‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 115 sur 134 · XXIII. * Preuve · texte numérisé non relu

XXIII. * Preuve

*>!'' La Religion chrétienne par son établissement ;»$ par elle-même établie si fortement, si doucement, étant si contraire à la nature.

^ La sainteté , la hauteur et l'humilité d'une âme chrétienne.

3° Les merveilles de FÉcriture sainte.

4'' Jésus-Christ en particulier.

5** Les apôtres en particulier.

6*" Moïse et les Prophètes en particulier, 7° Le peuple juif.

8° Les Prophéties.

9^ La perpétuité. — Nulle religion n'a la perpétuité* lO"" La doctrine qui rend raison de tout.

Il"" La sainteté de cette loi.

12° Par la conduite du monde.

* Il est indubitable qu'après cela on ne doit pas refuser, en considérant ce que c'est que la vie et que celte religion, de suivre l'inclination de la suivre, si elle nous vient dans le cœur ; et il est certain qu'il n'y a nul lieu de se moquer de ceux qui la suivent.

174 XXIV . Il est impossible d'envisager toutes les preuves de la religion chrétienne, ramassées ensemble sans en ressentir la force, à laquelle nul homme raisonnable ne peut résister.

Que l'on considère son établissement ; qu'une religion si contraire à la nature se soit établie par ellemême, si doucement, sans aucune force ni contrainte et si fortement néanmoins, qu'aucuns tourments n'ont pu empêcher les martyrs de la confesser ; et que tout cela se soit fait , non-seulement sans l'assistance d'aucun prince, mais malgi*é les princes de la terre qui l'ont combattue.

Que l'on considère la sainteté, la hauteur et l'humilité d'une âme chrétienne. Les philosophes païens se sont quelquefois élevés au-dessus du reste des hommes par une manière de vivre plus réglée , et par des sentiments qui avaient quelque conformité avec ceux

du chrisUanisnie. Mais ils n'ont jamais reconnu pour verlu ce que les chrétiens appellent humilité, et ils Tauraient même crue incompatible avec les autres dont ils faisaient profession. Il n'y a que la religion chrétienne qui ait su joindre ensemble des choses qui avaient paru jusque-là si opposées, et qui ait appris aux hommes que, bien loin que Thumilité soit incompatible avec les autres vertus, sans elle toutes les autres vertus ne sont que des vices et des défauts.

Que Ton considère les merveilles de TEcriture sainte, qui sont infinies, la grandeur et la sublimité plus qu'humaine des choses qu'elle contient, et la simplicité admirable de son style, qui n'a rien d'affecté, rien de recherché, et qui porte un caractère de vérilé qu'on ne saurait désavouer.

Que l'on considère la personne de Jésus-Christ en partîcuHer. Quelque sentiment qu'on ait de lui, on ne 'peut pas disconvenir qu'il n'eût un esprit très-grand et Irès-relevé, dont il avait donné des marques dès son enfance devant les docteurs de la loi : et cependant an lieu de s'appliquer à cultiver ces talents par l'étude et la fréquentation des savants , il passe trente ans de sa vie dans le travail des mains et dans une retraite entière du monde; et, pendant les trois années de sa prédication, il appelle à sa compagnie et choisit pour ses apôtres des gens sans science, sans étude, saiis crédit, et il s'attire pour ennemis ceux qui passaient pour les plus savants et les plus sages de son temps. C'est une étrange conduite pour un homme qui a dessein d'établir une nouvelle religion.

Que l'on considère en particulier ces apôtres choisis

par Jésus-Christ, ces gens sans lettres, sans élude, et qui se trouvent tout d'un coup assez savants pour confondre les plus habiles philosophes, et assez foris pour résister aux rois et aux tyrans qui s*opposaient à rétablissement de la religion chrétienne qu'ils annonçaient.

' Que l'on considère cette suite merveilleuse de prophètes qui se sont succédé les uns aux autres pendant deux mille ans, et qui ont tous prédit en tant de manières différentes jusques aux moindres circonstances de la vie de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection, de la mission des apôtres , de la prédication de l'Évangile, de la conversion des nations, et de plusieurs autres choses qui concernent l'établissement de la religion chrétienne et l'abolition du judaïsme.

Que l'on considère l'accomplissement admirable de ces prophéties, qui conviennent si parfaitement à la personne de Jésus-Christ qu'il est impossible de ne pas le reconnaître, à moins de vouloir s'aveugler soi* même.

Que l'on considère l'état du peuple juif et devant et après la venue de Jésus-Christ, son état florissant avant la venue du Sauveur, et son état plein de misères depuis qu'ils l'ont rejeté ; car ils sont encore aujourd'hui sans aucune marque de religion , sans temple , sans sacrifices, dispersés par toute la terre, le mépris et le rebut de toutes les nations.

Que l'on considère la perpétuité de la religion chrétienne, qui a subsisté depuis le commencement du monde, soit dans les saints de l'Ancien Testament, qui ont vécu dans l'attente de Jésus-Christ avant sa

venue; soit dans ceux qui Font reçu et qui ont cru en lui depuis sa venue : au lieu que nulle autre religion n'a la perpétuité» qui est la principale marque de la véritable.

Enfin que Ton considère la sainteté de cette religion sa doctrine, qui rend raison de tout, jusqu'aux contrariétés qui se rencontrent dans l'homme , et toutes les autres choses singulières, surnaturelles et divines qui y éclatent de toutes parts.

Et qu'on juge après tout cela s'il est possible de douter que la religion chrétienne soit la seule véritable, et si jamais aucune autre a rien eu qui en approchât ^

2« XXV. La conversion des païens n^était réservée qu'à la grâce du Messie. Les Juifs ont été si longtemps à les combattre sans succès; tout ce qu'en ont dit Salomon et les prophètes a été inutile. Les sages, comme Platon et Socrate, n'ont pu le persuader *.

■ Ce paragraphe XXVI ne se troave ni dans le MS. ni dans la Copie. Il a été pablié pour la première fois dans Tédition de 1678.

Nous n'y reconnaissons pas le style de Pascal, et si nous le conservons dans cette édition, c'est comme un exemple de ces développements que les premiers éditeurs des Pensées avaient voulu d'abord donner aux fragpments laissés par Pascal. Dans la vive allure de sou langage, Pascal n'aurait pas répété aussi souvent cette formule Qtte l'on considère...., laquelle se trouve reproduite jusqu'à dix fois dans ce morceau.

Il nous parait évident que ce paragraphe n'est que le développement des notes jusqu'à présent inédites, intitulées preuve, qui forment le paragraphe XXV. Il sufOt de lire attentivement Tun et l'autre paragraphes pour s'en convaincre.

' Dans la Copie seulement.

XXVII. * La loi obligeait à ce qu'elle ne donnait pas. *w La grâce donne ce à quoi elle oblige.

XXVin. * Les mouvements de grâce, la dureté de*-» cœur, les circonstances extérieures.

XXIX. * Ce que les hommes par leurs plus grandes 45 lumières avaient pu connaître, cette religion l'enseignait à ses enfants.

865 XXX. Toute la foi consiste en Jésus-Christ etenÂdam ; 45 et toute la morale en la concupiscence et en la grâce.

«i Nous ne concevons ni Tétat glorieux d'Adam, ni la nature de son péché, ni la transmission qui s*en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont passées dans l'état d'une nature toute différente de la nôtre, et qui passent notre capacité présente.

Tout cela nous est inutile à savoir pour en sortir ; et tout ce qu'il nous importe de connaître, est que nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu, mais rachetés par Jésus-Christ ; et c'est de quoi nous avons des preuves admirables sur la terre.

Ainsi les deux preuves de la corruption et de la rédemption se tirent des impies, qui vivent dans l'indifférence de la religion, et des Juifs qui en sont les ennemis irréconciliables K

Dans la Copie.

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