‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 17 sur 134 · II · texte numérisé non relu

II

82 GRAN0Bim ET MISÈRE

48 Car qui se trouve malheureux de n'être pas roi, sinon un roi dépossédé? Trouvait-on Paul-Émile malheureux de n'être plus consul? Au contraire, tout le monde trouvait qu'il était heureux de l'avoir été, parce que sa condition n'était. pas de l'être toujours. Mais on trouvait Persée si malheureux de n'être plus roi, parce que sa condition était de l'être toujours, qu'on trouvait étrange de <;e qu'il supportait la vie * . Qui se trouve malheureux de n'avoir qu'une bouche? et qui ne se trouvera malheureux de n'avoir qrfun œîl? On ne s'est peut-être jamais avis^ de s'affliger de n'avoir pas trois yeux ; mais on est inconsolable de n'en point avoir.

IX. * On n'est pas misérable sans sentiment. Une maison ruinée ne l'est pas. Il n'y a que l'homme de misérable. Ego vir videns \

48 La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se m connaît misérable. Un arbre tie se connaît pas misérable.

C'est donc être misérable que de (se) connaître misérable; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable.

4g Toutes ces misères-là même prouvent sa grandeur. 394 Ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé.

* Page 85 du MS. se trouve la note suivante : « Persée roi de Macédoine. Paul-Émile en reprochait à Petsée de ceqaMlnese tuait pas.» ' Ne se trouve que dans la copie.

DE l'homme. 85

• X. * À. p. R^, Grandeur et misère.

La misère se concluant de la grandeur, et la gran- 46i deur de la misère, les uns ont conclu la misère d'autant plus qu'ils en ont pris pour preuve la grandeur; et les autres concluant la grandeur avec d'autant plus de force, qu'ils Font conclue de la misère même^ tout ce que les uns ont pu dire pour montrer la grandeur n'a servi que d'un argument aux autres pour conclure la misère, puisque c'est être d'autant plus misérable, qu'on est tombé de plus haut : et les autres, au contraire, ils se sont portés les uns sur les autres par un «ercle sans fin : étant certain qu'à mesure que les hommes ont de lumière, ils trouvent et grandeur et misère en l'homme. En un mot, l'homme connaît qu'il est misérable. Il est donc misérable, puisqu'il l'est; mais il est bien grand, puisqu'il le connaît.

XL * Pensée fait la grandeur de l'homme. 469

I» Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, 332 tête, car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds; mais je ne pi(is concevoir l'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute.

C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne peut le concevoir. Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous? Est-ce la main? est-ce le bras?

* Voy. la npte au bas de la page 151

84 ' GRANDBUE ET MISÈRE

est-ce la chair? est-ce le sang? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel '.

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