XX. * Deux sortes d'hommes en chaque religion. a
* Parmi les païens, des adorateurs des bêtes et les autres adorateurs d'un seul Dieu dans la religion naturelle.
* Parmi les Juifs, les charnels et les spirituels qui étaient les chrétiens de la loi ancienne.
* Parmi les chrétiens, les grossiers qui sont les Juifs de la loi nouvelle.
* Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel, et les chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispensés d'aimer Dieu. Les vrais Juifs et les vrais chrétiens adorent un Messie qui les fait aimer Dieu.
* Les Juifs charnels et les païens ont des misères et si7 les chrétiens aussi. Il n'y a point de rédempteur pour
■ En marge de ce fragment se troavent écrites de la main de Pascal les lignes suivantes qui sont tout-à-fait étrangères au sujet qu'il traite ici, mais que notre exactitude rigoureuse nous oblige à reproduire :
« Je suis extrêmement fâché de ce que vous avez tant perdu de « temps à faire des provisions inutiles; et je vous assure qu'une « autre fois je ne vous donnerai pas la peine d'en faire pour moi. »
les païens; car ils n'en espèrent pas seulement. Il ny a point de rédempteur pour les Juifs ; ils Tespèrent en vain. U n'y a de rédempteur que pour les chrétiens \
203 Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les chré-a5j tiens et les païens. Les païens ne connaissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre. Les chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n'aiment point la terre. Les Juifs et les païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les chrétiens connaissent le même Dieu.
* Les Juifs étaient de deux sortes : les uns n'avaient que les affections païennes ; les autres avaient les affections chrétiennes.
m Les Juifs charnels n'entendaient ni la grandeur ni l'abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l'ont méconnu dans sa grandeur, comme quand il dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils; qu'il est devant qu'Abraham (fût), et qu'il l'a vu. Us ne le croyaient pas si grand, qu'il fût éternel, et ils l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disaient-ils, demeure éternellement, et celui-ci dit qu'il mourra. Ils ne le croyaient donc ni morlel, ni éternel : ils ne cherchaient en lui qu'une grandeur charnelle.
» Ces lignes ne sont pas écrites de la main de Pascal. Au verso, il a écrit : « Voyez : Perpétuité, »
202 Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers, 451 la connaîtra mal. Elle est visible dans les saints livres et dans la tradition des prophètes, qui ont assez fait entendre qu'ils n'entendaient pas la loi à la lettre. Ainsi notre religion est divine dans TËvangile, les apôtres et la tradition ; mais elle est ridicule dans ceux qui la traitent mal.
Le Messie, selon les Juifs charnels, doit être un ^rand prince temporel. Jésus-Christ, selon les chrétiens charnels, est venu nous dispenser d'aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui opèrent tout sans nous. Ni l'un ni l'autre n'est la religion chrétienne, ni juive. Les vrais Juifs et les vrais chrétiens ont toujours attendu * un Messie qui les ferait aimer Dieu et par cet amour triompher de leurs ennemis.
XXL * Preuve des deux Testaments à la fois.
208 Pour prouver tout d'un coup les deux Testaments, 43 il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre.
Pour examiner les prophéties, il faut les entendre.
Car, si on croit qu'elles n'ont qu'un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu ; mais si elles^ ont deux sens, il est sûr qu'il sera venu en Jésus-Christ.
Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens.
' Les éditions disent reconnu qui, en effet, rendrait mieux ici le sens de Tauteur; mais il y a attendu dans le MS.
* Que rÉcriture a deux sens que J.-C. et les apôlres ont donnés, dont voici les preuves :
1® Preuve pour récriture même ;
S"" Preuves par les Rabbins; Moïse Maymon dit
qu'elle a deux faces , et que les Prophéties n*ont
prophétisé que J.-C. ;
y Preuves par la cabale ;
4* Preuves par Tinterprétation mystique que les Rabbins même donnent à TEcriture;
â"" Preuves par les principes des Rabbins, qu^il y a deux sens; (qu'il y a deux avènements, glorieux et abject, du Messie, selon leur mérite; que les prophètes n'ont prophétisé que du Messie. La loi n'est pas éternelle, mais doit changer au messie ; qu'alors on ne se souviendra plus de la mer Rouge ; que les Juifs et les Gentils seront mêlés.