‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 121 sur 134 · XLV, * MEMBRES · texte numérisé non relu

XLV, * MEMBRES

* Commencer par là.

Pour régler l'amour qu'on se doit à soi-même, il «es faut s'imaginer un corps plein de membres pensants, car nous sommes membres de tout, et voir comment chaque membre devait s'aimer, etc.

* Si les pieds et les mains avaient une volonté particulière, jamais ils ne seraient dans leur ordre qu'en soumettant cette volonté particulière à la volonté première qui gouverne le corps entier. Hors de là ils sont dans le désordre et dans le malheur ; mais en ne voulant que le bien du corps ils font leur propre bien.

— * République.

* La république chrétienne et même judaïque n'a eu

■ Les fragments réunis soas ce titre semblent être le développement des 4« et 5« versets du chap. 12 de rÉptlre de St Paul aux Romains : «... Car, comme dans un seul corps nous avons plusieurs membres « et que tous ces membres n'ont pas la même fonction ; ainsi, quoique • nous soyons plusieurs, nous ne sommes tous néanmoins qu'un seul « corps en J.-G., et nous sommes tous réciproquement membres les « uns des»autres. »

que Dieu pour maître, comme remarque Philon, Juif, De la monarchie.

* Quand ils combailaient ce n'était que pour Weu ; ils n'espéraient principalement que de Dieu ; ils ne considéraient leurs villes que comme étant à Dieu et les conservaient pour Dieu. 1. Paralip. 19. 13.

274 Deux lois suffisent pour régler toute la république 4i9 chrétienne, mieux que toutes les lois politiques.

* Morale,

294 Dieu ayant fait le ciel et la terre qui ne sentent point 149 le bonheur de leur être, il a voulu faire des êtres qui le connussent et qui composassent un corps de membres pensants S car nos membres ne sentent point le bonheur de leur union,, de leur admirable intelligence, du soin que la nature a d'y influer les esprits et de les faire croître et durer. Qu'ils seraient heureux, s'ils le sentaient, s'ils le voyaient ! Mais il faudrait pour cela qu'ils eussent intelligence pour le connaître et bonne volonté pour consentir à celle de l'âme universelle. Que si ayant reçu l'intelligence, ils s'en servaient à retenir en eux-mêmes la nourriture, sans la laisser passer aux autres membres, ils seraient nonseulement injustes, mais encore misérables, et se haïraient plutôt que de s'aimer : leur béatitude, aussi bien que leur devoir, consistant à consentir à la conduite

' Page 467 du MS. on trouve encore ces mots : « Qu'on s'imagine un corps plein de membres pensants.. .. » — Le reste de la phras^manque.

DE LÀ BELIGION GHRÉTIET^NE. e579

de rame entière à qui ils appartiennent, qui les aime mieux qu'ils ne s'aiment enx-mémes.

* Etre membre est n'avoir de vie, d'être et de mouvement que par l'esprit du corps et pour le corps. Le membre séparé ne voyant phis le corps auquel il appartient n'a plus qu'un être périssant et mourant, a^ Cependant il croit être un tout ; et ne se voyant point de corps dont il dépende, il croit ne dépendre que de soi et veut se faire centre et corps lui-même. Mais n'ayant point en soi de principe de vie, il ne fait que s'égarer et s'étonne dans l'incertitude der son être, et sentant bien qu'il n'est pas corps, et cependant ne voyant point qu'il soit membre d'un corps. Enfin, quand il vient à se connaître, il est comme revenu chez soi et ne s'aime plus que pour le corps ; il plaint ses égarements passés.

* Il ne pourrait pas par sa nature aimer une autre chose, sinon pour soi-même et pour se l'asservir, parce que chaque chose s'aime plus que tout. Mais en aimant le corps il s'aime soi-même parce qu'il n'a d'être qu'en lui, par lui et pour lui : qui adheret Deo unus Sfiritu» est.

— * Le corps aime la main ; et la main, si elle avait une volonté, devrait s'aimer de la même sorte que Yéme l'aime : tout amour qui va au delà est injuste.

— * Adherens Deo unus spiritus est : on s'aime parce qu'on est membre de J.-C. On aime J.-C. parce qu'il est le corps dont on est membre. Tout est un. L'un est l'autre, comme les 5 personnes.

* li faul n*aimer que Dieu et ne haïr que soi. «a»

— * Si le pied avail toujours ignoré qu'il appartint au corps et qu'il y eut un corps dont il dépendit, s'il n'avait eu que la connaissance et l'amour de soi et qu'il vint à connaître qu'il appartient à un corps duquel il dépend, quel regret, quelle confusion de sa vie passée, d'avoir été inutile au corps qui lui a influé sa vie, qui l'eût anéanti s'il l'eût rejette et séparé de soi, comme il se séparait de lui I quelles prières d'y étrç conservé ! et avec quelle soumission se laisseraitil gouverner à la volonté qui régit le corps, jusqu'à consentir à être retranché s'il le faut, où il perdrait sa qualité de membre, car il faut que tout membre veuille bien périr pour le corps qui est le seul pour qui tout est.

* Pour faire que les membres soient heureux, il faut «w qu'ils aient une volonté et qu'ils la conforment au corps.

XLVI. * On ne s'éloigne * qu'en s'éloignanl de la »' charité.

— * Nos prières et nos vertus sont abomination devant Dieu si elles ne sont les prières et les vertus de J.-C. Et nos péchés ne seront jamais l'objet de la mû séricorde *, mais de la justice de Dieu, s'ils ne sont ceux^ de J.-C.

■ ^ans doute il faut ajouter ici les mots : de Dieu. * La page étant déchirée en cet endroit, le mot miséricorde a ét^ supprimé. ' Id. du mot ceux,

— * Il a adopté nos péchés, et nous a admis à son ' alliance, car les vertus lui sont^rojîrc* et les ^ péchés étrangers , et les vertus nous sont étrangères et nos péchés nous sont propres.

— * Changeons la règle cpie nous avons prise jusqu'ici pour juger de ce qui est bon. Nous en avions pour règle notre volonté, prenons maintenant la volonté de Dieu : tout ce qu'il veut nous est bon et juste, tout ce qu'il ne veut pas nous est mauvais ^.

* Tout ce que Dieu ne veut paè est défendu. Les péchés sont défendus par la déclaration générale que Dieu a faite qu'il ne les voulait pas. Les aulres choses qu'il a laissées sans défense générale et qu'on appelle par cette raison permises, ne sont pas néanmoins toujours permises. Car quand Dieu en éloigne quelque une de nous et que par l'événement qui est une manifestation de la volonté de Dieu, il paraît que Dieu ne veut pas que nous ayons une chose, cela nous est défendu alors comme le péché, puisque la volonté de Dieu est que nous n'ayons non plus l'un que l'autre. Il y a cette différence seule entre ces deux choses qu'il est sûr que Dieu ne voudra jamais le péché, au lieu qu'il ne l'est pas qu'il ne voudra jamais l'autre. Mais tandis que Dieu ne la veut pas, nous la devons regarder comme péché; tandis que l'absence de la volonté de Dieu, qui est seule toute la bonté et toute la justice, la rend injuste et mauvaise.

' Id. des mots : admis à son.

' Id. des mots propres et les et du mot sont. — ' ïd. des mots: noiis est mauvais.

582 DE LA RELIGION CflRÉTIlîNNB.

286 La charité n*est pas un précepte figuratif. Dire que 453 Jésu&Xlhrist, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit venu que mettre la figure de la charité, pour ôter la réalité qui était auparavant; cela est horrible.

* Si la lumière est ténèbres que seront les ténèbres? '

XLVII. * La victoire sur la mort. — Que sert à 49 rhomme de gagner tout le monde s'il perd son âme? — Qui veut garder son âme la perdra.

* Je ne suis pas venu détruire la mort, mais Taccomplir.

— * Les agneaux n'ôtaient point les péchés du monde, mais je suis l'agneau qui ôte les péchés. — Moïse ne vous a point donné le pain du ciel. — Moïse ne vous a point tiré de captivité et ne vous a pas rendu véritablement libres ^.

* S^ Augustin a dit formellement que les forces se- «ii raient ôtées au péché. Mais c'est par hasard qu'il l'a dit; car il pouvait arriver que l'occasion de le dire ne s'offrît pas. Mais ses principes font voir que l'occasion s'en présentant, il était impossible qu'il ne le dît ou qu'il dît rien de contraire. C'est donc plus d'être forcé à le dire l'occasion s'en offrant, que de l'avoir dit l'occasion s'étant offerte, l'un étant de nécessité, l'autre de hasard. Mais les deux sont tout ce qu'on peut demander.

■ Matth. VI, 23 : Si autem oculusjuus fuerit nequam^ totum corpus tuum tenebrosum erit. Si ergo lumen ,quod in te est tenebrœ sunty ipsœ tenebrœ quanta erunt ?

' Voy. l'Évangile, passim.

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