'eui, et l'orthographe des Anglais, combinée avec notre manière habituelle de lire, nous a fait fausser la prononciation d'une infinité de noms propres d'hommes et de villes. Nous en avons nous-mêmes spontanément dénaturé beaucoup, et nous avons souvent adopté quelques gros barbar rismes, tels que les noms communs de caravane, janissaire, odalisque, iman, etc., que les Turcs prononcent kervan, iéni-ser, odalik, etc. — Une langue nouvelle et universelle peut seule remédier à tous ces désordres.

Mais, du moins, les langues, telles qu'elles sont faites, pourraient èlre simplifiées et rendues plus faciles. L'usage a eu des caprices qui (fiai subjugué le bon sens des vieux peuples, mais la raison éclairée de notre siècle doit être capable de dompter ce tyran des langues, et de réformer les règles qu'il a confondues et compliquées. L'Académie des lettres rendrait k notre pays les services les plus utiles si elle se regardait comme instituée pour cet objet important plutôt que pour l'office mesquin de proclamer la loi de l'usage à mesure que notre langue la subit.

Par exemple j c'est un embarras de déterminer le genre gramma*

lical des choses qui n'ont pas de sexe. Pour ces cas-là, plusieurs lan* gués ont une classe particulière, appelée neutre; mais, en français, il n'y a pas de genre neutre, et les êtres privés de la vie animale sont forcément ou masculins ou féminins. Eh bien, cette difficulté, qu^aucune règle actuelle ne peut prévenir, une convention très-simple, et n'ayant rien que de fort légitime, la résoudrait à l'instant : il suffirait de convenir que les noms des choses dites inanimées seront des deux genres à la fois (ce qui reviendrait à faire une règle générale de quelques exceptions que l'on connaît è l'usage aujourd'hui reçu}. Ce serait à l'Académie de faire une déclaration semblable, et aux grands ôcrivains d'en oser les premières applications.

Dans un sujet d'étude h peu près nouveau, comme en un pays à peu près inexploré, les dé<*ouvertes doivent être faciles. Si donc il en est que je m'attribue dnns le projet d'édilier une langue unlverseile, il ne m'est pas permis de m'en faire un mérite ; cependant les vérités générales que j'ai aperçues en cette matière me paraissent assex importantes pour que j'y attache quelque prix. Toutefois, comme je traiterai plus tard les questions principales de ce sujet, je ne dois eo parler ici que pour arriver rationnellement à l'objet spécial de la présente note.

Je démontrerai, en traitant de l'expression des idées, que, pour créer nouvellement une langue complète, il faudrait d'abord faire un partage essentiel de toutes nos idées en deux groupes, dont Pun serait le domaine de la langue familière de la conversation, langue universelle dans toute la rigueur du sr^ns de ce mot, puisqu'elle serait en rapport avec les besoins que l'organisation de notre corps et rorgaotsation de nos sociétés rendent communs à tous les hommes; et l'autre, décomposable en groupes secondaires, donnerait naissance à une multitude de langues techniques, que le progrès de l'écrit humain pourrait multiplier avec les siècles, sans limite connue.

Dans mon opinion, que je motiverai ailleurs, les dictionnaires de toutes ces langues devraient comjircndre des mots identiquement les mêmes, et revêtus, successivement, d'une idée toute nouvelle, en rapport avec l'objet de la science spéciale qui l'emploie. Ces acceptîoos différentes du même mot, admises d'après des analogies plus uo moins évidentes, ne sont pas rares en français ni en d'autres langues. Il est entendu que l'étude des transformations du sens des mots. îi laquelle fc trouverait réduite l'ctudc des dictionnaires de la langue

complèle, serait d'ailleurs facililée ici le plus possible , en groupant les idées de chaque science autour de ses principes fondamentaux, suivant certains rapports philosophiques » que les mois sont propres h représenter par des combinaisons de lettres et de sons qui les divisent eux-mêmes en familles naturelles.

En étudiant le beau problème de Tédiâcation d'une langue nouvelle, usuelle et scientifique, sous la condition que cette langue soit régulière et sans exception aucune à des règles faciles et peu nombreuses de lecture et de grammaire, qu'elle soit sans cesse à la hauteur des besoins de l'esprit humain, et que, pour cela, ses dictionnaires soient extensibles à proportion du développement que prennent toutes nos connaissances, en étudiant enfin cet important problème dans sa plus grande généralité, je me suis aperçu que l'idée complexe que nous avons de beaucoup de choses comprend une idée arithmétique qui les classe dans notre mémoire par séries ordinales. En consé(jueoçe, Texpression, parlée ou écrite, la plus juste et la plus simple que l'on puisse trouver pour ces choses-là, est une expression arithmétique , et , comme il est deux manières d'assembler deux lettres dans une syllabe composée d'une voyelle et d'une consonne (seule combinaison qu'on doive admettre pour que la lecture ne soit jamais douteuse), il est naturel d'adopter Fune de ces manières pour les nombres abstraits et les idées numériques concrètes , et de réserver l'autre mode pour tous les aub'es mots de la langue. Les noms de la parenté et les rapports généalogiques appartiennent évidemment h la première de ces deux catégories.

A l'heure présente , il n'est , je crois, personne encore qui ait remarqué tout cela, et persoiroe, par conséquent, qui fasse attention à un fait que tout le monde voit cependant, et que je suis peut-être seul k regarder. Je veux parier de l'influence obligée des nombres, qui perce, je dirai, presque malgré les classificateurs, dans les classements de choses semblables ou analogues qu'ils font journellement ; 'car, en eiïel, la nomenclature des nombres s'y montre toujours un peu, malgré le voile des dénominations arbitraires qu'ils imaginent. Je vois donc le fait philologique que j'ai énoncé se confirmant ainsi de plus en plu<, et j'observe avec un vif intérêt comment une vérité méconnue de Ions peut se faire jour spontanément et briller bientôt ju$(]u'li aveugler c^ux qui oseraient U nier. Pour ne citer que des faits

bien coimus cl vulgaires, oe voyons^aous pas chaque J«ur pitêcrw des numérotages ? Et qu'est-ce que numéralsr, si ce u*eel oMunor numériquement les maisons, les lanternes publiques, les candélabres, les tuyaux de distribution de Tesu et du gas^ les arbres qui déoorem les promenades, les bornes le long des roules, les rsgislres daas les bureaux d'administration, les régiments dans l'armée, les compagavrs dans chaque régiment et les soldits dans chaque corps, enfin les per* sonnes et les choses formant des groupes, et ces groupes eux-nèmes qnand ils s^unisseot?

Mais, encore une fois, il ne doit être question ici que de U maniire de figurer la filiation par le langage, et d'exprimer les ternes de la parenté. Reprenons l'exemple familier d'un tronc d'arbre qui se développe en branches successrres.

Donnons les dénominations numériques i, 2, a> 4, 6, 6, etc. , à chacune des branches |irimitives du tronc , on obsenrant un cerlaia ordre, par exemple celui de leur âge, supposé connu.

La branche i est elle-même l'origine de beaucoup de branches du second ordre. Ces branches porteronl, par rapport k elle, les nosM successifs d'une nouTcUe série des nombres i, 2» 3, etc., et on aura leurs noms par rapport au tronc primitif, en faisant précéder chaque terme de cette série du nom i, caractéristique de la lirandie du premier ordre qui les a fournies.

La branche 2 du premier ordre donne pareiliement naiBsanw à des branches du second ordre, ayant aussi deux sortes de dénomioatims: l'une simple et Urée de la suite naturelle des nombres t, 2, a, 4, etc., l'autre composée, et unissant à ce nom numérique le nom de la souche, qui est 2. La série de ces dernières dénominations est alors 2i, 22, 23, 24, etc.

Sans entrer plus a?am dans ces détatts, on comprendra que chaque branche du second ordre aura des noms formés sur les modèles qui précèdent, et, en n'ayant égard qu'aux noms composés, on (ormeia sans difficulté, pour les branches de cet ordre-là, les suites que voiei :

31, 32, 83, 34, etc.

41, 42, 48, 44, etc.

etCv.a».

Passant aux branches des ordres suivants, on aurait de même des poms qui se composeraient de plus en plus, en sVIevant «lans tes or*

dres ou en s'éloigiMDt du trône. On anrait, par exemple, pour 1rs branehti du troniènie ordre, des noms tels que

iliy us, lis, 114, etc.

121, 1», 123, 124, etc.

etc

ou 211, 212, 218, 214, elc.

221, 222, 223, 224, etc.

etc

ou 311, 312, 313, 314, etc.

etc., etc

eic. ...

où chaque cbi£Ei^ indique le rang du générateur qui correspond à Tordre de ce chiffre; en sorte que le nooi composé d'un rameau est un indice généalogique parfoit, dont Tinspeclion permet de suirro tous les détails de la ûliation, en remontant du rameau jusqu^au tronc.

Par exemple, Tindice étant supposé du troisième ordre, et tel que 4&3, ces trois chiffres dénominatifs font image dans l'esprit, et ils expriment clairement que le rameau nommé de la sorte fient d'une branche du premier ordre, qui était la quatrième de cet ordre, et, plus immédiatement, de la cinquième branche du second ordre ; qu'enfin lui-même occupe la troisième place entre ses analogues, qui sont des branches du troisième ordre.

Cette notation peut recevoir une infinité d'applications utiles, comme dans le classement pbiloso|ihique des matières d'un livre , lorsqu'il s'agit de génération des idées, ou dans le classement des familles, lorsqu'il s'agit de génération des hommes ou des peuples, etc. (1).

Ainsi, pour se faire une idée précise des rapports de parenté qui existent entre deux hommes dont les arbres généalogiques ont des pohils de rencontre en une branche, il suffirait de rapprocher les indices de leur filiation et de comparer les nombres qui composent ces indices dans ce qu'ils ont de différent. Cela est facile à saisir, et il est à peine nécessaire d'insister. Par exemple, le rajiport de deux nombres tels que i et 21, correspondant à deux générations qui se sui-

( •) Lat divisions des n^rfs et les embranchements des vais^eaut .in.-i- I omiif ues se prêtent avec une grande facilite ii rappHcation d*tine pareille nomcDclaturr.

veot , convient à la pareulé d'oncle et neveu; celui de 21 et 21 est b formule des relations naturelles de deux frères; les deux nombres Si i et 221 précisent une des formes du rapport de eoaiios germains , et ainsi de suite pour les autres degrés de la famille.

NOTE 2« (tome 1", page 438).

On lit dans une histoire nationale de la Perse qu^un roi très-oomio , de la famille d*Arcbak, que nous nommons les Arsacides, s'éCaoC emparé d'une ville syrienne, en Gt sortir tous les habitants, qu'il amena captifs sur les bords du Tigre. Là, il avait fait préparer pour eui, à Tavancc, une ville nouvelle si exactement conforme h celle qu*il avait été conquérir, que ses prisonniers crurent y reconnaître leurs propres maisons, et qu'il leur parut que le sol même de la patrie les avait accompagnés sous un autre ciel et sous d'autres lois. Vrai ou faux, ce fait, de quelque manière qu'on le reçoive, nfa suggéré les réflexions suivantes.

Il est deux conditions particulièrement nécessaires pour faire approuver toutes les conclusions d^un discours quelconque : Tone, que les objets physiques ou métaphysiques qui servent de base à nos raisonuementsaflectent nos auditeurs et nous-mêmes d^one façon tonte semhlablc, et l'autre que les mots qui représentent nos idées aient rigou* reusement la même valeur pour tous.

A regard de la première condition, chacun sait combien les divergences de nos sensations et de nos sentiments peuvent être considérables ; on sait, par exemple, que Téiat accidentel et variable de la santé, ou Tinfluence constante d'une constitution particulière, nous induire i prononcer différemment sur les qualités des parce que nous ressentons autrement les impressions qui noos en I eviennent ; on sait enfm qu^nn certain état organique acquis ou oott« génial peut faire que notre jugement soit souvent en opposition avec c^lui du plus grand nombre , ce qui est ordinairement le signe d*un défaut de rectitude dans Tesprit, et quelquefois, au contraire, la preuve d'une intelligence rare et supérieure.

L.a seconde condition exigée n'est peut-être pas moins difficile à (»btcnir. En effet, les mots de toutes les langues ont souvent unectr» tiiine latitude d'expression qui empêche qu*on raisonne toujours sur des idées identiques. La difficulté de faire que chacun s*a|ipropne le

sens des mou , en le précisant d'une manière semblable , est cause de beaucoup de querelles entre nous> querelles animées et de bonne foi, qui paraissom d^abord embrasser la nature des choses et reposer sur un fond substantiel, et qui s'évanouissent en6n, tout à coup, eu une dispute de mots extrêmement frivole. Il est diffid le, il est peut-être même impossible, vu la manière dont nous acquérons la connaissance de la plupart des mots de nos langues mal faites^ et dont nous groupons dans la mémoire les idées qu'ils représentent, que le résultat de l'action arbitraire de notre esprit et sur la vraie valeur des mots ou sur l'extension qu'on leur donne, ne s'aperçoive pas dans l'emploi que nous en faisons.

Cet arbitraire se retrouve dans les nomenclatures; mais là, il se montre surtout dans le classement que la mémoire établit entre une infinité de mots sans liaison, à mesure qu'elle les recueille. Que cette faculté observe une certaine loi, pour l'accomplissement du service qu'on attend d'elle^ cela n'est point douteux ; mais il est certain aussi que le principe plus ou moins compliqué qui la guide est différent d'une personne à une autre, et qu'il dépend, par exemple, des connaissances que chacun a antérieurement acquises. 11 suit de lii qu'un mot de nomenclature ne rappelle pas toujours sûrement et vivement, comme il le faudrait, l'idée complète qui s'y rattache, et que celui qui parle, et qui a des artifices de mémoire et un classement particuliers, ne peut pas se promettre de réveiller dans l'organe pensant de son interlocuteur une idée qui soit tout à fait identique à la sienne.

n serait pourtant facile de poser des principes qui rendraient toute pareille la distribution que nos cerveaux semblables devraient faire des noms de nomenclature et des idées qu'on leur associe. Ces principes, je les indiquerai dès à présent pour l'histoire naturelle, par exemple, en disant que je suppose les groupes des êtres divers de la nature rapprochés plus ou moins, selon l'affinité de l'organisation et de la vie de leurs espèces, et occupant, en conséquence, les compartiments distincts d'un cube divisé et subdivisé, autant que de besoin, en cubes plus petits, qui recevraient des noms numériques. Cette construction idéale étant transportée dans la partie de noire eerveau à laquelle est confiée la fonction de la mémoire, on verrait, dans ses cases transparentes, les idées de la science classées d'une manière corrélative aux principes de la nomenclature. L'image des rapports naturels des êtres serait alors d<ins la pensée de tous ceux qui en

étudient la scioice, et «Ut y sérail peiile d'une manière seraiMaMe. Enfin, à Taide de cette oooetriiclîon géemétnqne, la mémoire de la localité aiderait à graver plus vite dtnt Fesjpril toulia iet ootioni m* portantes, en oéoie tempe que la acienee Taise des dénomnalio» arbitraires en serait rejetée «ree le fatras des syii— jiiuies.

C'est alors que celui qui disserte et qui, pour se faire compreodre, cherche k pénétrer en quelque série daue Tintelligeaeede ses audUeura. saurait justement où s'adresser ; il eieraerait au dehors de loi-oième Paction qu'il aurait produite au dedans, et il nssembleraii à rhab»* tant des bords de TOronle, qui retrouve la copie du plan de sa nRe sur les rives du Tigre.

NOT£ S* (tome f, page ISI).

Les savants qui s'occupent de la physique de la terre, et, parmi eux , les géographes surtout, ont déplacé et élargi peu h peu les limites de leur siqet, tellement qu'ils y ont compris fattivenalité des connaîssaDces humaines. — * A la vérité , le monde n^olfrant ancmie dîvisîoa dans ses parties, et les éludes diverses de la nature n*étant que des manières différentes de considérer le même ensemble, les sciences qui s^y rapportent ne peuvent avoir que des bornes Incertaines.

Li géographie, réduite à ses élémenU andens, qui forment le noyau du domaine considérable qu*oo lui a récerameaC assigné, est une scicMS qui a pour objet la forme du glohe, les habitations dont il est semé, la végélalian qui couvre m eurface, les changemenu que l'homme lui bit subir, etc.

Cette scienœ fait umge d'une nomenclature (\m est nécesaairment foit étfindiie. Or il eal aisé de prévoir dans quels embarras mux qui l'étudient seront enfin jetés si, au iie« de retire celle nomencisture difficile «I conAise, on ahan'Ionne toujours It formation des noms de lieux eu eaprioe des hommes, des événements, et du «emps. Je m'étonne qu'un sujet aussi grave n'éveille pes l'attention des géographes. Moi, qui m*en préoccupe, et qui m'aflfige de la muitiplirlié des tangues et de tours déteits, j'ai écrit eetl« note dans le doéMe but de rUre là crilîque dea nome usités m géographie, oc d1ndh|u#r lidée d'uae nomenclature nouvelle.

Nous lemmes généralement enclins à confondre la science des chonss avec ta comaissanoe des mots : cela est vrai, surtout en géo-

gfipbie. n faul rwiTenar c» maanit ordre, «I eorriger les dëneminalioiiB des lieux de la terre, qui sont aiQou'tt'boi reçues; il faut remettre au premier rang les idées, qui sont le fond des eounaissaiioes géographiques, et leur rattacher les roots doot elles oot besoin comme un accessoire utile et non pas comme un auxiliaire embarrassani, capable d'absorber seul toutes les facultés de notn esprit. Dans le projet dont je vais donner Tesquisse, je me suis efforcé de substituer à un assemblage de noms qui n'étaient soumis à aucune loi une nomeodature régulière, qui n'exigeât qu^un effort médiocre de mémoire, et de trouver un principe qui fournit uniformément, et sans limite, tous les noms dont la sdenee peut atoir besoin.

Une nomenelalups créée sous la eonditioo de pareils avantages ne peut être que numérique, et la plus simple, qui est la suite naturelle des noms de nombre, doit être évidemment cbAisie. Il s^agit de montrer de quelle manière on peut Fintroduire dans le dénombrement des villes.

S*il s'agissait seulement de trouver des dénoniinalions exactes et précises, il suflirait de copier le procédé mathématique par lequel les astronomes fixent la position d'un point sur la sorllMe des deux ; mais il tet, de plus, prendre en considération la DÉblesse de notre mé* moire, et alors il est indispensable d'employer avec art cette méthode rigoureuse d'appellation, et de l'assujettir à nos moyens, que la nature n'a pas faits assex grands pour embrasser toutes ses œuvres à la fois.

Supposons la surlace de la terre couverte d'un réseau de lignes, tracées en nombre convenu, les unes dans le sens des méridiens, les autres dans cslni des cercles parallèles, et les quadrilatères curvilignes, ainsi formés, divisés et subdivisés, autant que de besoin, en quadrilatères de diven ordres décroissants ; supposons encore qu'on trace sur ces carreaux, avoe plus ou moins de détails, toutes les choses remarquables delà suHhce de la terre :ià les limiiesdssoonlineM,leBrelie& du terrain, les ttes qui interrompent la surtee des mère ; là, les Oouves et leure affluents; enfin des bourgs, des villes et descapitales, sur le bord des rivièrss, dans le voiinago des champs cultivables, et partout où la chasse, la pèche, le oommereo et l'industrie peuvent Cnre atMster de grands nssemUemenU d^hommes.

Quand cea choses se toot eropreinteB dans la mémoire (et c'eat «tore seulement qu'on poesède de la géographie , esquissée à grands traiu, ce que les hommes instroits de toutes les professions doivent

essenUellement en connaUre), on les dénomme «los peine, à Vàï&t noms numériques des quadrilalères courbes de divers ordres auxquels elles correspondent, et qui sont comme les noms de classe, de CunlUe, d'ordre et de genre, adoptés dans rbistoire naturelle. Le nom oiBsé» rique propre, ou d'espèce, se déduit de même de la position géographique de chaque objet dans le quadrilatère spbérique de Tordre le plus petit qui le renferme.

Aux uns, les généralités de la géographie suffisent; à d'antres, les besoins d'une profession, les goAts dominants de leur esprit, ou d*autrès motifs quelconques, font un devoir de pénétrer dans les détails et d'arriver h l'examen des plus petites choses; mais la même méihodi suffit à tous. Elle fournit des noms pour les grandes divisions de b surface solide du globe, composée de cinq lambeaux épars que la mer environne, et elle en trouve, sans s'épuiser, de tout nouveaux, pour les détails de la carte topographique d'une commune, ou d'une propriété rurale de la moindre étendue.

J'ajoute, pour ne pas négliger deux de ses plus précieux avantages, qu'elle crée immédiatement une langue commune (cette commuoanté ne fût-elle aujourd'hui que dans les signes écrits de cette langue^, cl que les mots qu'elle emploie ont une signiBcation fort utile, puisqu'ils peignent les rapports réels de position qui sont entre tous les lieux de la terre.

Remarquons quels avantages la société retire de la diversité qui se trouve dans la part d'intelligence donnée à tous ses membres, et comment la nature enseigne aux hommes les moyens de satisfah^ le besoin d'apprendre et de savoir qu'elle a déposé en eux. Considérons m instant comment elle les met sur la voie des découvertes, en leur inspirant quelques modèles où ib puisent sa pensée féconde , qu'ils généralbent, et qu'ils appliquent dans des cas analogues.

Aucun g^ie d'homme n'est assex vaste, ni aucune mémoire sûre, pour embrasser l'ensemble d'une science, pour connaKre faits généraux, sa philosophie, ses doclnnes et son histoire, descendre dans la profondeur des moindres détaib, pour souder toutes ses obscurités tour à tour, enfin pour retenir les résultais acquit de tant d'investigations différentes. Mais à l'aide de la divbion des travaux que l'aptitude variée des intelligences nous a tracée, Tespn! de l'un plane sur les sommités des sciences, un autre approfondie leur domaine; d'autres encore se placent en intermédiaires dans les

moyennes rt^gions, pour établir la conlinuitê d*iine chaîne de travaux consacres aux explorations et aux conquêtes.

Dans la géographie descriptive, l'un étudie particulièrement les déformations de la surface terrestre, les sillons que les fleuves y oM creusés, les montagnes qui séparent ses bassins et qui couvrent le globe de leurs bandelettes étroites et inégales. Un autre cherche à découvrir les causes de bouleversements qui n^ont pas eu de trmoins dans Pexamen des traces que ces révolutions ont laissées. Un troisième suit avec préférence les découpures accidentelles des c^tes, et celui- lii' compte les rades favorables et les ports profonds qui s'ouvrent à la marine. Le géologue s^applique à dessiner sur les cartes les limites que les terrains diflërents occupent, et à noter l'ordre de leur superposition ; Tingénieur y marque la direction des canaux ou celh des routes ; mais, tandis qu'il y exprime des détails qui intéressent spécialement la science qu'il cultive, le négociant, Téconomistc et l'administrateur ne suivent sur ses tracés que les voies de la fortune privée ou publique, et ainsi de suite, sans fin.

En résumé, tandis que sept ou huit cartes du plus petit in-folio donnent une représentation du globe, suffisamment détaillée pour Fusage que la plupart des hommes doivent faire des connaissances géographiques, il faut à chacun, selon la spécialité de ses études ou de sa position, une ou plusieurs cartes développant quehfu'un des points imperceptibles que présentent les cartes générales. Chacun doit posséder au moins une carte de son pays. Il faut une carte ou plan de Paris à l'étranger qui visite cette ville et au Parisien luimême. Paris, qui, sur une mappemonde ordinaire, est représenté par une surface proportionnellement U*op grande , si on a égard à la largeur sensible du point qui en marque la place, a en réalité beaucoup trop d'étendue pour que ses détails puissent s'exprimer sur une feuille de papier d'un mèlre en tous sens. L'architecte développe sur un autre plan, de la même dimension, un de ces détails les moins apparents, par exemple, un h6tel ou un atelier d'industrie. Dans cet atelier, le mécanicien étudie à son tour, sur un plan particulier, uo fourneau, une machine à vapeur, ou tout autre objet de sa profession ; et peutêtre de plus bas détails, pour être compris, exigeraient-ils encore la confection de nouvelles cartes , tracées sur une plus grands échelle.

Ce que le besoin a inspiré de faire par la voie du dessin, pour In

IVniTM rt notes rritiqui**, t. Q. 37

repréMDUtioD du lieu qu^occupe sur le globe tarreelre une maclitiiê, une fabrique, une YÎlle, un royaume, un conliaent, j'ai imaginé de le copier, en créant une nomenclature géograpbique. J'ai rapproché de nous chaque objet, en amoindrissant les dimensions des choses lesplos considérables, et en grossissant proportionnellement celles qn semblent disparaître, tant elles sont petites en comparaison des premières. Au lieu de fatiguer la mémoire par des mots inutiles, je lui demande seulement de retenir l'impression de ce qae les yeux ont tu, de grouper des images d'une manière simple, et de classer avec ordre des souvenirs. Quand cette préparation est faite, elle trouve les mots sans diflBculté, parce qu'ils ne sont que Pexpression, figurée avec des nombres, de ce qu'elle voit toujours en elle-même.

Je veux présenter la preuve des avantages de cette méthode dam une application que j'en ai conçue pour le besoin des localités.

Je suis dans l'admiration quand je vois une fragile barque, partie "d'un port de Fnnce à travers l'Océan, cdtoyer des terres étrangères, parcourir des routes sinueuses, au milieu des dangers des arcbtpels, éviter les bas-fonds et les écueils de certaines plages, trouver les ports dont elle cherche l'abri, visiter à volonté les places du oommeree maritime, et, après une longue navigation, qui peut comprendre toute la ceinture de la terre, revenir sûrement et sans hésitation an point du départ ; mtts je m'étonne bien davantage qu'après un mob de séjour dans Paris, l'étranger qui s'écarte sans guide de la me qull habile soit encore exposé à se perdre. H y a entre ces deux faits un contraste choquant pour l'esprit.

Est-il donc impossible de trouver un expédient meilleur que odni d'une méchante nomenclature des rues , retouchée sans cesse , et toujours sans succès ? Le procédé qui permet au pilote d'éclairer sa marche pendant une route de plusieurs milliers de lieues ne pent-il être bon à guider un étranger pendant une demi^ure de promenade dans une ville?

Prenons pour exemple la capitale de notre pays. Les noms des rues et les numérotages sont exposés è des diangemeots conthraels par les rectifications que subit le plan de Paris : un jour ce sont des rues qui se réunissent, et qui font disparaître une ou plusieurs mes plus petites et intermédiaires ; une autre fois, c'est un alignemenl nouveau qui oblige un édifice è reculer; tous les jours, ce sont des reconstructions de maisons qui absorbent plusieurs maisons voisines.

OU qui, au contraire, la divisent en compartiments, et, dans tous les cas, il dut corriger le numérotage.

Ces inconvénients et beaucoup d^auUres disparaîtraient en imposant à chaque Heu de remplacement qu*enferment les murs de la ville un nom numérique , déduit de sa position rapportée au centre de Tobservatoire et exprimée en nombre de mètres. Les rues seraient évidemment nommées avec autant de clarté que d'exactitude par les points qui sont h leurs e&trémilés, ou par ceux de leurs diverses parties qu'on en voudrait désigner plus particulièrement. Ces conventions ne laissent aucune pari ni à Tarbitraire, ni à Pinfluence des révolutions politiques, qui ont troublé souvent la nomenclature des rues, des villes et des royaumes.

De quelque manière que les alignements de Paris changent par la suite et que les maisons soient percées d'ouvertures, les rues et les portes ont ainsi des noms toujours prêts, qui leur appartiennent en propre, et qu'on peut lire d'avance sur les plans de la ville. Les plans eux-mêmes sont débarrassés de la surcharge d'écriture qu'on est obligé d'y laisser aujourd'hui, et qui toutefois est loin d'être suffisante, puisqu'elle ne donne aucun renseignement sur le numérotage.

Pour compléter le système des indications qu'exige la reconnaissance d'une route à travers une grande ville , il faudrait fixer aux angles des rues une baguette de métal ou de bois, inclinée à peu près dans la direction de l'axe de la terre. Cette baguette indiquerait le nord.

Alors la carte de Paris pourrait être oflerte sous la forme d'un livret de la plus petite dimension, présentant, page par page, les divers carreaux de cette carte considérableoMnt agrandis, et laissant voir les détails les plus petits que chacun d'eux embrasse.

La manière dont je propose de nomnaer chaque lieu deParisealasseï simple pour être comprise de tous ceux qui ont les moindres notions géographiques. Les nombres de la longitude orientale ou occidentale, et ceux de la latitude nord ou sud (par rapport au parallèle de l'observatoire) de tous les points notables de cette ville , seraient écrits sur les candélabres ou les murs et seraient comme un fil conducteur; ïU ollriraieot aussi l'avantage de donner^ avec approximation, l'idée des distances k parcourir, ou, si l'on veut, les limites entre lesquelles seraient comprises les distances exactes, ce que les dénominations, aujourd'hui reçues, ne peuvent faire aucunement.

Il appartient à radministration supérieure des grandes villes d'apprécier ce que vaut cette idée de réforme, et d'en ordonner Fapplica-» tion. Je rentre maintenant dans le -sujet général dont je me sais écarté.

Ainsi que je l'ai dit, en commençant cette note , ma nouvelle nomenclature est numérique, et le procédé que j'emploie pour dt'noromer les lieux se répète sur dinerentes échelles , qui sont en rapport avec les différentes grandeurs des surfaces à considérer. Pour désigner les divisions naturelles du globe par bassins et ses divers partages artificiels, politiques, administratifs et autres quelconques, il suffit de savoir nommer un quadrilatère spbérique dans Tordre de grandeur qui lui correspond.

On fait donc un premier partage de la surface terrestre en quadrilatères de 10 degrés de côté, tels que la plupart des allas en offrent dans les mappemondes, ce qui donne 648 divisions que l'on nomme par la longitude et la latitude de leur angle occidental le plus voisin de l'équaleur.

Tous les objets un peu remarquables de la géographie que ce» quadrilatères enferment doivent être étudiés dans les rapports de position qu^ils observent entre eux, et par rapport aux lignes qui forment le cadre spbérique. La place absolue des objets géographiques se détermine ensuite par la position déjà connue des quadrilatère» eux-mêmes.

Si ces objets ont des dimensions trop petites pour être comparables à la surface spbérique du premier ordre, on descend à un ordre iafrrieur de quadrilatères ayant seulement un degré de c6té, et qui subdivisent la surface trop grande en 100 surfaces du second ordre, se distinguant entre elles par des dénominations numériques calquées sur les premières.

Eo arrêtant cette division au troisième ordre, qui comprendrait des surfaces de six minutes de cercle, on distinguerait les plus petites divisions territoriales et les plus petites populations auxquelles, dans $e< généralitéF, puisse descendre la géographie descriptive. Pour des besoins circonscrits et de localité, rien n'empêrhe que l'on poursoh^ ce travail de subdivision par surfaces régulièrenneni décroissantes , et qu'on n'y emploie la nomenclature numérique; mais, si la routine y mettait des obstacles et tenait à conserver l'usage des noms arbi-

Iratres el sans significatioo , la science au moios n'aurail plus rien ^ souflHr de leur emploi embarrassant, qui comroeooerall au point où elle-même doit poser ses limites.

A Taide de trois noms, qui sont ceux de trois points , on déoom merait donc tous les objets géographiques de quelque importance, ei ces noms ^ qu'il ne faudrait pas apprendre par coeur, s'offriraient d'eux-mêmes à l'esprit de ceux qui ont consulté des cartes, el qui seuls connaissent la géographie.

Il suffit d'avoir suivi avec attention le cours d'un fleuve et la direction d'une chaîne de montagnes, et d'avoir remarqué de quelle manière ils coupent le réseau des lignes méridiennes et parallèles, pour que celte image, toujours présente à la pensée, donne aussitôt les noms des points d'origine et de terminaison qui doivent servir à distinguer les courants d'eau et les reliefs de la surface de la terre. Uo cap, un golfe, une lie, un désert, un étang, un lac et une mer seraient désignés de la façon la plus convenable par la position géographique du point le plus central de la portion du globe qu'ils occupent.

Est-ce donc savoir une science que de savoir quelques mots de son dictionnaire , d'apprendre le nom des Indes orientales, par exemple, et d'ignorer s'il y fait chaud, ou bien, après avoir entendu citer un jour Pétersbourg et Calcutta, de s'informer si ces deux Tîlles sont voisines ; de ne pas connaître h peu près la circonscription des continents, et de ne pas pouvoir dire où est la terre, où est l'eau, etc. ? Il est évident que les noms numériques significatifs épargneraient la honte d'une pareille ignorance, et qu'à défaut d'études complètes, ils iotroduiraient au moins quelques idées saines et précises dans l'esprit de tout le monde.

Il faut franchir les limites de notre petite Europe pour se faire une juste idée des lacunes de la géographie. Il faut surtout avoir visité quelques lieux de l'intérieur des continents étrangers, pour apprécier l'insuffisance des renseignements et l'inexactitude de nos cartes.

Les raisons de cette longue enfance d'une science cultivée cependant avec zèle, et cultivée depuis lon^emps, sont de plusieurs sortes. Il faut signaler, entre autres, la difficulté et le danger des voyages chez les peuples ignorants, ombrageux et durs qui vivent retirés au milieu des terres. Cependant il n'en est pas moins remarquable que l'Asie, regardée comme le continent le plus anciennement habité, soit aiyourd'hui le moins connu peut-être, et que les Unox les plus voisins du

berceau des premiers hommes soient aussi les plus ignorés de eeOe région. Cest un fait que je yérifie à Pinstant où j'écris ceci, et en voyageant entouré de cartes. Les Anglais, qui ont si bien mérité de la science de la terre partout où leurs vaisseaux ont abordé , ont né* gligé la géographie de la Perse, au point de n^en pouvoir publier âne carte passable, malgré les facilités que leur offraient, pour rexéeulioo de ce travail, plus de vingt-cinq années dinfluence et presque de domination exclusive dans ce royaume.

Mais, en Europe même, la géographie descriptive n^a-t-elle pas encore à se perfectionner et à se compléter par des travaux immenses, tels, par exemple, que la déterm'mation des pomts de niveau et la eription de leurs courbes, depuis la surface des mers jusqu'au met des montagnes les plus hautes?

Le tracé des courbes de niveau est sujet i une objection grave : c'est d'augmenter la conAîsioo, qui est déjà provènue du rapprochement de tant d'autres lignes, parmi lesquelles il a fello, en outre, inscrire les noms des villes, des fleuves, des tnontagnes, etc., etc. Cependant les cartes ne seront complètes qu'à la condition de figurer les trois grandeurs qui fixent tout à fait la position de chaque point de b surface du globe.

Or l'objection fondée, faite à l'usage des lignes qui donnent b hauteur, sert à faire valoir la nomenclature géographique que j*ai proposée. Il est évident que, puisque les noms nouveaux se dédoi» raient de la position des lieux sur le globe. Il serait hiutile d*en charger les cartes , mais qu'il suffirait d'y exprimer les villes, bourp et villages à l'aide de petites taches de diverses largeurs et de différentes formes.

n résulterait de cette suppression une plus grande neltelé des caries et un espace libre, permettant de mieux exprimer les délaib déjà reçus, et d'ajouter les courbes de niveau, qui sont une donnée géographique si importante, ou des notes sur la nature du tcmin et sur les grandes cultures, en distinguant leurs espèces, ele.

Qu'on rapproche maintenant la nomenclature qui emploie ks bres de celle que nous suivons aujourd'hui; qu'on oppose à b avec laquelle elle se prête à créer des noms significatifs, sans arbitraire, universels, inaltérables, dont la prononciation est brère et IMb, qui se multiplient autant que de besoin» qui n'ectigent pas de pénibles tShrin de mémoire, et qui restent fidèlement soumis à b

naissance des faits dont ils sont Texpressioii ; qu*on oppose ces avantages aux qualités toutes contraires des noms reçus en géographie, aux caprices de leur création , à ceux de l'orthographe et de la prononciation qui les changent, aux embarras de U synonymie, au mauvais choix de ces noms, qui sont des mots sans valeur, ou qui ont des sons difficiles à imiter quand ils nous viennent de TAsie ou de rAfri-que, et impossibles k figurer quand ils dérivent d^une souche de langues étrangères , d*autres fois vicieusement traduits par l'orthographe vicieuse de nos langues , et diversement recueillis -par des voyageurs difTérents, etc., etc. Peut-il, après ce parallèle, rester le moindre doute sur la nécessité d'une réforme des noms de la géographie, et sur les avantages d'une nomenclature numérique?

Je terminerai par une remarque Texposé rapide que je m'étais proposé d'une idée nouvelle qui peut faciliter les abords de la science de la géographie descriptive, où des signes vides de sens, des mots longs, embarrassants et mal choisis tiennent une place trop importante, au préjudice des faits qu'ils obscurcissent.

Si la méthode d'attacher aux villes, aux montagnes et aux fleuves des noms tirés de leur position sur le globe eût été suivie dès les temps antiques, les descriptions des écrivains n'eussent pas donné lieu à d'interminables querelles littéraires : on saurait précisément où fut Babylone, et le voyageur, justement empressé h visiter les ruines de Troie , n'aurait pas été ofDir ses hommages aux faux dieux d'Aiexandria Troas. Herculanum et Pompéia , disparues aux yeux des écrivains qui nous ont transmis ce funeste événement, dans un siècle que la vérité de son histoire semble rapprocher de nous autant que les faits eontemporains que nos journaux recueillent , ne fussent pas restées ensevelies sous la lave et la cendre du Yésure, et oubliées jusqu'il nos jours. Un coup de soode ferait peut-être sortir encore des monuments et des villes ignorés de l'ancienne Egypte de dessous les sables que la Libye ne cesse de répandre dans sa vallée étroite. Partout où des plaines stériles ont nivelé de riches pays à leur poussière, et porté avec elle son influence funeste, et partout eu6n où des changements profonds et mortels aux établissements des hommes se sont fait sentir sur la surface du globe, la civilisation moderne triompherait, h son tour, de l'action lente mais destructive et irrésistible des agents qui tourmentent la forme de la terre, en leur arrachant partout do vieux débris des civilisations antiques, accumulés par le temps.

WOTE 4» (loroe 2% page 439).

Il paraît qu'une ou plusieurs langues, très-ancieonenietit connues, et desquelles peut-être toutes les langues moderaes de l'Europe sont dérivées avec des altérations considérables, offraient, dans leurs types primitifs et purs, une constante régularité, qui est un des caractères de la perfection dans les œuvres intellectuelles plutôt encore que dans les productions des arts qui animent le marbre ou Pairain. Maisfes âges d'ignorance qui nous séparent de ces temps antiques ne nous ont légué que les ruines de tous les chefs-d'œuvre qu'ils n'ont pas détruits.

La langue technique des géomètres a une origine plus voisine de nous, et elle n'en est pas mieux faite.

On sait combien, lorsqu'il est armé d'un crayon et qu'il dessine les traits de l'idée qui, pendant le travail de son esprit, reçoit une existence matérielle et devient sous sa main un corps en relief qu'il montre, le mathématicien donne de concision à ses discours, d'étendue k sa pensée, et de puissance ou de vivacité à ses raisonnements. Privé de ce moyen, si lui-même sent encore la vérité qu'il démontre, il est impuissant h la communiquer; il s'embarrasse dans des cireonlocolions ; ses preuves perdent de la chaleur et de la force dans les retards de sa parole, et les indécisions du langage rendent ses raisonneowDls inextricables, pour peu qu'ils se prolongent. Le même professeur qui pouvait d'abord résoudre les difficultés les plus ardues de sa science est absorbé maintenant par le besoin de chercher des expressions pre^ cises que nos langues parlées fournissent rarement , et il ne parvient pas, sans beaucoup de peine, à exposer, à raconter (s'il est permis de le dire) la plus simple proposition de géométrie.

C'est que la langue technique, qui a été faite pour les sciences du calcul, est pauvre et bien pauvre.

Ne doit-on pas attribuer h cette indigence le peu d'usage que Ton fait des démonstrations philosophiques dans les problèmes de l'algèbre? Si les opérations du calcul, qu'on pourrait qualifier de magiques^ ont tant de mystères pour l'intelligence, ne doit-on pas en accuser un peu rimperfection d'une langue qui ne saurait suivre ces opérations dans leur mécanisme ?

Mais je ne veux pas aborder ce sujet ; mon but, ici, est seule ment

irénoncer des idées nouvelles pouvant conduire à la réforme de lu nolalion algébrique.

On comprend que les signes de Talgèbre ayant été inventés, un à un, à mesure que les sciences mathématiques faisaient des progrès el qu'elles en sentaient le besoin , il a dû résulter de leur assemblage accideutel en formules des groupes d'une forme bizarre et incommode. A ce premier défaut, que le temps et que les découvertes nouvelles ne |)euveot qu'augmenter, les savants ajoutent la difficulté de ne pas tomber d'accord sur le choix d'une notation commune. Enfin les lignes trigonométriques n'ont pour expression, jusqu'à présent, que leurs noms communs abrégés.

En cherchant à refaire le système incohérent de ces signes , on doil se proposer non-seulement d'en choisir qui se conviennent mieux, mais aussi de poser des principes qui ser>'ent à les multiplier, à l'avenir, autant que de besoin, afin de n'être pas obligé de nouveau à tout recommencer au bout d'un nombre d'années plus ou moins long. On va voir si la pensée que j'ai conçue satisfait h cette condition, et si la notation qui s'en déduit donne et donnera toujours la faculté d'exprimer tous les rapports imaginés et imaginables.

Mais, comme il n'est question ici que d'indiquer des principes et non de développer un système entier de nomenclature algébrique, il suffira que j'en expose quelques explications dans les lignes qui suivent :

La manière générale dont les questions de l'algèbre sont traitées ne permettant pas d'effectuer les opérations du calcul à mesure qu'elles se présentent, il en résulte que la valeur d'une lettre, telle que a?, qui, d'abord, représentait un certain nombre, est modifiée par l'adjonction d'un signe convenu, qui lui en fait représenter un autre. Dans le système de la notation actuelle , ces transformations du nombre x sont

30», W Xy i x^fXy log. a*, arc .r, sin. ar, tang. a?, etc., etc.

Lorsque deux lettres, a: et y sont engagées à la fois dans un calcul, les combinaisons auxquelles elles donnent lieu sont figurées par des

expressions telles que celles-ci : orlt y, ^Xy, , sur lesquelles , à

leur tour, les signes de la transformation des monômes peuvent s'éten-

dre . On connaît aussi des expressions comme no: + y et -^ qu on ne

doit pas oonfoodre avec a(x + y) et — . Tout cela est assea ariM-

a fhiire, il faut en coDrenir.

n mé parait qu'il serait cependant facile de mettre plus d'accord entre toutes les parties de la notation de Palgèbre, et qu^H serait philosophique de distinguer, par la manière de tes écrire, trois dioses, trèil-diMinctes de leur nature, qu'on retrouve dans toutes les combinaisons du calcul littéral.

Ces trois choses sont 1" les quantités qui entrent primitivement dans le calcul ; 2^ les opérations indiquées dont elles sont Tobjet ; a* la désignation des termes entre lesquels les combinaisons partielles du calcul s'effectuent. — Il serait donc bien de présenter séparémeot, sur trois lignes horizontales et parallèles, ces différentes sortes de choses. En se conformant à ce principe , on écrirait d'abord dans la ligne moyenne, les unes i la suite des autres, foutes les quantités qui expriment les données du calcul : abe xy z,.,.; après cela, dans la

ligne supérieure, en'manière d'exposant, on noterait le signe de l'opé» ration qui doit transformer chaque terme et qui doit en faire un logarithme, un sinus, une tangente, etc....; en6n, si cette opération était de natnre à combiner plusieurs termes ensemble, on établirait leur correspondance par an signe indicial, écrit dans la ligne inférieure, au-dessous de chacun d'eux.

Un mot maintenant sur les signes indiciaux et exposants. Les indices sont des signes de renvoi, comparables aux astérisques usités dans l'imprimerie; on peut les choisir arbitrairement. Les plus Simples seraient des lettres toutes pareilles, accentuées ou non, comme m^ m\ m^ etc.

A l'égard des signes exposants , mon opinion est qu'ils devraient toujours être des chiffres, et c'est là ma seconde idée nouvelle, qui complète les principes d'après lesquels la notation me semble devoir être refaite. Les chiffres sont effectivement très-propres à cet ussge : leur forme nous est familière et les nombres ne feront jamais début, lorsqu'on pourra en avoir besoin, pour exprimer des conbinaisoas différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui ; enfin ils composent une nomenclature uniforme et assurément la plus pariaiie qu'on ait inventée.

On pourrai! donc, tout en conaervant les signes des quatre r^les

de rarithmétique pour assembler les termes monômes d^oo ealciiJ, convenir de là signification suivante des nombres écrits en exposants :

Addition i ou +•

Soustraction 2 ou — .

Multiplication 8 ou . ou X-

Division 4 ou : ou — .

Elevât, à la puiss* n« &. h.

Extract, de la racine n* . . . 6. n.

Logarithme n* 7. n.

Nombre n" d'un logarithme. 8. n.

Angle ou arc. 9.

Sinus 9. 1.

Cosinus 9.2.

DifTérentielle n« 10. n.

Intégrale n* il. n.

Etc., etc

Les nombres exposants seraient écrits dans Tordre même selon lequel les opérations devraient s'effectuer , lorsqaVIIes aflbcterafent à

la fois le même terme. Par exemple, V^(a+ft)* s'écrirait : {a-^-bf'

Après avoir décomposé la ligne moyenne, qui comprend les quantités, objet du calcul, en masses parfaitement distinctes , soit simples, soit polynômes, il resterait à indiquer les combinaisons qui doivent réunir ces masses elles-mêmes. Pour cela on les séparerait par des traits verticaux d'écriture, représentant des crochets de parenthèses, et on écrirait aux deux extrémités de ces petites barres , en haut, les signes «posants des opérations à effectuer, et, en bas, les indices qui font correspondre les masses.

Si, par exemple, un certain calcul comportait Texpression que voici :

[(s^a) a^(y+h) b+...] [(oT+i^) a'+rif+>') 6'+ 3

dans la notation que j'expose, on écrirait :

\(x-\'a)a^(y{b) 6+... (x'+cT) tf+if^-^b') 6'+...!*

fui m' \m'

Avec ]« secours des indices, les barres des parenthèses pourraient être mvHîpliées sans confusion autant quil serait nécessafa^, et tes

noms alphabétiques de ces ban-es, qui les distingueraient plus sûrement que des cbangaments aujourd'hui usités dans la forme des crochets, serviraient aussi à désigner, de la manière la plus brève, telle ponico que Ton voudrait de Texpression la plus compliquée.

Mais j^en ai dit assez pour faire comprendre fîdée principale de cette note. Seulement Je ferai remarquer, avant de Gnir, que le sujet dont il s^agit ici ne manque pas d'importance. Les hommes qui réfléchissent savent combien l'influence des langues sur les travaux de Tesprit est considérable , et combien il importe d'avoir des langues bien faites.

Je aais loin de croire qu'après avoir offert quelques ébauches des nomenclatures à l'étude desquelles je me suis plus parliculièremefil appliqué, je n'ai plus rien laissé à la sagacité d'aiHrui. Je crois, bieo plutôt, qu'il sera facile de corriger et d'améliorer la plupart des choses que j'ai pensées, et, je Tespère, pour le perfectionnement de Vœuvre intellectuelle que j'ai proposée; j'espère surtout qu'il se trouvera beaucoup d'hommes, plus profonds que moi, qui ne dédaigneront pas de remplir et de compléter les cadres où j'ai préparé la place des matériaux dont ils sont si riches et dont je suis si pauvre.

Je proclame, aussi souvent et aussi liaul qu'il m'est possible, la nécessité d'une réftyrme générale de nos langues. Qu'on me donne an point d'appui » dirai-je avec le géomètre de Syracuse , et je cbangerai l'aspect du monde. L'appui que je demande , c'est le concours des hommes intelligents de toutes les nations civilisées de la terre, pow ci-éer une langue universelle qui sera le levier dont je me servirai.

Par le temps qui court , il faut un certain courage pour oser dire cela^ et pour proposer sérieusement d'abandonner nos langues mal faites; car la frivolité des uns ne cherche qu'à verser gaiement le ridi • cule et à aiguiser l'épigramme maligne , et la grauté des autres exprime ses dédains en laissant tomber pesamment l'épithète de rêveur et d'utopiste*

Cependant, il n'est que trop vrai , les dictionnaires et toutes les nomenclatures dont nous nous servons sont à refaire en entier ; eu k^in que leur nombre et leur longueur considérable soient une rai^n de ne pas entreprendre cette réforme, le l>esoin qu'on en éprouve obligea prévenir une confusion dans la amace du langage, plus grande encore que celle qui existe aujourd'hui.

Sans doute les forces d'un homme sont bien loin de suffire a rioi-

meDsité d'un tel sujet; j^eusse ambitionné pourUnt un savoir plus grand et des jours plus longs pour y prendre plus de part , mais j'a. senti que, tout à coup, la vie a précipité trop le mouvement de mes organes. La tâche que je me suis proposée est difficile et longue, et les heures qui mutaient promises ont redoublé de vitesse :

Major e$que caduni allis de moniibut umhrwf

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