‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 21 sur 134 · SYSTÈMES DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DES PHILOSOPHES

STOiaBNS, ATHÉES, PYBRHONIENS, ETC.

483 I. Les philosophes ne prescrivaient point des senti- w ments proportionnés aux deux états.

Ils inspiraient des mouvements de grandeur pure, et ce n'est pas Tétat de l'homme.

Us inspiraient des mouvements de bassesse pure, et ce Q'est pas Fétat de l'homme.

Il faut des mouvements de bassesse, jion de nature, mais de pénitence; non pour y demeurer, mais pour aller à la grandeur. Il faut des mouvements de grandeur, non de mérite mais de grâce, et après avoir passé par la bassesse.

448 II. Cette guerre intérieure de la raison contre les «9 passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux; les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute : — Des Barreaux ^ Mais ils ne l'ont pu, ni les uns, ni les

* Oo sait que des Barreaux, l'auteur réel ou supposé du fameux sonnet : Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité; etc., était grand amateur du jeu, de la bonne chère et des plaisirs, et prédicateur d'athéisme comme dit Tallemant {voy. la noie au bas de la Pensée n*LVIlI, vol. ier^p. 497). Pascal avait très-probablement eu occasion de le voir dans le monde, et dans la même société où il avait rencontré Miton et le chevalier de Méré.

autres; et la raison demeure toujours, qui accuse la bassesse et l'injustice des passions, et qui trouble le repos de ceux qui s'y abandonnent; et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer.

147 m. Les trois concupiscences ont fait trois sectes ; et S'S les pbilosophes n'ont fait autre chose que suivre une des trois concupiscences.

IV. * Tous leurs principes sont vrais : des pyrrhoniens, des stoïques, des athées, etc. Mais leurs conclusions sont fausses, parce que les principes opposés sont vrais aussi.

^ V. La nature de l'homme se considère en deux ma-*®* niëres : Tune selon sa fin, et alors il est grand et incomparable; l'autre selon la multitude, comme on juge de la nature du cheval et du chien par la multitude (sic) d'y voir la course, et animum arcendi; et alors l'homme est abject et vil ; voilà les deux voies qui en font juger diversement, et qui font tant disputer les philosophes.

Car l'un nie la supposition de l'autre ; l'un dit : Il n'est pas né à cette fin, car toutes ses actions y ré-« pugnent; l'autre dit : Il s'éloigne de la fin quand il fait ces basses actions. .

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